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A propos de l’anti-sarkozysme

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Pour la première fois, le 13 février 2012, et pour un seul institut de sondages, les courbes respectives de Nicolas Sarkozy et de François Hollande se sont croisées au bénéfice du premier. L’embellie n’aura duré que quelques heures. Dans la soirée un autre sondage décroisait ces deux courbes au profit du candidat socialiste replacé dans la position de "favori". D’ailleurs est -ce ainsi : "socialiste" qu’il faut le qualifier ? Le socialisme de Jaurès, de Blum et même du "premier" Mitterrand n’a-t –il pas depuis longtemps cédé la place au 'PS isme', à cette idéologie partisane dont le moyeu principal semble la reconquête du pouvoir, pitoyablement perdu en 2012, et cela coûte que coûte ? Sinon pourquoi le "Front de Gauche" ? Pour commencer de répondre à cette question il faut se livrer non pas des analyses – il est encore trop tôt pour le faire - mais à des impressions de campagne dont on aimerait beaucoup qu’elles soient rapidement démenties.

Commençons par une donnée visuelle : la couleur du fond de tableau a changé pour le vainqueur de la primaire organisées par le PS : de rouge-rose elle est passée à bleue. Pourquoi s’en étonner ? Le schéma 'marketing' est classique : en un premier temps le parti sert de marchepied au candidat promu qui  ensuite le repousse pour prétendre à une vision plus panoramique. Après s’en être remis au choix des "militants", il s’adresse alors "à tous les Français", ce qui une fois élu  lui permet en général de se délier de ses engagements initiaux et de faire à peu près n’importe quoi. Du visuel passons à l’auditif :  la principale caractéristique de la présente campagne électorale pour le premier tour des Présidentielles se rapporte à un anti-sarkozysme virulent mais qui malgré tout et en dépit de sa férocité ne semble pas de bon aloi. A en examiner les thématiques et les postures, il se réduit le plus souvent à une mise en cause ad hominem du Président sortant et postulant à sa propre succession, une mise en cause d’autant plus acharnée que le débat politique et économique, à proprement parler, et qui devrait être l’essentiel, est par ailleurs bien peu nourri. Il faut s’interroger sur la cause de ces attaques visant la caractérologie du Président sortant, sa vie privée et ses priorités dans l’existence.

Un hebdomadaire ne faisant pas dans la dentelle l’avait traité il n’y a guère de "voyou". Cette injure ne le quitte plus et conditionne le style des attaques qui le visent souvent à des niveaux où l’on ne risque guère l’ivresse de l’altitude. Cependant, toutes les sociétés, toutes les institutions, ne méritent ce nom qu’à condition de respecter une déférence minimale tenant aux fonctions exercées par les uns et par les autres ainsi qu’à la symbolique qui s’y attache, au-delà des personnes exerçant ces fonctions. On se souvient d’un débat fameux entre Mitterrand et Chirac pour l’élection présidentielle de 1988, ce dernier ne s’empêchant pas de s’adresser à son vis à vis avec une déférence non feinte en l’appelant pour conclure : "Monsieur le Président". Qu’on s’en accommode ou non, Nicolas Sarkozy est encore Président de la République française. Ses adversaires, pour ne pas dire ses ennemis, le traitent rarement en tant que tel. Pour eux, il est "M. Sarkozy" ou Sarkozy tout court, lorsqu’il n’est pas qualifié anonymement de "candidat de l’UMP" ou de "candidat sortant". Dans un pareil  traitement ne faut–il pas déceler une volonté d’humilier, de ramener le "manant" à la  case dont il n’aurait pas dû sortir ? On dirait qu’une sorte de noblesse d’Etat, discernable sous de nouveaux avatars, s’acharne à rabaisser le roturier, pour ne pas dire l’ "étranger" (1), renvoyant à l’inconnu qui s’est subrepticement glissé à la tête de l’ Etat et qui ose régenter plus haut que soi – d’où au passage les allusions à la taille de Nicolas Sarkozy et à son maintien, comme si François Hollande était du format physique de Charles de Gaulle ou de VGE … Cette attitude ne semble pas consonner avec les exigences d’une campagne dont le but ultime, faut–il le rappeler, n’est pas de démolir les candidats en course mais d’éclairer les choix ultimes et décisifs du corps électoral. Le problème principal de toute élection reste le lendemain de l’élection, lorsque le nouveau titulaire du pouvoir et de la responsabilité qui lui est corrélative doit prendre sa toute première décision. Pour toutes ces raisons, il était inévitable que lors d’émissions comme "Des paroles et des actes" sur France 2 , ou "Paroles de candidat" sur TF1 , Nicolas Sarkozy ait rappelé non sans cruauté l’absence de toute exemplarité en ces domaines de membres de l’opposition et de soutiens de celle–ci dont les noms n’ont guère besoin d’être repris et répétés, tant sur le terrain de la fortune personnelle que sur celui de la frime et de ses dérivées, sans parler d’autres frasques et sorties de routes que l’on s’interdirait de juger si elles ne révélaient le "faible et la prise", aurait dit Chamfort, de personnalités prétendant ou ayant prétendu à la Magistrature suprême.

