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En attendant Sarkozy

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Sarkozy ne crèche plus à l’Élysée et il aura suffi d’un été pour éteindre les rancœurs qu’il focalisait. Orphelins de cet exutoire, ses détracteurs les plus fielleux s’avisent que leur destin demeure en l’état – le dadais avec son malaise, le cocu avec son infortune, le stropiat avec son infirmité, le vieillard avec sa détresse.
Rien n’a changé pour le chômeur, le déclassé, le paumé, la femme délaissée, le salarié victime d’une délocalisation ou menacé d’un plan social, le patron de PME en instance de faillite. Rien, sinon l’impossibilité de sacrifier Sarko sur l’autel d’une catharsis infantile. Du coup certains le regrettent déjà – pas seulement à droite –, et plus personne ne le vomit. On le prend pour ce qu’il a été : la victime expiatoire d’une crise dont il ne fut nullement responsable, et on sent poindre une sympathie, voire un regret car enfin il assurait le job, et le spectacle en prime.
L’idée commence à s’insinuer que sans lui, la France risque la déprime. Aussi le pouvoir socialiste s’abuse-t-il en misant toutes ses billes sur feu l’antisarkozysme. Quand il aura casé ses obligés et administré les placebos rituels de l’assistanat, le prince rose et vert sera nu et l’inconscient collectif trouvera vite de quoi attiser sa vindicte. Du bling-bling, des muscadins ivres d’arrogance et des Pompadour sans vergogne, il y en a pléthore à gauche : bientôt la haine anti-riches et la révolte antisystème sauront les débusquer sous les dorures des palais officiels, nationaux ou territoriaux. Ce sera d’autant plus facile que les socialistes contrôlent désormais tous les rouages, ayant viré au cours de l’été les rares préfets récalcitrants et s’apprêtant à éconduire les rares magistrats présumés indociles. On aurait du reste tort de le leur reprocher, il est "normal" qu’un pouvoir nomme aux leviers de commande des gens disposés à asseoir sa politique. L’anomalie, c’est la sottise de la droite, qui toujours, depuis Giscard et sans exception, se croit tenue d’offrir des gages à ses adversaires (l’"ouverture"), aux fins de mendier vainement on ne sait quelle respectabilité.

La prochaine élection présidentielle aura lieu au printemps 2017. C’est loin. Pour l’heure, le candidat potentiel le plus évident s’appelle Nicolas Sarkozy. Il peut ne pas souhaiter revenir sur scène. D’autres que lui peuvent acquérir entre-temps l’envergure requise pour convoiter la prise de l’Élysée. Mais sous réserve qu’il se fasse discret un certain temps, et prenne acte de ses erreurs, notamment de style et de casting, l’hypothèse d’un come-back semble fort plausible. Le romanesque y trouverait son compte. Sarko a été battu certes, mais pas laminé comme les gouvernants en place, partout en Europe, socialistes y compris. Il n’est pas vieux, il a du ressort et sans doute lui viendra tôt ou tard le désir légitime de prendre sa revanche. Il fut parfois quelque peu anxiogène ; il peut devenir le chef qui rassure et rameute quand se déchaîne la tempête, et rien ne laisse présager des années de plein soleil. Pour toutes ces raisons, le duel annoncé entre Copé et Fillon ne doit pas se dévoyer en querelle des investitures. Sinon, deux clans vont se tirer dans les pattes jusqu’en 2017 et les socialistes tireront leur épingle de ce mauvais jeu. Ils vont d’ores et déjà mettre à profit cette joute inopportune pour nous fourguer des mesures indigestes.

Puisque campagne il y a, que les candidats la fassent sur le sujet – la présidence de l’UMP – en nous épargnant les pavanes d’ego en rut et les coups de billard à trois bandes ! Surtout, qu’ils amorcent une réflexion de fond sur le distinguo droite-gauche quant à la pédagogie, à la fiscalité, à la transmission, aux sources de la morale, à la texture de la mémoire nationale, à la fabrication d’une élite, à la géostratégie, à la conception de la culture, à la définition des alliances. La gauche a su mettre au clair les fondamentaux de sa vision de l’homme dans la cité ; on sait en gros vers quelle sorte de société elle veut nous embarquer : du care à la fois compassionnel et égocentrique, de l’égalitarisme, du relativisme, du cosmopolitisme, du multiculturalisme, du panthéisme. Ça a le mérite de la cohérence.
À droite, depuis belle lurette, on se borne à humer l’air du temps au ras des pâquerettes de la "modernité", en donnant l’impression navrante de n’être que l’appendice pâlichon de la gauche, son fac-similé, la face honteuse de la même médaille. Puisse cette campagne ébaucher les contours d’une alternative politique digne de l’appellation !

