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Georges Bernanos

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Georges Bernanos, le "démolisseur d’impostures"

Nul besoin d’attendre les anniversaires (1) pour renouer avec Bernanos, trop souvent victime d'un travers de la critique consistant à coller à la légère des étiquettes sur des œuvres qui la dépassent.
Non, l'auteur du Journal d'un curé de campagne ne fut pas seulement un romancier catholique. Il fut d'abord un "démolisseur d'impostures", selon sa propre définition, un homme libre jusqu'au paroxysme. Un catholique, oui, mais qui affirmait : "Aux hommes qui ont lu Marx et Lénine, il est comique d'offrir en trépignant de ferveur l'encyclique Rerum novarum." Un maurrassien, qui accusera un jour le chef de l'Action française d'avoir engagé "le vieil honneur royaliste dans une espèce d'aventure hagarde, truquée comme un mauvais film".Un gaulliste, dont de Gaulle disait avec autant d'admiration que d'irritation : "Celui-là, je n'ai jamais réussi à l'accrocher à mon char !" En un mot, pour reprendre le titre de la biographie de Jean Bothorel (Grasset, 1998), "le mal-pensant" par excellence, la cible désignée du "parti intellectuel, bien-pensant et libertaire", selon Roger Nimier, qui lui a consacré l’un de ses plus beaux livres (Le Grand d’Espagne).

C'est dire si, dans la période de basses eaux pour la liberté de pensée où nous sommes englués depuis quelques décennies, l'actualité de l'auteur de Scandale de la vérité (1939), apparaissent chaque jour plus éclatantes. Et son récent biographe, Philippe Dufay (Perrin, 2013), ne convainc pas vraiment lorsqu’il assure qu’ "il n’est plus dans les préoccupations de notre époque". Ce "grognard des armées de Jeanne d'Arc" (Robert Kanters) fut l'un des premiers à mesurer, au lendemain de la Première Guerre mondiale, le danger mortel que le machinisme - ce qu'il appelait "les robots" - faisait courir à l'homme.
Mais ce visionnaire était un homme difficile : ombrageux, coléreux, intransigeant. Les plus hautes valeurs n'étaient pas pour lui des mots creux ou des coquilles vides, et il ne cachait pas sa colère devant toutes les infamies de son temps, toutes les dérives intellectuelles, qu'elles fussent de gauche ou de droite. Un esprit libre n'est-il pas en révolte perpétuelle contre l'abrutissement des foules et le réalisme des politiques ? Contre la pharisaïsme de la droite et le matérialisme de la gauche ? Contre les débordements du libéralisme et ceux du totalitarisme ? Contre tous les grands mythes modernes fondés sur le progrès ? "Il a été une sorte d'étranger dans le siècle, observait Thierry Maulnier, un étranger intempestif, attentif, sévère : une sorte de témoin gênant, juge furieux de la bassesse, avocat pathétique de la grandeur de l'homme. Les vertus et les défauts également évidents de l'homme et de l'œuvre nous sont donnés dans un mélange inextricable, avec une peu banale puissance d'affirmation." (Historia, juillet 1968)

C'est sans aucun doute ce "mélange" qui le rend profondément inclassable. S'il fallait à tout prix le rattacher à une lignée, c'est probablement du côté des grands peintres "hantés" qu'il faudrait chercher : Bosch, Goya, Van Gogh... Bernanos appartient aux créateurs qui, pour atteindre leur but, choisissent de troubler les âmes, de bousculer l'ordre établi des idées et des sentiments. Le 7 avril 1926, L'Action Française publiait un article signalant la parution d'un premier roman et l’apparition d'un futur grand écrivain : "Sous le soleil de Satan, assurait Léon Daudet, sera demain entre toutes les mains et Georges Bernanos, son auteur, sera bientôt célèbre."
Comme toujours en matière de littérature, on pouvait faire confiance au "Gros Léon". Quelques années plus tôt, il avait porté le même jugement sur un autre premier roman : À l'ombre des jeunes filles en fleur. "Je dirai de lui, comme je le disais naguère de Marcel Proust, ajoutait-il, qu'une grande force, intellectuelle et imaginative, apparaît au firmament des lettres françaises. Mais cette fois synthétique et non plus analytique, et dans un genre à ma connaissance encore inexploré et qui est le domaine de la vie spirituelle, des choses et des corps commandés par les âmes." Une fois encore, le plus formidable découvreur de talents du demi-siècle dernier ne se trompait pas.

