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Un nom immaculé

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Un nom immaculé
 
Le pays entier se souvient de Verdun.
Il célèbre ces dix mois où l'armée française tint bon dans la boue sous la mitraille allemande lancée à l'assaut de la ville et de ses forts.
Le général Joffre fit entrer la bataille dans l'histoire, en déclarant à l'instar d'un Napoléon : "Vous serez de ceux dont on dira : "ils ont barré aux Allemands la route de Verdun" ".
Les deux tiers de l'armée française furent engagés dans la bataille. C'est pourquoi Verdun symbolise, plus que les taxis de la Marne, plus que la Somme, la guerre des Français entre 1914 et 1918.
 
En écoutant le récit de cette année terrible, notre époque admire la conduite des poilus et de leurs officiers, stupéfaite par leur résistance à la souffrance, leur ténacité. Parmi eux, on trouve Maurice Ravel, le lieutenant-colonel Driant (Danrit en littérature), le général Pétain et le capitaine de Gaulle, mais aussi des dizaines de milliers de Français, paysans et ouvriers, tous au coude-à-coude dans les tranchées et dans l'assaut. Cent ans après, l'évènement nous paraît démesuré, inhumain rapporté à nos existences contemporaines.
Le septième cercle de l'enfer de Dante.
 
Verdun brille aujourd'hui dans le ciel de notre mémoire collective comme un nom immaculé. Personne ne se risquerait à critiquer ce fait d'armes. Ce n'est pas le cas de tous, même dans la Grande Guerre. On se souvient encore du premier ministre Lionel Jospin qui en 1998 jugea utile de rendre justice aux mutins de 1917 (600 soldats), au risque de faire passer au deuxième plan les millions de héros anonymes qui accomplirent sans broncher leur devoir de citoyen.
 
La bataille d'Austerlitz a été passée sous silence en 2005 pour cause de polémique sur le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte. La colonisation, la collaboration, la guerre d'Algérie, autant de débats historiques infinis, où la polémique vient souvent obscurcir l'essentiel.
Rien de tout ça avec Verdun. Avec cette commémoration, la France d'aujourd'hui salue la France d'hier faisant face à l'adversité, fidèle à son serment : "On les aura".

Paru dans Le Figaro, 20 février 2016
MONTETY de  Etienne

Né le 2 mai 1965
Marié – 5 enfants
 
Journaliste,

Ecrivain
 

Maîtrise de droit et sciences politiques
DESS de sciences politiques
 
Directeur adjoint de la rédaction du Figaro
Directeur du Figaro littéraire (depuis 2006)
Dirige également les pages "Débats Opinions" du quotidien depuis 2008
Anime une chronique quotidienne intitulée "Encore un mot".
 
Ouvrages
- Thierry Maulnier (biographie) (1994) -  Salut à Kléber Haedens (1996) - Honoré d’Estienne d'Orves, un héros français (2001)     Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2001 - Des Hommes irréguliers (2006) - L’Article de la mort (2009) - Encore un mot : billets du "Figaro" (2012) - La Route du salut (2013) -

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