Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La voie de Benoît XVI

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Évaluer cet élément
(0 Votes)
(...)
un pape théologien pour la gouverner.
Sans bruit et sans précipitation mais avec détermination, Benoît XVI accomplit un travail immense. 

On en a une petite idée, lorsqu'on lit régulièrement ses interventions publiques toujours riches d'enseignements. Le mois dernier, il a prononcé une homélie magnifique le dimanche de la Trinité à Gênes où, partant des relations d'amour entre les trois Personnes divines, il a expliqué que l'homme était appelé à la communion : "L'homme ne se réalise pas dans une autonomie absolue, en ayant l'illusion d'être Dieu, mais, au contraire, en se reconnaissant en tant que fils, créature ouverte, tendue vers Dieu et vers ses frères, dans le visage desquels il retrouve l'image du Père commun. On voit bien que cette conception de Dieu et de l'homme se trouve à la base d'un modèle correspondant de communauté humaine, et donc de société. C'est un modèle qui existe avant toute réglementation législative, juridique, institutionnelle, mais je dirais également avant les particularités culturelles. Un modèle de famille humaine commun à toutes les civilisations, que nous chrétiens avons l'habitude d'exprimer dès l'enfance en affirmant que les hommes sont tous des fils de Dieu et donc tous frères. Il s'agit d'une vérité qui se trouve dès le début derrière nous et, dans le même temps, qui est toujours devant nous, comme un projet auquel aspirer toujours dans chaque construction sociale. C'est une conception qui se fonde sur l'idée de Dieu Trinité, de l'homme comme personne - non comme pur individu - et de la société comme communauté - non comme pure collectivité" (1).
Passage d'une rare densité qui explicite la vision de Dieu et de l'homme enseignée par l'Église et dont les conséquences concrètes découlent aisément, particulièrement dans les domaines politique et social.
Fils du même Père céleste, les hommes sont tous frères et forment une famille humaine qui ne s'arrête pas à la juxtaposition d'êtres sans aucun rapport entre eux. C'est la conception individualiste de la modernité libérale qui est particulièrement visée par le pape : un homme autonome qui se construit lui-même et qui n' de compte à rendre à personne dès lors qu'il n'empiète pas sur la liberté d'autrui. Cette conception aboutit au relativisme et à une atomisation de toute société humaine, elle brise tous les liens naturels qui unissent les hommes les uns aux autres, depuis la famille jusqu'à la patrie, en passant par les corps intermédiaires : de tels individus n'ont plus rien en commun, sinon une liberté indéterminée, qui est incapable de créer un lien communautaire, bien au contraire, elle ne peut que le détruire. Ainsi, toute notion de Bien commun - qui est davantage que la somme des intérêts particuliers - disparaît-elle.

L'individualisme, en brisant le lien communautaire, rompt également l'esprit de solidarité sur lequel Benoît XVI a fortement insisté le mois dernier et qui est l'un des fondements de la doctrine sociale de l'Église (2).
Sans solidarité, a dit le pape, sans une juste vision de la dignité de la personne, sans "engagement irrévocable à construire le Bien commun", sans appliquer le principe de subsidiarité, il ne peut y avoir ni paix ni justice.
Il est choquant qu'une toute petite minorité détienne la majorité des richesses. Certes, une telle situation ne peut changer d'un coup de baguette magique, mais encore faut-il avoir la volonté de la modifier conformément à l'enseignement de l'Église sur la "destination universelle des biens" : les richesses de la terre sont pour tous les hommes - la propriété privée ne peut être en aucune façon un absolu, elle doit être au service du Bien commun - et les plus favorisés ont le devoir d'aider les plus pauvres. Or, on s'abrite trop souvent derrière des considérations économiques qui, conformément aux théories libérales, prétendent un peu facilement qu'aider les plus pauvres est inefficace, bref, il y a toujours un bon prétexte qui donne bonne conscience pour ne rien faire.
Bernanos, toujours aussi actuel, évoquait le travail inhumain des enfants dans les fabriques des capitalistes de Manchester qui "dormaient avec la Bible sous leur oreiller" : "Lorsqu'il leur arrivait de penser à ces milliers de misérables que la spéculation sur les salaires condamnait à une mort lente et sûre, ils se disaient qu'on ne peut rien contre les lois du déterminisme économique voulues par la Sainte Providence , et ils glorifiaient le Bon Dieu qui les faisait riches" (3).

Ne croyons pas que des excès si scandaleux n'appartiennent qu'au passé.
"Écologie contre économisme : l'affrontement de ces deux logiques est le véritable débat du XXIème  siècle", résume Patrice de Plunkett dans un livre revigorant (4). L'opposition gauche-droite est aujourd'hui vide de sens - la politique est largement imposée par Bruxelles -, l'enjeu est désormais entre une vision du monde matérialiste donnant le primat à l'économie, c'est le libéralisme planétaire, basé sur la concurrence, l'efficacité et la croissance érigées en fins ultimes, "qui voit le monde comme un simple chantier au service de la finance" (5) et celle qui donne la priorité au bien de la personne en mettant tout en oeuvre pour sauvegarder notre environnement et un art de vivre plus humain.

"Dans une société tendue entre la mondialisation et l'individualisme, l'Église est appelée à offrir le témoignage de la koinonia, de la communion", a dit Benoît XVI à Gênes.
Paru dans La Nef- juin 2008


(1) Homélie - dimanche de la Sainte Trinité à Gênes le 18 mai 2008 (Zenit du 18 mai 2008)
(2) Discours à l'Académie des Sciences sociales le 3 mai 2008 à Rome (Zenit du 4 mai)
(3) La France contre les robots (Le Livre de Poche, 1970, p. 18)
(4) L'écologie de la Bible à nos jours - Pour en finir avec les idées reçues (L'oeuvre, 2008, p. 18)
(5) P. de Plunkett, ibid.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version