Il semble que cette approche ad hominem commande également la critique – le mot, là encore,  est plus que faible -de son bilan. La formule, recuite avec ses assonances, utilisée par Laurent Fabius lors de l’émission "Des Paroles et des actes" : "Votre  bilan, c’est votre boulet" - le reste à l’avenant -  était une trouvaille. Elle appelait sa symétrique qui interviendra quelques jours plus tard à propos du Rainbow Warrior. Reste une fois de plus le fond. Comment des hommes - et des femmes – car Martine Aubry ni Ségolène Royal ne sont en reste - qui ont exercé des hautes fonctions ministérielles et qui prétendent à nouveau diriger rien de moins que l’Etat peuvent-elles s’adonner à ce véritable nihilisme ? Quoique le Président sortant, Nicolas Sarkozy, ait fait et accompli en cinq années, rien , mais vraiment - rien ne trouve grâce à leurs yeux. Lorsqu’ils sont obligés par la force des choses et pour ne pas sombrer dans le déni pur et simple d’admettre des éléments positifs dans ce quinquennat  – entre autres les nominations à des fonctions éminentes de personnalités appartenant à l’Opposition  ou l’audit des comptes de l’ Elysée par la Cour des Comptes – c’est pour aussitôt les effacer mentalement. Quoi qu’il ait fait ou accompli "M Sarkozy" ne peut l’avoir bien fait parce que "M. Sarkozy" par nature ne saurait faire bien. Un peu plus d’objectivité, elle-même gage d’une perception adéquate de la réalité, serait plus rassurant s’agissant de la prétention de tel ou telle d’occuper cette année ou un peu plus tard la magistrature suprême. Ce n’était vraiment rien de tenir la barre de la France et de l’Europe durant le séisme planétaire de 2008 ? L’’aptitude à une objectivité minimale  serait l’indice de cette irremplaçable qualité morale que l’on nomme l’honnêteté intellectuelle. N’était-ce rien que d’avoir préservé l’unité de l’Europe, l’existence de l’euro et l’amitié franco–allemande  durant l’été tumultueux de 2011 avec l’effondrement financier de la Grèce et ses effets possibles de dominos ? Sur d’autres théâtres d’opérations, n’est ce rien d’avoir fait preuve d’une inflexible détermination en Côte d’ Ivoire ou en Libye ? La volonté de dénigrement systématique et méthodique conduisent inévitablement à se demander comment les auteurs de pareilles critiques auraient agi dans des circonstances analogues, aussi contraignantes, aussi dangereuses. Ils seraient peut être en droit de se comporter de cette façon – car , là encore, la mise en cause des comportements mène à l’incrimination d’une caractérologie réelle ou supposée – s'ils  pouvait se prévaloir d’une exemplarité sans faille, d’une lucidité sans intermittence, d’une volonté à toute épreuve. Le bilan en politique interne et internationale de François Mitterrand relève-t-il de cette exemplarité ? Et qui a oublié les images de Lionel Jospin lapidé à Bir Zeit ?

