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Cette drôle de campagne qui n'ose débattre de l'avenir

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Drôle de campagne. Les candidats sont prudents comme des Sioux, tandis que les Français refont le monde. Le contraste est saisissant entre la pauvreté du débat public - même les insultes volent bas - et le bouillonnement des conversations et des forums sur Internet. Alors qu'une nouvelle société est à reconstruire sur les ruines laissées par les trente calamiteuses, le désarroi des élites les tétanise. Le mutisme le plus spectaculaire reste celui du PS, qui, après cinq ans de logorrhées antisarkozystes, ne peut rien sortir d'original de ses think-tanks. Il n'est pas un jour qui ne vienne confirmer la déroute intellectuelle de la gauche. Historiquement à la pointe des idées, elle apparaît sidérée par les mutations d'une modernité qu'elle n'a pas vu venir.

Après les tergiversations sur les retraites, les embauches d'enseignants, les impôts ou le nucléaire, la dernière palinodie de François Hollande sur le quotient familial est révélatrice d'une idéologie qui, édifiée sur la lutte des classes, n'est plus en prise avec les attentes des gens qui fuient ce musée du XIXe siècle. Tout à ses obsessions contre les riches et à ses méfiances contre la famille, le PS a annoncé, lundi, la suppression de ce dispositif nataliste créé en 1945, pour lui substituer un crédit d'impôt. Une décision sur laquelle Hollande est revenu, mardi, au vu des protestations. N'a-t-il pas mieux à faire que de vouloir détruire le peu qui fonctionne encore de l'héritage de l'après-guerre, qu'il veut préserver par ailleurs ?
Tout est prévisible chez le PS, tant sa partition reste un classique. À peine Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, venait-il, mardi, de durcir un peu le ton sur l'immigration en annonçant une baisse de 30% des naturalisations, la décision de ramener les entrées régulières à 150.000 par an et en faisant remarquer que le taux de délinquance des étrangers était bien "de deux à trois fois supérieur", que le parti du Bien s'offusquait de ce "satisfecit dérangeant et choquant". Est-ce à dire que les socialistes se satisfont de la constante immigration de peuplement qui ne trouve plus ni logements, ni travail, ni utilité ?

Certes, la droite n'est guère plus audacieuse pour l'instant ; mais son candidat ne s'est pas déclaré. Le vieux projet d'une taxe sur les transactions de devises (Tobin), que recycle Nicolas Sarkozy, a tout de l'artifice destiné à mimer la novation et à agacer l'adversaire. Mais au moins la majorité montre-t-elle sa souplesse en s'ouvrant aux propositions des autres. Ses premières propositions sur l'école sont originales. Il reste à espérer qu'elle saura surtout écouter ce que dit le peuple qui, lui, se 'droitise' : avec la montée de François Bayrou, qui s'installe comme le quatrième homme derrière Marine Le Pen, trois candidats de droite sont dans le peloton de tête, contre un de gauche qui, lui, se 'centrise' …

François Bayrou n'est pas plus loquace que Hollande pour dire ce qu'il fera. Lui non plus n'avance rien, hormis sa bonne mine, son "Achetez français !" et sa mise en garde de 2007 sur le risque de l'endettement de l'État. Pour autant, le futé Béarnais a compris le profit qu'il avait à troquer son antisarkozysme convenu pour une plus originale posture antisystème. Celle-ci est en passe de transformer son centrisme plat, auquel Philippe Douste-Blazy vient de se rallier, en une contestation plus poivrée. Le vide programmatique reste le même, mais son positionnement, qui rejoint celui des votes blancs, des abstentionnistes, des désespérés de la politique et des partisans de Marine Le Pen, a l'habileté électorale de s'aligner sur tous ceux, nombreux, qui ne se reconnaissent plus dans la droite ni la gauche.
Le braconnage de Bayrou sur ces terres rebelles et "nonistes" lui promet sans doute d'autres progressions dans les sondages (il est à 11-12%). Cependant, il est peu probable que cet électorat avide de visions sur l'avenir, et qui ne peut que constater l'anorexie des programmes, se contente seulement des clins d'œil du président du MoDem, qui fut dans le camp des "ouistes" en 2005 (référendum sur la Constitution européenne) et qui ne semble pas vouloir comprendre les causes du mal-vivre de la France silencieuse. Ce qui consolide le socle de Marine Le Pen, pour qui 30% des sondés n'excluraient pas de voter (Libération, lundi), est sa capacité à parler des sujets qui sont au cœur des interrogations populaires, mais qui ne sont pas abordés par les autres candidats. La recette est là.

En fait c'est tout un monde, élaboré par des oligarchies politiques ou syndicales, qui s'effondre. La mer qui se retire laisse ainsi à découvert les méthodes de voyous de certains syndicats locaux émancipés de l'autorité des centrales. Le cas de la CFDT-maritime Nord, fossoyeur de la compagnie SeaFrance, illustre ces dérives. Désavoué lundi par le patron de la CFDT, François Chérèque, ce syndicat a accéléré la mise en liquidation de l'entreprise (190 millions d'euros de dettes) en refusant d'étudier l'offre d'un repreneur privé, après s'être comporté, avec la complicité d'une direction voulant acheter la paix sociale, comme le patron dans des embauches de complaisance. Il convient d'ajouter à ceci des comportements mafieux et des soupçons de vols en bandes organisées. La tolérance face à ces systèmes d'intimidations et de corruptions, qui perdurent ailleurs, n'est pas le moindre des signes d'une société à bout de souffle.
Paru dans Le Figaro, 13 janvier 2012
RIOUFOL Ivan

Né le 12 septembre 1952
Marié – 2 enfants
 

Journaliste


Université de Nantes
Diplôme d"études approfondies (DEA) de droit maritime et aérien
 
Au Figaro:
            Grand chroniqueur et Membre du comité éditorial (depuis 2000)
            Rédacteur en chef - informations générales (1995-2000)
Rédacteur en chef adjoint (1992-1994)
Chef de service (1990-1992)
Responsable de la rubrique Confidentiel (1988-1990)
Grand reporter (1985-1987)
Correspondant du Quotidien de Paris (1976-1984)
                        Du Journal du Dimanche
                        De Forum international
Journaliste à Presse-Océan
 
Ouvrages
La Tyrannie de l'impudeur (2000) - La République des faux gentils (2004) - Chroniques d'une résistance (2005) - La fracture identitaire (2007) - Où va la France ? (2008) - Chronique d’une année de crise (2009) - La démocratie d’apparence (ouvrage collectif) (2009) - Allez-y sans nous (ouvrage collectif) (2009) - De l'urgence d'être réactionnaire (2012) - A la recherche du peuple perdu (2011) -  Touche pas à ma France (2014) - Poings sur les i (2015) - La Guerre civile qui vient (2016) - La nouvelle révolution française (2016) -

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