Plaçant le jeune Bernanos dans la lignée de Balzac et de Barbey d'Aurevilly, Léon Daudet posait la question que tout critique littéraire digne de ce nom et conscient de son rôle social est enclin à se poser : "Comment le classer ?" Et esquissait une réponse éclairante et prophétique : "Le livre compact, dru, formidable [...] annonce une forme nouvelle, une orientation nouvelle de la pensée française et latine, qui dépassera le roman, côtoiera l'esthétique, atteindra et traversera la critique, puis - tenez-vous bien ! - ira rejoindre la science sur des rives imprévues."
Relisant en 1967 Un Mauvais rêve, Simenon en sort, écrit-il au fils de Bernanos, "comme d'un cauchemar auquel on trouve des sens différents sans qu'aucun nous satisfasse".
En 1970, Le Figaro littéraire publiait un dossier intitulé : "Bernanos, pourquoi cette nouvelle vogue ?" Ce titre était une erreur de perspective. Bernanos n'a jamais été à la mode et il n'a nul besoin d'être périodiquement redécouvert, comme tel ou tel auteur oublié, maudit ou méconnu. "On aura beau essayer de me tirer à droite ou à gauche, écrivait-il, le chemin que je me suis tracé m'est trop familier pour que je ne sois pas capable de m'y conduire, je connais ma route."


Né à Paris en 1888, fils d'un tapissier, étudiant à la Sorbonne et à la "Catho", licencié ès lettres et en droit, militant de l'Action française, blessé à plusieurs reprises durant la Grande Guerre, il travaille comme inspecteur dans une compagnie d'assurances, avant d'être gravement blessé dans un accident de moto en 1933. Entre temps, il aura publié Sous le soleil de Satan, L'Imposture (1927), Dialogues d'ombres (1928), La Joie (1929), qui lui vaudra le prix Fémina, et La Grande peur des bien-pensants (1931), hommage à son maître en polémique, Edouard Drumont.
Avant la Seconde Guerre mondiale, il publie encore Un Crime (1935), Journal d'un curé de campagne (1937), grand prix du roman de l'Académie française, Les Grands cimetières sous la lune (1938), où il dénonce le franquisme.
Établi au Brésil avec sa famille (il s'était marié en 1917 et avait six enfants) pendant toute la durée de la guerre, il y dénonce sans relâche le nazisme et y publie plusieurs ouvrages, dont Lettre aux Anglais (1942), Monsieur Ouine (1943) et La France contre les robots (1945).  Rentré en France, il ne cesse de crier sa déception devant les insuffisances du nouveau régime et les menaces du totalitarisme et de la technocratie : "Qu'avons-nous foutu de la France, bon sang de bon sang ?", s'écrie-t-il.
Séjournant en Tunisie en 1947-1948, il y conçoit le projet d'une Vie de Jésus qui ne verra jamais le jour.
Après sa mort, en 1948, paraîtront Dialogues des carmélites (1949), Les Enfants humiliés (1949), Un Mauvais rêve (1950) et La Liberté pour quoi faire ? (1953). "Le temps passe, passe, écrivait-il en 1946, et rien de ce que nous attendons n'arrive jamais. C'est peut-être parce que ce que nous attendons est déjà arrivé, mais Dieu ne veut pas que nous le sachions." Espérons qu’il n’a pas été mis au courant du bien mauvais procès que lui intentent périodiquement les petits maîtres de la bien-pensance sur la foi d’une citation non seulement tirée de son contexte mais délibérément déformée ("Hitler a déshonoré l’antisémitisme"). Dans une roborative raclée infligée à l’un d’eux, Philippe Lançon, le plus doué des critiques littéraires de sa génération, a remis les pendules à l’heure : "L’un des plus grands romanciers et pamphlétaires français - le grand conteur de l’enfance perdue et de la sainteté introuvable, l’écrivain catholique qui dénonça le premier les crimes franquistes et qui, vivant au Brésil depuis 1938 avant d’être rappelé en France par de Gaulle, ne cessa de s’opposer à Hitler, à Mussolini et à Vichy – se trouve réduit, si l’on ose dire, à sa plus simple expression.  […] Soixante ans après sa mort, sa phrase porte toujours la grâce, les splendeurs de l’esprit de révolte et d’insoumission. » (Libération, 2 septembre 2008)
 
