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Ravages de l’historiquement correct

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Les ravages de l’historiquement correct
 
Les évènements tragiques qui se sont déroulés récemment dans le Sud des États-Unis, et l’intense polémique qui s’en est suivie, appellent quelques mises au point factuelles au sujet de la "guerre de sécession". On ne peut que déplorer que la majorité des médias, toujours avides de sensationnel, se soient régalés à mettre de l’huile sur le feu, témoignant le plus souvent d’une grande ignorance, pontifiant en leçons de morale anachroniques, se comportant de façon bien pire qu’un inquisiteur, lequel instruisait au moins ses procès à charge et à décharge. 
 
Tout d’abord, aux États-Unis, la guerre de sécession est appelée "guerre civile" au Nord, et "guerre entre États" au Sud. Les mots ont un sens. Pour qu’il y ait une guerre civile, il faut au moins deux factions rivales qui se disputent un même territoire et une même population. Or, jamais le Sud n’a revendiqué quelque souveraineté que ce soit sur le Nord. C’est le Nord qui a refusé que les États du Sud exercent leur droit à la sécession à la suite de manifestations jugées (par ces derniers) excessives de la primauté de l’État fédéral sur les États particuliers. Or, dans la culture sudiste, on appartient d’abord à un État particulier avant d’appartenir à la Fédération. Il y a donc une légitimité, dans l’esprit sudiste, à refuser tout abus du pouvoir fédéral. En allant jusqu’à la sécession si nécessaire. L’une des clés de compréhension de la guerre est là.
 
Le premier État à quitter la Fédération fut la Caroline du Sud en décembre 1860. Elle fut suivie par six autres États de façon échelonnée jusqu’au 11 mars 1861, et enfin par quatre derniers États le 10 mai 1861 en raison de l’exigence du président Lincoln de lever des troupes pour envahir les États sécessionnistes. Il n’y a donc pas eu un bloc d’États qui, simultanément, auraient décidé de constituer une fédération séparatiste sur le territoire des États-Unis. La création de la Confédération (capitale : Richmond) fut une conséquence des sécessions individuelles, pas leur moteur. Dans les motivations de ces sécessions individuelles, la question de l’esclavage n’est absolument pas au premier plan. Elle existe, car l’esclavage est inscrit dans les traditions du Sud, mais elle est secondaire. Et même dans les motivations de la réponse nordiste, l’abolition de l’esclavage n’apparait que très tardivement, pas avant 1863. Réduire cette guerre à la noble cause de l’abolitionnisme est une simplification qui relève plutôt d’un alibi inventé a posteriori que d’une analyse historique sérieuse.
 
Dans un discours daté du 4 mars 1861, Lincoln dit ceci : "Je n’ai aucunement l’intention, directement ou indirectement, de m’ingérer dans la question de l’esclavage dans les États où cette institution existe. Je pense que légalement, je n’ai pas le droit de faire ça et, qui plus est, je n’ai aucune intention de le faire." Au mois de juillet 1861, le Congrès fédéral affirme que le but de la guerre est de maintenir l’Union et non de porter atteinte aux institutions de quelque État que ce soit. Toujours en 1861, Lincoln annule une décision du général Fremont (nordiste) qui émancipait les esclaves de l’État du Missouri (État nordiste). En 1862 le même Lincoln révoque le général Hunter (nordiste) qui avait pris l’initiative de décréter l’émancipation des esclaves de Caroline du Sud, de Géorgie et de Floride (États sudistes).
 
Dans l’armée confédérée, les Noirs avaient la même solde, le même armement et les mêmes rations que leurs camarades de combat Blancs. S’il n’existe pas de source fiable permettant d’évaluer leur nombre exact, on sait par de multiples témoignages qu’ils furent nombreux et particulièrement vaillants, en symbiose totale avec les soldats blancs des mêmes unités, ou en unités noires autonomes (Louisiana Native Guard, etc). Aussi étrange que cela puisse paraître par rapport au dogme historiquement correct, les Noirs de l’armée nordiste furent beaucoup moins bien traités que leurs homologues du Sud. Le général Sherman, l’un des bourreaux des colonnes infernales nordistes qui dévastèrent le Sud déclarait ceci : "Je préfèrerais que cette guerre soit une guerre de Blancs et qu’on s’occupe des Noirs plus tard. Le temps pourra changer les choses, mais je ne puis me résoudre à faire confiance à des Noirs armés." Quel courageux inquisiteur proposera aujourd’hui de déboulonner les statues du général Sherman pour ces propos racistes ?... Le général Grant lui-même, futur président de l’Union, refusa toujours d’intégrer des troupes noires dans son armée du Potomac.
 
Le président de la Confédération, Jefferson Davis, et le commandant en chef, Robert E. Lee, étaient personnellement opposés à l’esclavage. Mais ils étaient favorables à une émancipation raisonnée et progressive qui aurait permis aux anciens esclaves de s’intégrer harmonieusement dans la société américaine. Au lieu de cela, l’émancipation immédiate, brutale et sans aucun accompagnement, pratiquée par les nordistes créa rapidement un sous-prolétariat noir qui fut confronté à une misère souvent pire que les conditions matérielles les plus abominables de l’esclavage. Ce fut une main d’œuvre à bon marché pour les industries du Nord, sans doute moins humanistes que ce que le dogme historiquement correct voudrait faire croire aujourd’hui.
Déboulonner les statues du général Lee, débaptiser les rues et les établissements qui portent son nom, tout cela ne changera rien à la réalité. Il fut sans doute l’officier le plus brillant de sa génération, un homme juste et droit qui servit son pays avec courage et abnégation. Un exemple qui est encore, quoi qu’on en dise, l’objet d’un profond respect chez de nombreux Américains.
 
Pour justifier les atrocités quasi génocidaires commises au Sud par les colonnes infernales placées sous les ordres de généraux nordistes comme Sherman ou Sheridan, on a souvent présenté tous les sudistes comme des abrutis racistes au front bas, plus proches de la bête immonde que de l’être humain. La caricature reprend aujourd’hui de plus belle avec la mise en avant par les médias de groupuscules racistes, effectivement répugnants et condamnables, mais guère représentatifs de toute la complexe réalité du Sud. Les mêmes médias, si prompts à dénoncer les amalgames en d’autres cas, semblent se vautrer dans celui-là avec volupté. Il serait peut-être temps de revenir à la raison en se réjouissant de l’abolition de l’esclavage partout où elle a été réalisée, en combattant inlassablement pour qu’elle profite un jour à l’humanité toute entière – ce qui n’est pas encore le cas, loin s’en faut – et en refusant toujours d’instrumentaliser le passé, soit pour se donner bonne conscience à peu de prix, soit pour livrer des combats politiques partisans qui n’ont guère de liens avec ce qui s’est passé il y a un siècle et demi.

Envoyé par l'auteur, 18 août 2017
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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