Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

A propos du mariage gay

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
Évaluer cet élément
(0 Votes)

A propos de la sémantique, on trouve sur Wikipedia les éléments suivants :
"Le signifié désigne la représentation mentale d’une chose… La langue n’est pas un répertoire de mots qui reflèteraient des choses ou des concepts préexistants en y apposant des étiquettes. Si c’était le cas, les mots d’une langue auraient toujours leur correspondant exact dans une autre. Cette observation conduit Ferdinand de Saussure, linguistique suisse, à distinguer signification et valeur : "mouton" et "sheep" ont le même sens, mais non la même valeur puisque l’anglais pour sa part distingue "sheep", l’animal, de sa viande "mutton".
A propos du mariage homosexuel, on peut déduire de cette définition deux choses.
La première, c’est qu’il va être demandé au législateur de modifier la représentation mentale du mariage, ce qui dans le contexte de nos traditions laïques et religieuses n’est pas moins qu’une révolution il s’agit de donner un sacré coup de hache au code civil.
Soit, puisque les futurs intéressés en ont envie et qu’on a envie de leur faire plaisir. Mais n’oublions pas les aspects juridiques, civiques et politiques du mariage : il s’agit d’un acte qui participe de l’état des personnes en créant une situation opposable à tous parce qu’il  a un objet précis : créer une cellule familiale. Les tiers - individus et institutions publiques - sont donc parties prenantes. Cela est si vrai que, par exemple, un mariage dont les bans n’auraient pas été régulièrement publiés et qui n’aurait pas été célébré publiquement serait nul et que le divorce ne peut être exclusivement un arrangement privé.
Jusqu’à présent les variations sémantiques portaient sur la célébration proprement dite. Selon les lieux et les époques, un officier d’état civil, un ministre du culte, une organisation privée (wedding chapel à Las Vegas) représentent le monde en recevant ou en prenant acte de ce consentement des époux. Et s’agissant de son étendue surtout, en terre d’Islam, l’existence possible de la polygamie dont certains effets sont reconnus dans notre droit. Mais on n’a jamais connu le mariage entre personnes du même sexe. Nous entrons en terra incognita. Au fond, il aurait été beaucoup moins révolutionnaire de reconnaître la bigamie matrimoniale que le mariage entre deux personnes du même sexe. Il n’est d’ailleurs pas sans intérêt de relever  qu’en Russie, au classement des choses moralement inacceptables, "l’homosexualité" – il n’est même pas question de mariage - vient en troisième position derrière "rejeter son enfant ; ne pas le reconnaître" et le "suicide" (la Russie d’aujourd’hui 17 octobre 2012 supplément du Figaro).
Je ne fais pas mienne une telle appréciation, je veux seulement souligner la tension morale extrême de cette mesure si clivante, y compris sur le continent européen alors qu’elle est ressentie par une majorité de nos concitoyens comme allant de soi.
La sémantique recoiffe son képi lorsqu’il s’agit de décliner les conséquences de cet élargissement de l’état civil, essentiellement autour de la procréation médicalement assistée, des mères porteuses et de l’adoption. Or, il ne paraît pas logique dans la cadre du mariage stricto jure de discriminer certains couples sur la portée de leur option.
La seconde remarque sémantique a trait aux effets du mariage homosexuel dans les pays qui ne le reconnaissent pas. Voilà un beau sujet de droit international privé. Ainsi, pour ne citer qu’un petit exemple, cet aspect de l’état civil, qu’il convient de préciser notamment lorsqu’on demande un visa, risque d’avoir des conséquences désagréables pour le intéressés. Pour nombre de ces Etats qui n’ont pas atteint notre fertilité imaginative, le concept de mariage homosexuel risque d’être perçu comme une provocation.
La communauté des nations ira-t-elle plus loin en l’absence d’une convention internationale ? Il paraît difficile d’invoquer les déclarations des droits de l’homme pour faire admettre par tous les Etats qu’il s’agit d’un droit fondamental. On n’a pas fini d’inventorier les difficultés engendrées par une telle innovation. Vis à vis de nombre de pays, on crée une catégorie qui échappe à leur propre sémantique sur le mariage. La relative indifférence qui accompagne la maturation de ce projet essentiellement combattu par l’Eglise et quelques "psy" fera place à la découverte d’une montagne de problèmes de tous ordres. "Sheep and mutton".

MAYNIAL Patrice

Né le 17 mars 1944
Marié - 3 enfants


Magistrat
Ancien Directeur général de la Gendarmerie nationale (1993)


Ecole nationale de la Magistrature 
Diplôme d'études supérieures en droit privé
Diplômé de l'institut de criminologie de Paris
Licence en droit
 
Premier avocat général à la Cour de cassation (2007)
Avocat général à la Cour de cassation (Chambre sociale) (2004)
Secrétaire général de Thomson SA (1997)
Conseiller à la Cour de cassation (première chambre civile) (1996)
Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN) (1993)
Président de chambre à la cour d'appel, Paris (1992)
Vice-président au tribunal de grande instance, Paris (1986)
Conseiller technique au cabinet du ministre de la défense (1986)
Premier juge d'instruction au tribunal de grande instance, Paris (1981)
Substitut à l'administration centrale du ministère de la justice (1976)
En position de détachement à l'Institut national de la propriété industrielle
     Fonctions de chef de la division des marques (1976)
Juge au tribunal de grande instance, Versailles (1973)
Substitut à l'administration centrale du ministère de la justice (1970)
Auditeur de justice (1965)
 
Auditeur à l'Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN)
 
Ouvrages
Le droit du côté de la vie
     A la suite d'un Rapport au Premier Ministre - La Documentation Française, 1997
     Le droit du côté de la vie, Réflexions sur la fonction juridique de l'Etat (1997)
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Chevalier de l'ordre national du Mérite
Chevalier de l'ordre du Mérite agricole
Grand Officier de l'ordre du Mérite (Italie)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version