Paru dans Valeurs actuelles, 30 août 2012
TILLINAC Denis

Né le 26 mai 1947
Marié – 4 enfants
 

Ecrivain


Institut d'études politiques (IEP) de Bordeaux
 
PDG des éditions de La Table Ronde (1990-2007)
Membre du Haut Conseil de l'Education
Membre du Haut Conseil de la Francophonie
Représentant personnel du Président de la République Française
     pour la Francophonie (1995-1998)
Enseignant à l'Ecole Supérieure d'Aéronautique
     Histoire moderne, à Toulouse (1999)
Enseignant à l'Institut supérieur
     de management public et politique (ISMAPP) (2008-2009)
 
Journaliste à La Dépêche du Midi (1974-1980)
Critique littéraire à La Dépêche du Midi (1980-1990)
Chroniqueur aux Nouvelles littéraires
Collaboration et éditoriaux à Madame Figaro (1983-1990)
Chroniqueur à R.T.L. (On refait le monde), à Canal + (Pascale Clarke)
Co-animateur (avec Michel Cardoze) de Double Page sur T.M.C.
     (émission littéraire) (2003-2004)
Intervenant dans Le Contrat sur la chaîne parlementaire
     (émission politique) (2006)
Collaborations à Valeurs Actuelles, Le Figaro Magazine,
     Madame Figaro, La Dépêche du Midi, La montagne,
     Marianne, Famille chrétienne, …
 
Ouvrages
Le Rêveur d'Amériques (1980) - Le Mystère Simenon (1980) - Le Bonheur à Souillac (1983) Prix de la Table Ronde française - L'Eté anglais (1983) Prix Roger Nimier - Spleen en Corrèze – Journal  d'un localier (1984) - A la santé des conquérants (1984) - L'Ange du désordre : Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse (1985) - La Tour des îles : Spleen à Daumesnil (1985) - L'Irlandaise du Dakar (1986) - Vichy (1986) - Maisons de famille (1987) Prix Kléber-Haedens - Le Dakar (1988) en collaboration avec yann Arthus-Bertrand - Un léger malentendu (1988) - Le Bar des Palmistes (1989) - La Corrèze et le Zambèze (1990) - Prix Chardonne, Grand Prix de Littérature du tourisme Les Corréziens (1991) en collaboration avec Pierre Dauzier - L'Hôtel de Kaolack (1991) - Le retour de d'Artagnan (1992) - Rugby Blues (1993) Prix Populiste, Grand Prix de la Littérature sportive - Elvis, Ballade sudiste (1993) - Le Jeu de la chandelle (1994) - Spleen en Corrèze (1996) - Dernier verre au Danton - Don Juan (1998) - Je me souviens de Paris (1998) - Les Masques de l'Ephémère (1999) Prix Paul Léautaud - Boulevard des Maréchaux (2000) - Chirac le Gaulois (2002) - En désespoir de causes (2002) - Le Mystère Simenon (2003) - Incertains désirs (2003) - Le dieu de nos pères – Défense du catholicisme (2004) - Le Venin de la mélancolie (2004) Prix du Livre politique, Prix des Députés - La pluie sur les carreaux dessine des fantômes (2005) - Je nous revois (2006) - Dictionnaire amoureux de la France (2008) - Rue Corneille (2009) - Sur les pas de Chateaubriand (2009) – Dictionnaire amoureux du Catholicisme (2011) - Retiens ma nuit (2015) -
 
Grand Prix de l'Académie française
     Prix de littérature Henri Gal attribué par l'Institut de France (2005)
 
Pour la télévision
Evocation de Francis Jammes
     Réalisateur Jacques Tréfouel
     Produit par FR3 Bordeaux-Aquitaine (1981)
Les Caprices de Marion
     Réalisateur Jacques Tréfouel, avec Agnès Soral
     Produit par FR3 Bordeaux-Aquitaine (1983)
Une colonne à la cinq (feuilleton)
     Réalisateur Pierre Neel
     Co-production FR3 Aquitaine et FR3 Limoges (1985)
Le Train du soir (court métrage)
     Réalisateur Eric Bertheret (1991)
     Adaptation d'une nouvelle de Denis Tillinac
Le Bois du Pardoux - France 3 (2000)

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