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Un amateurisme non éclairé

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On n'aurait pas cru possible un tel culot !
Depuis le début de ce mois de janvier, pas un jour sans annonce, pas une cérémonie de vœux présidentiels sans qu'elle soit marquée par une surprise, une proposition de réforme (Le Monde). Un véritable feu d'artifice dans l'improvisation et dans l'urgence, à quelque trois mois du premier tour de l'élection capitale. La TVA sociale, la taxe Tobin, le statut des professeurs, l'avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature pour les nominations du Parquet...
Ce serait risible si cette frénésie qui ne ressemble plus à de l'action mais à une fuite en avant pour étourdir la France et l'empêcher, à tête reposée, d'apprécier et de juger n'était pas mise en œuvre  dans un climat qui incline à tout sauf à l'optimisme.
La perte du triple A vient d'enlever au Pouvoir un argument décisif qu'il invoquait avec assurance il y a encore six mois en évoquant à juste titre l'importance de cette validation. J'entends bien, comme le souligne François Hollande, que la France est sauve, que seule une politique est dégradée et une gestion globale sinon désavouée, puisque le redressement s'est engagé mais trop faiblement et trop tardivement, du moins pas surestimée. Nous voudrions tout de même connaître, au-delà du triomphe facile que donne à ses adversaires ce désaveu grave du président, ce que l'avenir nous réservera si sa maîtrise est confiée à d'autres responsables. Aujourd'hui nous savons seulement qu'il y a péril en la demeure mais comment demain sera-t-elle sauvegardée, protégée, améliorée ? Qui sera le moins mauvais de nos bergers ?

Pourtant, à bien considérer les deux semaines qui viennent de s'écouler, j'avoue que je suis tenté - je ne crois pas être le seul - de regretter l'image nationale et internationale qu'une telle pratique présidentielle diffuse. Ce n'est rien déjà que de nous avoir prédit que nous disposerions d'une année 2011 pour faire une pause afin d'examiner les effets positifs ou non des réformes engagées depuis 2007. On peut admettre que nécessité a fait loi et qu'il était impossible de ne pas bouger dans un monde qui nous chahutait.
Mais que délibérément, avec une tactique ostensiblement clientéliste, sans l'ombre d'une préparation, des projets soient lancés dans l'espace public moins parce qu'ils seraient pertinents en eux-mêmes qu'à cause de la gêne que leur intrusion dans le débat pourrait causer au camp adverse relève d'une démarche qui ne me semble guère démocratique et qui intellectuellement est immature. Alors qu'au mois d'avril, dans si peu de temps, les dés seront jetés avant de l'être à nouveau au mois de mai. Ainsi, ces exigences fondamentales sont restées dans les coulisses du Pouvoir durant presque cinq ans et, soudain, dans la précipitation, la société les réclamerait et la République aurait besoin de les voir consacrées. Parmi elles, si on suit attentivement les discussions parfois techniques qui les critiquent ou les défendent, il en est dont le fond est rien moins qu'absurde. Mais les manœuvres du président, la forme utilisée, cette propension à jeter avec désinvolture et profusion de quoi perturber, espère-t-on, les futurs rivaux, la méthode détestable de cette agitation en bout de course, en fin de mandat dénaturent profondément la validité de propositions qui auraient mérité un meilleur sort. Il est clair que celui-ci importe peu au président qui n'est soucieux que du désordre induit par la répétition forcenée d'inventions dont la seule utilité est de sortir du carquois de l'adversaire ou de réduire ses possibilités d'argumenter. Vous vouliez la réforme du CSM pour les magistrats du parquet ? Je vous la concède. Je n'y crois pas mais ce sera toujours autant de moins pour vous. Derrière chacune de ses interventions, il y a cette musique qui fait fi de la conviction mais mise tout sur le piège.