(1) En 2008, pour le soixantième anniversaire de sa mort, Le Castor Astral a réédité Sous le soleil de Satan, Monsieur Ouine et Les Grands cimetières sous la lune. En 2010, l’Association Internationale des Amis de Georges Bernanos (18 rue Jean Minjoz, 75014 Paris) a créé un site entièrement dédié à l'œuvre et à la vie de l'écrivain:
http://www.georgesbernanos.fr
BROCHE Francois

Né le 31 août 1939
 


Journaliste, historien
 

Conseiller de la rédaction de L’Ena Hors les murs
     revue de l’association des anciens élèves de l’Ena (depuis 1999)
Membre du conseil d’administration
     de la Fondation de la France Libre
     du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle
Ancien président du comité éditorial d’Espoir
     revue de la Fondation et de l’Institut Charles de Gaulle (2005-2010)
 
Ouvrages
Le Bataillon des Guitaristes, l'épopée inconnue des FFL de Tahiti à Bir Hakeim, Fayard, 1970
     préface du général Kœnig, couronné par l'Académie Française, Prix littéraire de la Résistance 1971 -
 
•: Lemaigre-Dubreuil, Dollfuss, Alexandre de Yougoslavie et Barthou, Heydrich, Jaurès, Collection « Les Grands crimes politiques » cinq volumes aux Editions André Balland, 1977-1978.
 
Les Bombardiers de la France Libre, Groupe Lorraine, Les Presses de la Cité, 1979 - Maurice Barrès, Jean-Claude Lattès, 1987, couronné par l'Académie Française - Anna de Noailles, Robert Laffont, 1989 - Léon Daudet (1992), Prix Paul-Léautaud 1992, Prix du Nouveau Cercle de l'Union 1992 - De Gaulle secret, (1993) - Au Bon chic humanitaire, Première Ligne, 1994 - L'Expédition de Tunisie 1881, Les Presses de la Cité, 1996 - L’Épopée de la France Libre, Pygmalion/Gérard Watelet, 2000 - De Thiers à Casimir Perier (1870-1895), Pygmalion/Gérard Watelet, 2000 - Le Comte de Paris, l’ultime prétendant, Perrin, 2001 - L’Armée française sous l’Occupation, tome 1 : La Dispersion, Presses de la Cité, 2002, Prix des Ecrivains Combattants 2002 - L’Armée française sous l’Occupation, tome 2 : La Métamorphose, Presses de la Cité, 2002, Prix Edmond-Fréville de l’Académie des Sciences morales et politiques - L’Armée française sous l’Occupation, tome 3 : Le Rassemblement, Presses de la Cité, 2003 - Bir Hakeim, album illustré, préface de Pierre Messmer, présentation du général Jean Simon, Éditions Italiques, 2003 - François Huet, chef militaire du Vercors, une vie au service de la France, Editions Italiques, préface d’Henri Amouroux, 2004 - Les Hommes de De Gaulle, leur place, leur rôle, Pygmalion, 2006 - La Franceau combat, de l’appel du 18 juin à la victoire (en collaboration avec Jean-François Muracciole), Perrin, 2007 - Une Histoire des antigaullismes, Bartillat, 2007 - Bir Hakeim, la bataille qui réveilla les Français, Perrin, 2008 - Le Dernier jour du général de Gaulle, L’Archipel, 2010 - Dictionnaire de la France Libre (en collaboration avec Jean-François Muracciole), collection "Bouquins" (2010) - A l'officier des îles (2014) - Dictionnaire de la Collaboration (2014) -
 
• Edition du Journal de ma vie extérieure de Maurice Barrès (en collaboration avec Eric Roussel), Julliard, 1994
• Édition intégrale des Cahiers inédits (1887-1936) d’Henri de Régnier, Pygmalion-Gérard Watelet, 2002
•  Préface et notes au Journal de Marie Lenéru, Bartillat, 2007
• Préface et notes au Livre de ma vie d’Anna de Noailles, Bartillat, 2008
• Préface aux Déracinés de Maurice Barrès, Bartillat, 2010
• Annotation de Mes Cahiers de Maurice Barrès, nouvelle édition en cours de publication aux Editions des Equateurs, 2010-2011, et préface du tome 2 (janvier 2011)

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