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M-O : le sans-faute dans l’erreur

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Turquie, Syrie, Kurdistan, le sans-faute dans l’erreur des Français
 
CHRONIQUE - Les sentiments et les droits de l’homme n’ont pas leur place dans l’arène sans pitié des relations internationales.
 
Aux premiers jours de la révolution de février 1848 qui renversa Louis-Philippe, le chef du gouvernement provisoire, Alphonse de Lamartine, intervient devant une assemblée populaire. Un ouvrier, qu’on aurait cru sorti des Misérables, se lève et lui demande sans précautions oratoires : "Que ferez-vous pour la Pologne ?" Indécrottable romantisme français. Incoercible passion des Français pour les petits peuples persécutés par les grandes puissances. À l’époque, le territoire polonais est partagé depuis la fin du XVIIIe siècle entre la Russie, la Prusse et l’Empire austro-hongrois. Comme les Kurdes aujourd’hui, peuple de plus de 30 millions d’habitants, répartis entre Iran, Irak, Turquie et Syrie. Petit peuple à qui le Congrès de Versailles avait promis un État à l’issue de la Grande Guerre ; promesse envolée sous les chevaux de l’armée d’Atatürk en 1923.
 
Un siècle plus tard, l’histoire recommence. Les Kurdes croyaient avoir mérité une récompense pour s’être vaillamment battus contre Daech sous la férule occidentale. C’était compter sans le réalisme froid des États qui, selon le mot célèbre du général de Gaulle, "n’ont pas d’amis, que des intérêts". Donald Trump ne connaît sans doute pas cette formule, mais l’applique sans états d’âme. Il ne fait que poursuivre la politique de désengagement du Moyen-Orient initiée par Obama. Les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont été des catastrophes coûteuses ; le Moyen-Orient n’a plus le même intérêt stratégique pour des Américains qui sont désormais exportateurs de pétrole ; même l’Arabie saoudite est laissée à son destin face à l’Iran ; la Chine est le seul adversaire du XXIe siècle, contre lequel l’Amérique doit rameuter toutes ses forces.
 
Tout le monde réexamine sa stratégie selon ses moyens. Les Turcs lancent leur armée, les Français et les Européens prêchent dans le désert, les Russes se gaussent discrètement et comptent les points, et les Kurdes se jettent dans les bras des Syriens. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. On imagine la tête de nos intellectuels droits-de-l’hommiste (et de nos deux anciens ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé et Laurent Fabius qui furent favorables à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, à la défense des Kurdes et à la diabolisation du président syrien Assad "qui ne méritait pas de vivre"). C’est ce qui s’appelle un sans-faute dans l’erreur. Voilà où mènent les sentiments et les droits de l’homme dans l’arène sans pitié des relations internationales. Voilà où mène la politique du droit et du doux commerce chère à l’Union européenne : au silence et à l’impuissance.
On se souvient du mot de Bill Clinton à son adversaire malheureux de la présidentielle américaine, George Bush père, qui avait cru séduire les électeurs grâce à son expédition militaire réussie lors de la première guerre du Golfe : "L’économie, idiot !" On pourrait retourner cette formule à tous nos intellectuels français, nos amoureux des petits peuples et nos militants des droits de l’homme : "La realpolitik, imbécile !"

Paru dans Le Figaro Magazine, 18 octobre 2019
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


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Histoire – Le grand débat
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Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

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