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D’abord, ils ont tué mon père…
 
Le prologue du film d’Angelina Jolie, "D’abord, ils ont tué mon père" s’inscrit dans le droit fil d’une falsification de l’histoire que nous subissons depuis plusieurs décennies à propos des guerres d’Indochine. Nous avons dépassé le stade pathétique des "unes" de la grande presse qui annonçait en 1975 que "Phnom Penh en liesse acclamait ses libérateurs… " (sic). Mais beaucoup de chemin reste encore à faire. Pour les scénaristes du film en question, le responsable de la naissance des Khmers rouges et de leur accession au pouvoir serait un certain Richard Nixon qui aurait odieusement agressé le Cambodge, avec la complicité du gouvernement du général Lon Nol, provoquant ainsi une réaction de l’ensemble de la population cambodgienne autour de la seule force de résistance à l’agression étrangère : les Khmers rouges.
 
Cette falsification néglige, une fois de plus, la chronologie des faits les plus objectifs. Rappelons-en brièvement quelques-uns : 
 
La politique neutraliste du prince Sihanouk au Cambodge fut une tromperie, laissant toute liberté d’action aux communistes et interdisant tout initiative, et même toute possibilité de réaction au monde libre. Les accords de Genève de 1962 sur la neutralisation du Laos furent une terrible défaite diplomatique des Américains. Ils ouvrirent la voie, officiellement et avec un renoncement à tout contrôle, au déferlement des troupes communistes nord-vietnamiennes vers le Sud-Vietnam par la fameuse piste Ho Chi Minh, à travers le Laos et le Cambodge. Tout la partie du Cambodge limitrophe du Vietnam devint, dès lors, le siège permanent de cinq divisions nord-vietnamiennes, soit environ 70 000 hommes, qui avaient toute liberté pour agresser le Sud-Vietnam en parfaite impunité. Parmi ces troupes bien entrainées et équipées par la Chine et l’URSS, il était bien difficile de distinguer qui était nord-vietnamien et qui était chinois… en revanche, il est certain que ce sont des "conseillers" chinois qui ont entrepris de créer et de promouvoir le mouvement khmer rouge. Avec le soutien de tous les maoïstes du monde, particulièrement en France.
 
La réaction du président Nixon, qui autorisait des répliques américaines aux agressions communistes venues du territoire cambodgien, fut à la fois trop tardive et très mal conduite. Tardive, parce que depuis la fin des années 50, les Etats-Unis n’ont cessé de se faire gruger dans leurs négociations diplomatiques avec le bloc communiste au sujet du Vietnam, la palme de la nullité revenant au malheureux Averell Hariman qui capitula toujours sur toutes les lignes de front. Mal conduite, parce que la stratégie du feu, appliquée par le statisticien McNamara, fut une folie meurtrière qui, loin de résoudre les problèmes, ne fit que les aggraver jusqu’à la catastrophe finale. La démence criminelle des bombardements massifs, au Napalm et aux défoliants, prit les malheureuses populations cambodgiennes en étau entre le feu américain et la dictature communiste.
 
Que les Américains se soient trompés de stratégie, c’est indéniable. Mais la cause du monde libre était juste, face à la menace totalitaire sino-vietnamienne contre le Cambodge. Il est trop facile, et pour tout dire malhonnête, de ne désigner qu’un bouc-émissaire (Nixon) pour une tragédie qui eut de multiples responsables. Un film qui condamne les effets d’un mal dont il occulte les causes principales doit être vu avec certaines réserves. 

Envoyé par l'auteur, 9 octobre 2017
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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