Dans quel état sera la République à l'expiration de ce quinquennat ? Avant 2007, et avec l'espérance qui accompagnait l'élection confortable du président de la République, j'étais sûr que nous avions, que nous aurions la droite la plus intelligente du monde. Aujourd'hui, une certaine conception estimable de la droite est mise en pièces.
Certes, je ne ferai pas à tout coup de Patrick Rambaud mon conseiller politique et je me garderai de citer certains de ses propos à l'encontre du président dont la verdeur choquerait. Mais n'est-il pas pertinent, dans la vigueur polémique, quand il décrit ainsi Nicolas Sarkozy arrivé presque au terme de son premier et peut-être seul mandat : "Nicolas Sarkozy est un type qui n'a aucune conviction, aucune idée, aucune vision et il travaille au jour le jour. Ce n'est même pas un stratège, c'est un tacticien qui dit le mardi le contraire de ce qu'il a dit le vendredi précédent. Cela ne le gêne pas..." (Libération).

Pourtant rien n'était fatal. J'éprouve comme un infini regret à constater qu'autour de lui quelques ministres restent peu ou prou fidèles, dans leur discours, dans leur action et avec leur morale, à ce qui avait fait rêver beaucoup de citoyens en 2007. Je songe notamment à Bruno Le Maire qui vient encore, sans hargne ni arrogance, de rappeler au pouvoir qui l'oublie le sort des silencieux, des exilés de la société, des troupes malheureuses et aigries du FN qu'une politique mimétique sur le plan de la sécurité ne consolera pas (Le Figaro).
Pour finir, un exemple déplorable et caricatural de cet "amateurisme non éclairé" qui vient pourrir les meilleures intentions comme les pires démarches et devrait conduire Valérie Pécresse exigeant des partis "un discours de vérité et de responsabilité" à ne pas oublier le président dans sa sollicitation.

Les citoyens assesseurs en correctionnelle, alors qu'on va démanteler la cour d'assises, ont été imposés par le président de la République en totale méconnaissance des réalités criminelles et délictuelles et des particularités procédurales. Croyant tout savoir, il a déstabilisé un monde qui donnait satisfaction pour en modifier un autre où le peuple sera comme une potiche. Le projet lui-même, dans sa globalité, était frappé d'incohérence mais la seule qualité de cette loi entrée en application le 1er janvier était à la fois son caractère limité dans le temps et sur le plan géographique. Il devait s'agir d'une expérience dont on examinerait les conséquences positives ou négatives - sans parler de son coût extravagant : 40 millions d'euros !- en 2014 et qui jusque-là ne se déroulerait que dans les cours d'appel de Toulouse et de Dijon. Pourquoi pas ? En dépit de l'inspiration biaisée encore évoquée par le président lors de ses vœux - les magistrats ne sont pas assez sévères et les citoyens durciront les décisions alors que tout est faux dans cette analyse -, le caractère provisoire de la démarche pour une fois n'était pas de mauvaise méthode.
Seulement il convenait d'attendre et probablement Nicolas Sarkozy était-il frustré de devoir respecter même ses propres décrets ? Si pressé de favoriser un tournis qui donne mal à la tête aux Français sans les rassurer, qu'il lui fallait même battre ses propres records de précipitation ! En effet, dès le 13 janvier - la loi avait à peine eu le temps d'avoir une pratique balbutiante - et sans s'interroger sur le comportement et l'avis des citoyens assesseurs (l'un, dans Le Figaro, relevait pourtant qu'ils étaient "influençables" et donc le rôle dominant des magistrats), le président déclarait avancer la généralisation de l'expérience en 2013 et au bout de 12 JOURS s'affirmait satisfait de la réussite du processus. Il est facile de percevoir, dans cet épisode grave, irréfléchi et contraire à ses propres engagements, à quel point Nicolas Sarkozy ne se préoccupe que de l'apparence et jamais de l'essentiel. Ce qui compte pour lui, c'est de donner l'illusion du mouvement et non pas de vérifier l'utilité et le bien-fondé de celui-ci. Ce serait une perte de temps et le risque de moins de démagogie que d'accepter de demeurer prisonnier de ses rares bonnes résolutions. Que penser de procédés aussi erratiques qui, au lieu d'apaiser un pays, lui font craindre que celui qui tient le gouvernail manque de sûreté et de constance ? Qu'il soit incurablement peu président mais candidat permanent sans la grâce d'av
ant son élection ?
Je maintiens : un amateurisme non éclairé mais surtout, quel gâchis !
BILGER Philippe

