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Les Cristeros

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Le sujet est resté longtemps tabou. Si le cinéma a popularisé les noms des grands chefs révolutionnaires mexicains comme Zapata (interprété par Marlon Brando dans Viva Zapata, d'Elia Kazan en 1952) et Pancho Villa (avec Yul Brynner dans le rôle-titre du Pancho Villa de Buzz Kulik), c’est la première fois qu’il raconte ce chapitre ignoré de l’histoire du Mexique : l’insurrection des Cristeros, de 1926 à 1929. Les historiens eux-mêmes sont peu nombreux à l’avoir exploré, ce qui rend d’autant plus précieux les travaux de Jean Meyer qui ont servi de base au scénario de Cristeros, de Dean Wright.
Les trois années sanglantes de ce qu’on va appeler la Cristiada sont la conséquence d’une politique de plus en plus ouvertement hostile à l’Église, depuis que la guerre civile de 1910 a amené les révolutionnaires au pouvoir. Dans un pays profondément catholique, l’Église reste la principale institution sociale. La Constitution de 1917, promulguée par le président Carranza, comporte plusieurs articles durement répressifs pour faire disparaître le culte de l’espace public, limiter l’éducation religieuse et bannir les prêtres de la vie politique.
Cependant, précise Jean Meyer, "Carranza et son successeur, le président Alvaro Obregon
(1920-1924), laissent ces articles sans décrets d’application". Malgré des attaques ponctuelles, l’heure est à la prudence. Cette relative conciliation sera brisée par l’arrivée au pouvoir du président Plutarco Elias Calles, en 1924, homme politique de grande envergure, mais violemment anticatholique. Très vite, il active les décrets d’application par une "loi Calles" assortie de sanctions pénales pour les contrevenants. Elle prend effet le 1er août 1926, et ce jour-là "le gouvernement envoie des fonctionnaires et des policiers pour sceller les portes des églises après avoir fait leur inventaire. Un peu partout, les gens se soulèvent spontanément, et le sang coule". L’attitude inflexible de Calles va bientôt aboutir à l’affrontement. Décidé à éradiquer non seulement le pouvoir du clergé mais la pratique et le sentiment religieux, le président a sous-estimé la résistance de la population, qui avait pourtant montré son attachement au catholicisme par diverses manifestations et une pétition au gouvernement de deux millions de signatures demandant la réforme de la Constitution. Calles tranche : "La loi ou les armes."Ce sera les armes.
 
Les femmes au front
"En l’espace de quelques mois, les dissidents s’organisent ; on passe du stade de simples soulèvements sporadiques à celui de guerre", écrit Jean Meyer. Face à l’armée fédérale bien nourrie et entraînée, les combattants inexpérimentés qui s’élancent au cri de "Viva Cristo Rey !" (d’où leur nom de Cristeros) ne font pas le poids. Mais ils ont la force de leur conviction fervente et de leur esprit de sacrifice. "L’insurrection des Cristeros n’a d’autre objectif que la liberté de la foi, c’est ce qui fait son caractère unique", explique Hugues Keraly, auteur de La Véritable Histoire des Cristeros.
Elle touche toutes les catégories sociales, dans les villes et dans les campagnes, paysans, étudiants, bourgeois, intellectuels, anciens révolutionnaires comme le général zapatiste Manuel Reyes qui sera fusillé, soldats déserteurs de l’armée fédérale, de plus en plus nombreux. L’engagement des femmes est un trait marquant de la Cristiada. "Elles se font espionnes, ravitailleuses, organisatrices, et tiennent les rênes de la logistique et de la propagande."
En 1927 naît une brigade féminine placée sous le patronage de Jeanne d’Arc qui comptera quelque 25 000 femmes à la fin de la guerre. Peu à peu, l’expérience de la guerilla et l’autorité de chefs militaires ralliés à la cause, comme le général Gorostieta, qui deviendra commandant en chef des Cristeros, permettent aux rebelles de remporter de nombreuses victoires, et ils en arrivent même à organiser une administration civile. Leur épopée prendra fin en 1929, lorsque des accords négociés entre le gouvernement, le Vatican et les États-Unis rétabliront la paix civile et une relative liberté religieuse, en abandonnant les Cristeros.

Plusieurs fois oscarisé comme spécialiste des effets visuels, Dean Wright signe avec Cristeros sa première mise en scène. Il est à l’aise avec le récit historique, auquel il insuffle un dynamisme puissant, l’ampleur sauvage et le souffle épique du western, sans négliger la ligne dramatique des enjeux économiques et politiques du conflit. On passe de l’agitation des villes à la guérilla dans les hauts plateaux, des attaques spectaculaires aux préparatifs clandestins, des négociations diplomatiques à la tête de l’État aux décisions de conscience qui se jouent dans l’intimité.
Malgré certaines longueurs à la fin, Cristeros communique la ferveur mystique de cette guerre animée par une extraordinaire volonté spirituelle. Elle passe dans l’action des personnages anonymes comme dans les figures de chefs, tel le général Gorostieta, campé avec une autorité élégante par Andy Garcia. Son engagement à la tête des Cristeros, alors qu’il se dit incroyant, conduit au sens profond de cette aventure historique : la défense de la foi et de la liberté de conscience.
Historique de Dean Wright, avec Andy Garcia, Eva Longoria, Oscar Isaac - Durée 2 h 23
Paru dans Le Figaroscope, 13 mai 2014
TRANCHANT  Marie-Noelle

Née le 22 décembre 1951
Célibataire
 
Journaliste culturelle


Lettres classiques (hypokhâgne et khâgne)
Ecole du Louvre
Maîtrise de Lettres modernes à la Sorbonne, Paris IV
(mémoire Baudelaire et Thomas de Quincey)


Enseignement
Français, latin, grec, dans des écoles privées hors contrat (1972-80)

Journalisme
Journaliste culturelle et critique de cinéma au Figaro depuis 1981
Critique à l’émission Ecrans et Toiles de Victor Loupan sur Radio Notre-Dame
Auteur avec Laurent Terzieff de "Seul avec tous",
          parcours biographique et spirituel du grand comédien (Presses de la Renaissance, 2010. Préface de Fabrice Luchini)


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