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Quelques mots atroces

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Quelques mots atroces

Les florilèges de mots drôles ne manquent pas. Je ne sais s’il existe des florilèges de mots atroces. Certains d’entre eux sont célèbres, d’autres moins ; il en est de tout récents qui valent leur pesant d’ordure.

Politique
Célèbre, le mot du général Sébastiani, le 29 novembre 1830 : "l’ordre règne à Varsovie", s’écrie-t-il, alors que les troupes du tsar massacrent les Polonais. L’Etude op. 10 numéro 12 de Chopin, dite "révolutionnaire", est la sublime dégelée musicale infligée à ce larbin de la monarchie de juillet.
Déjà célèbre, quoique encore tout chaud, le mot de Laurent Fabius, dont la teneur est en vain contestée par ses peu fiables affidés, sur "le bon boulot" fait par les islamistes d’Al Nosra.
Leurs crimes de guerre ont été dénoncés par Amnesty International.

Religion
Le 8 novembre 1906 René Viviani, ministre du travail dans le cabinet Clémenceau, profère sur un ton sinistrement emphatique : "Nous avons éteint dans le ciel des lumières qu’on ne rallumera plus". Péguy a mouché comme il faut ce fanatique "allumeur de réverbères".
Le Grand Maître du Grand Orient de France, Jean-Philippe Hubsch, profitait tantôt de l’incendie de Notre-Dame de Paris (allumé par qui ??) pour déclarer que "ce monument historique national est un lieu de culture", "nous n’y voyons pas", ajoutait-il, "un lieu de culte".
Monsieur Hubsch devrait consulter un ophtalmologue. Il devrait aussi se cultiver et apprendre du Diable, puisque le Bon Dieu n’a pas son agrément, que la culture (je cite Doktor Faustus), depuis qu’elle s’est "détachée du culte et s’est faite culte elle-même, n’est plus qu’un déchet".

Anthropologie
"Tout est dit, et l’on vient trop tard /…/ ", énonçait La Bruyère, confirmé par Gide.
C’est faux. Les formidables acquêts de nos techno-sciences ont permis même en anthropologie des énoncés absolument originaux, ainsi cet immondice verbal (mental) de Pierre Bergé : "Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ?" Le plus ignoble barbare, dans la plus barbare des tribus les plus réfractaires à l’esprit, n’aurait pu proférer une telle insulte à la maternité.
(Mais La Bruyère précisait que "le plus beau et le meilleur est enlevé" ; il ne se prononçait pas sur le plus laid et le pire, où excelle notre époque, à preuve cette excrétion de Pierre Bergé).

L’idée de cette petite recension, je la dois à un mot sublime en apparence, frivole en vérité, sonnant creux, ne valant pas un pet, proféré par le Président Macron dont tout invite à penser que la finance l’intéresse infiniment plus que la France. "La France", s’écriait-il, "est une nation qui n’abandonne jamais ses enfants" : pastiche du grand style patriotique ("gloire à notre France éternelle… "), rodomontade qui ne serait que ridicule si deux "enfants" de la France ne l’avaient démentie au Burkina Faso par leur sang absurdement versé.

Il est assez plaisant de noter que ces mots atroces devraient assurer à leurs auteurs voués autrement à la déchetterie des destinées communes une sorte d’immortalité. Car qu’est-ce même, sauf exception (un de Gaulle), qu’un Président de la République ? Je ne me souviens, moi qui passe cependant pour un homme cultivé, que de Paul Deschanel, non pour ses actes politiques mais pour l’acte ferroviaire gratuit qui fut sa surréelle et très réelle réplique au Lafcadio (le héros de l’acte gratuit dans Les Caves du Vatican ; Lafcadio éjecte hors du train un vieux bonhomme.

Envoyé par l'auteur, 29 juillet 2019
SAROCCHI Jean

Né en 1933
Veuf – sans enfants


Professeur honoraire à l'Université de Toulouse



Doctorat d'Etat (La Sorbonne).
     "Albert Camus et la recherche du père".

Agrégation de Lettres classiques.
CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Supérieur)
Diplôme d'études supérieures
     "Socrate et Montaigne"

Licence de philosophie.


Maître de conférences à l'Université de Tunis.
Maître-assistant à l'Université de Strasbourg.
Professeur de philosophie, français, latin, grec (Oran).

Ouvrages
Julien Benda, portrait d'un intellectuel
Albert Camus et la recherche du père (thèse éditée)
Albert Camus philosophe
Le dernier Camus ou le Premier Homme
Variations Camus
Camus le juste ?
Versions Proust
Giono de père en fils
Rabelais et l'instance paternelle
La Colère
Pourquoi pas ?
in the Summer Time (roman)

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