Né le 31 août 1943
Marié - 6 enfants


Magistrat honoraire

Ancien avocat général près la cour de Paris
Conseiller spécial (of counsel) au cabinet D’Alverny Demont & Associés (depuis le 3 octobre 2011)

Président de l'Institut de la parole

Préparation à l'Ecole Normale Supérieure
Licencié en Lettres classiques
Licencié en Droit
Diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM)
 
Auditeur de justice au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg (1970)
Juge d'instruction au TGIde Lille (1972)
Substitut du Procureur de la République près le TGI de Bobigny (1975)
Affectation à la 4ème section du Parquet de Paris (Presse et Libertés publiques) (1984)
Premier substitut Paris (1986) 
Ministère public à la 17ème Chambre Correctionnelle (1984 à 1989)
     Affaires Le Pen c/Libération, Le Pen c/Le Canard Enchaîné, Duverger c/Actuel, tract en faveur du
     Maréchal Pétain dans Le Monde, affaire Laurent Wetzel /Marcel Paul, etc.
Chef de la 11ème section du Parquet de Paris (droit bancaire) (1989 – 1990)
Substitut général près la cour d'appel de Paris (1990) 
     Chambre d'Accusation de Paris, de mars à septembre 1990
     Avocat général à la cour d'assises de Paris, de septembre 1990 à septembre 1992
     (affaires Chalier-Nucci, Mathurin-Paulin, Dobbertin, etc.)
 
Mise à disposition auprès du président du Sénat
     comme conseiller à la Justice et à la Culture (1992 – 1995)
 
Avocat général près la cour d'appel de Paris (1999)
Avocat général à la cour d'assises de Paris (depuis 1995)
     (Procès Didier - l'assassin de Bousquet - procès Naigeon, Fréminet, Bob Denard,  
     Aloïs Brunner, Magali Guillemot, François Besse, etc.
     Procès d’Emile Louis à Auxerre, procès de Maxime Brunerie à Paris (2004)
     Procès d'Hélène Castel et procès en appel d'Emile Louis (2006)
     Procès de Youssouf Fofana et du gang des barbares (victime : Ilan Halimi) (2009) 
 
 
Professeur associé à l’Université du Droit et de la Santé de Lille 2 (2001 – 2004)
Directeur d'une session annuelle de formation à l'ENM (2001 – 2004)
Présidence de la Commission arbitrale des journalistes
Chef de la délégation juridique de l'Union internationale de la Presse Francophone
Conférences sur le droit de la presse et la cour d’assises,
     à l'Ecole Nationale de la Magistrature,
     au Centre de Formation pour les Journalistes,
     à l’Institut Montaigne,
     pour la Presse Quotidienne Régionale,
     pour le groupe Hachette et le groupe Bayard, pour divers Barreaux.
Conférences régulières pour le groupe Audiens
Conférence à l'Institut de France (23 janvier 2006)
Grande Conférence du Figaro (20 février 2006)
 
Ouvrages
Nombreux articles consacrés au droit de la presse et à l'analyse de la jurisprudence
     dans Le Monde, Le Figaro, La Gazettedu palais, Legipresse (membre du comité
     de rédaction), Stratégies, L'Echo de la presse,
     ainsi que dans la Presse Quotidienne Régionale
 
- Le droit de la presse (PUF, collection "Que sais-je") (1990) (réactualisé en 2003)
- Le Besoin de justice avec Claude Grellier (Calmann-Lévy) (1991)
 -Plaidoyer pour une presse décriée (Filipacchi) (2001)
 -Un Avocat général s’est échappé (collaboration de Stéphane Durand-Souffland (Le Seuil) (2003) 
 -Le Guignol et le Magistrat avec Bruno Gaccio (Flammarion) (2004) 
 -Arrêt de mort roman (Editions du Félin) (2005)
 -Pour l'Honneur de la justice" (Flammarion) (2006)
- J’ai le droit de tout dire (Editions du Rocher) (2007)
- Et si on jugeait les juges ? avec Roland Agret (Editions Mordicus) (2009)
- 20 minutes pour la mort - Robert Brasillach : le procès expédié (Editions du Rocher) (2011)
- Le bal des complaisants – Le dernier réquisitoire d’un avocat général avec François Sionneau (Fayard) (2011)
 
Distinctions    
Chevalier de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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