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Les vieilles ficelles du jeune ministre

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Les vieilles ficelles du jeune ministre
 
Qu’il se taise ! C’est la réplique unanime de la gauche après la dernière sortie d’Emmanuel Macron contre le statut des fonctionnaires. Les mêmes cris d’orfraie furent poussés après que l’iconoclaste eut déjà dénoncé les 35 heures. Notre fringant ministre de l’économie devient un spécialiste du triptyque : transgression-médiatisation-répression. Il est trop intelligent pour ne pas en avoir décodé depuis longtemps les mécanismes. Le principe est simple : il faut choquer son propre camp politique, en reprenant des idées de celui d’en face ; la reprise médiatique est à la hauteur de la fureur de ses amis et du sourire goguenard de ses adversaires. Cette "triangulation" est idéale pour l’impétrant car elle reste à blanc ; elle n’est que parole verbale ; l’iconoclaste n’a que rarement l’occasion de passer à l’action. Emmanuel Macron est loin d’être le premier à user de cette manœuvre.
Il a à la tête de son gouvernement un spécialiste du genre, à qui cela a fort bien réussi, alors qu’il n’a jamais attiré les foules électorales : Manuel Valls. Celui-ci a supprimé le nom du Parti socialiste et les 35 heures. Dans les mots en tout cas. Valls lui-même est le fils spirituel de Michel Rocard qui, dès la fin des années 70, brocardait le socialisme poussiéreux incarné à l’époque par François Mitterrand. Pour la plus grande joie des médias et la plus grande fureur des militants de gauche qui, à l’époque, existaient encore. Valls a modernisé la technique rocardienne en imitant Sarkozy. Ce dernier, ministre de l’Intérieur, prenait le contre-pied systématique du président Chirac : pour la guerre en Irak, pour la discrimination positive, contre la Turquie en Europe, etc. Il se permettait même de snober le Salon de l’agriculture et de brocarder les combats de sumo. Jusqu’à ce que Chirac s’énerve et lui cloue le bec d’un martial : "Je commande, il exécute." Il est vrai que Chirac lui-même, vingt ans plus tôt, avait fait subir le même sort au président Giscard d’Estaing, enfourchant le cheval gaulliste seulement pour contrer Giscard le grand Européen. La politique, c’est comme l’adolescence, on se pose en s’opposant. A droite comme à gauche. On se souvient de Michel Noir "préférant perdre les élections que perdre son âme" parce que Charles Pasqua faisait ami-ami avec Jean-Marie Le Pen. Et plus récemment, Ségolène Royal réussit le tour de force de devenir la candidate socialiste à la présidentielle de 2007, en ressortant des placards le drapeau tricolore et La Marseillaise.
C’est notre système médiatique qui pousse les jeunes ambitieux à marquer des buts contre leur camp. C’est aussi le décalage croissant entre la classe politique et le peuple qui permet à certains d’apparaître comme des hommes neufs qui écoutent la vox populi. Mais ces voix du peuple cessent miraculeusement d’être entendues quand l’ambitieux accède au pouvoir.
Paru dans Le Figaro Magazine, 26 septembre 2015
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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