Nombre d’ennemis de l’actuel chef de l’ Etat et de ceux qui ne lui font grâce de rien étaient eux-mêmes aux affaires en 2002. Si l’on adoptait leurs 'standards' politiques et leurs critères idéologiques, l’on serait en droit, réversiblement, de soutenir que la présence de Jean-Marie Le Pen devant Lionel Jospin au premier tour de la Présidentielle de 2002 suffit à juger le bilan des cinq années du gouvernement de la Gauche plurielle, comme si ses acteurs de l’époque n’avait rien accompli méritant compréhension ou éloges notamment en matière de création d’emplois, même si la politique menée en matière de sécurité publique et de lutte contre les violences à caractère antisémite a été alors plus que défaillante. Si le "nom de Sarkozy" (2) est associé à tous les malheurs du monde et à ce qu’il y a de pire dans la Création, il ne faut pas s’étonner que l’on rappelle, de l’autre bord, qu’en 2002, lorsque Le Pen est passé devant Jospin, François Hollande était solidairement premier secrétaire du PS , position dans laquelle l’on conviendra qu’il rongeait son frein faute d’avoir pu occuper jamais un poste ministériel. Depuis quand celui qui a pu le moins pourrait–il pouvoir le plus, sauf à s’en auto–persuader ?

Dans le système politique français l’élection présidentielle est la plus importante. Elle demande, répétons-le, que le choix des citoyens fût éclairé par la confrontation de programmes et la comparaison des bilans, à condition d’en avoir un. L’anti- sarkozysme ne peut masquer l’absence et le défaut de l’un et de l’autre, ce que ne suffisent pas à masquer non plus les effets d’annonces à répétition et les inventions au jour le jour de mesures, fiscales ou "sociales", parfaitement clientélistes, qui font songer à ces distributions de gadgets et de ballons éphémères par la caravane du Tour de France. La France de 2012 n’est pas celle de 1981. Sans doute The Artist a-t –il obtenu 3 Oscars. Mais la nostalgie de Rudolf Valentino ne signifie pas qu’au sortir  de la salle obscure l’on soit revenu au temps du cinéma muet, de ses gestuelles comiques et de ses musiques souvent désaccordées.

(1) Rappelons le titre  fort ambigu d’Alain Badiou : "De quoi Sarkozy est–il le nom ?"
(2) Id.

DRAI Raphael

Né le 21 mai 1942
Marié - 2 enfants



Professeur agrégé de sciences politiques
Doctorat de science politique - Université Panthéon-Sorbonne

Lauréat de la faculté de droit de Montpellier
Doyen honoraire de le faculté de Droit d'Amiens
Professeur à l'Université d'Aix-Marseille III (Droit : Société et vie politique)
Professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence 
Chargé d'enseignements au Master Management interculturel et médiation religieuse
Professeur à l'Institut d'Etudes et de culture juive d'Aix-Marseille
Directeur de Recherches à l'Ecole doctorale de recherches
     en psychanalyse et psycho-pathologies - Université Diderot, Paris VII

Chroniqueur de la revue L'Arche 
Membre de l'Observatoire du religieux
Spécialiste de l'univers biblique
Conférences avec l'institut inter-universitaire d'études et de culture juive

Ouvrages
La Politique de l'inconscient (1979)
Le Pouvoir et la parole (1981)
La communication administration-administrés (en collaboration) (1983) 
La sortie d'Egypte. L'invention de la liberté (1986)
Guerre éthique et pensée stratégique à l'ère nucléaire (avec Cao Huy Thuan) (1988)
Lettre ouverte au Cardinal Lustiger (1989)
La communication prophétique (3 tomes) (1990 à 1998)
Identité juive, identité humaine (1995)
La pensée juive. Exégèse et épistémologie (1996)
Le mythe de la loi du talion (1996)
Freud et Moïse. Psychanalyse, loi juive et pouvoir (1997)
Lettre au Pape sur le "pardon au peuple juif" (1998)
La Thora. La législation de Dieu (2000)
Lettre au Président Bouteflika sur le retour des Pieds-noirs en Algérie (2000)
Grands problèmes politiques contemporains
Les nouvelles échelles de la responsabilité politique (2001)
Sous le signe de Sion (2001)
Science administrative, éthique et gouvernance (2002)
La France au crépuscule. Précis de recomposition (2003)
L' Etat Purgatoire, la tentation postdémocratique (2005)
La République brûle t-elle ? Essai sur les violences urbaines (avec J-F. MATTEI) (2006)
Abraham (2007)
Le pays d'avant (2008)
Les pays d’après (2008)
Grands problèmes politiques et sociaux contemporains (2009)
Théories juridiques et théories psychanalytiques (2010)
Philosophies d'ailleurs. Les pensées indiennes, chinoises et tibétaines - Collectif sous la direction de Roger-Pol Droit (2009)

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