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Laurent Fabius ... devenir un sage

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Laurent Fabius a tout le temps de devenir un sage
 
En juillet 2015, ici même, j'adressais une lettre ouverte au patron du Quai d'Orsay, sous le titre de "Monsieur Fabius, ne soyez pas à la Syrie ce que Colin Powell fut pour l'Irak", dans laquelle je l'invitais à faire preuve de tempérance et de clairvoyance.
Parfaitement convaincu qu'il n'était que le chef d'orchestre d'une symphonie déjà écrite à l'Elysée sous le règne de Nicolas Sarkozy, je lui indiquais que "même si vous êtes comptable au regard de l'histoire de vos faits et gestes particulièrement agressifs et bellicistes à l'encontre de la Syrie, vous n'êtes pas l'inaugurateur de cette politique suicidaire et autiste de la France au pays de Bachar Al-Assad".
Depuis, les temps ont bien changé. La Syrie mène toujours sa lutte héroïque contre les islamo-fascistes. Français et Américains se sont associés aux Russes pour éradiquer la gangrène daéchienne en Irak, en Syrie et bientôt en Libye. Le Qatar et la Turquie, alliés en Djihad à la France, se font tout petits. Et M. Laurent Fabius est parti.

Dès la levée des sanctions et l'entrée en vigueur de l'accord sur le nucléaire entre les Etats-Unis et l'Iran, en janvier dernier, les initiés savaient que les jours de Laurent Fabius au Quai d'Orsay étaient désormais comptés. Ce tournant diplomatique décisif, qui dénote le pragmatisme de Washington autant que le cynisme de l'administration américaine, amorcé par les accords du 14 juillet 2015 qui ont été conclus à Vienne, devait inévitablement faire une victime collatérale : le plus atlantiste et le plus zélote des ministres français voire occidentaux des Affaires étrangères.
Monsieur Fabius n'a pas été seulement le chef de la diplomatie française qui, selon ses propres termes (Le Monde du 14 juillet 2015), incarnait cette ligne de "fermeté constructive" ayant "permis d'aboutir à un accord suffisamment robuste" pour que les Américains ne daignent pas l'associer aux tractations secrètes ayant précédé ces accords ; il a été aussi le ministre le plus intransigeant et le plus passionné dans l'affaire syrienne.
Il devait savoir pourtant que dans les questions d'ordre multilatéral, comme dans les grands conflits géopolitiques impliquant les intérêts supérieurs de son propre Etat, tout l'art d'un diplomate, outre la retenue et la prudence, consiste à simuler une adhésion aux résolutions de la "communauté internationale" sans jamais affecter les relations bilatérales, ce que la sagesse populaire française traduit en une phrase : ne jamais insulter l'avenir.
Bien avant Henry Kissinger, la diplomatie, disait le journaliste américain Ambrose Bierce, "c'est l'art patriotique de mentir pour son pays". Le plus désolant dans l'effervescence diplomatique fabusienne, relative à la tragédie syrienne, c'est que le mensonge ne servait point les intérêts de la France mais ceux de l'hyper-puissance américaine, comme l'appelait si justement Hubert Védrine.

Le mensonge le plus éhonté fut d'accuser Bachar Al-Assad d'avoir utilisé contre les "rebelles modérés" des armes chimiques prohibées par les Nations-Unies. La désinformation étant elle-même une arme de guerre conventionnelle et implicitement autorisée par les Nations-Unies, toute la manœuvre consistait à pousser le Léviathan américain à franchir le Rubicon pour frapper la Syrie en 2013. Plus tard, en mai 2014, en présence de son homologue américain, John Kerry, M. Laurent Fabius a ajouté que la France "regrette" que les Etats-Unis n'aient pas frappé la Syrie à l'automne 2013, "lorsque des preuves de l'utilisation d'armes chimiques dans une banlieue de Damas ont été établies par Washington et Paris".
A propos d'armes chimiques et de "preuves", M.Fabius n'était pas sans savoir l'enquête de l'israélo-américain Yossef Bodansky, spécialiste reconnu des armes de destruction massive, rédacteur en chef de Defense and Foreign Affairs et ancien directeur de la Congressional Task Force on Terrorism and Unconventional Warfare. Dès le 3 septembre 2013, il affirmait que : "Les 13 et 14 août 2013, les forces de l'opposition syrienne en Turquie ont commencé à se préparer pour une offensive militaire importante. Des rencontres entre les commandants de l'insurrection et des représentants du Qatar, de la Turquie, et des États-Unis ont eu lieu à la base d'Hatay, à Antakya, siège de l'Armée syrienne libre (FSA). Les commandants de l'opposition ont informé les commandants régionaux d'une intensification imminente des combats que permettrait une mutation dans le conflit, à même de conduire à des bombardements américains de la Syrie".
Il expliquait alors que la "mutation" dans ce conflit serait l'utilisation de sarin artisanal sur des civils, suivi de la réalisation de films de propagande et du recours à des témoins multiples.
Laurent Fabius n'ignorait pas non plus l'enquête de Seymour Hersh dans la London Review of Books du 6 avril 2014, révélant que "l'échantillon prélevé par les Russes aux lendemains de l'attaque du 21 août et livré aux services anglais montre que le gaz utilisé ne correspondait pas à celui dont dispose d'ordinaire l'armée régulière syrienne".
Comme il ne pouvait pas occulter le témoignage, le 5 mai 2013 à la BBC, de l'ancienne procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, Carla Del Ponte. La magistrate suisse avait alors déclaré que "Nos enquêtes devront encore être approfondies, vérifiées et confirmées à travers de nouveaux témoignages, mais selon ce que nous avons pu établir jusqu'à présent, pour le moment ce sont les opposants au régime qui ont utilisé le gaz sarin".
Cette légende des armes chimiques utilisées par le "régime syrien" vient d'être pulvérisée par le directeur de la CIA, John Brennan qui, dans un entretien pas du tout contingent sur CBS News, le 11 février dernier, a déclaré qu'"Il y a un certain nombre de fois où le groupe État islamique a utilisé des armes chimiques sur le champ de bataille... La CIA pense que l'EI a la capacité de fabriquer des petites quantités de chlorine et de gaz moutarde". Comme disaient les anciens catholiques romains, Ite missa est !

Laurent Fabius n'avait pas l'autorité théologique de lancer une fatwa contre Bachar Al-Assad, à l'instar du grand imam de l'islamo-fascisme, Youssef Qaradaoui, lorsqu'il avait appelé, à partir de la capitale du respect des droits de l'Homme, Doha, au meurtre de Kadhafi. Mais il en avait l'hybris, si condamnable dans la mythologie grecque et si étrange dans la terminologie de la diplomatie universelle : "M. Bachar al-Assad ne mériterait pas d'être sur la terre" !
Isaac Goldberg, qui n'était pas diplomate mais écrivain, disait que "La diplomatie, c'est faire et dire les plus vilaines choses de la manière la plus élégante". Cette phrase de Laurent Fabius n'était pas vilaine mais abjecte, elle ne manquait pas d'élégance, elle était carrément stupide et ignoble. Il est vrai que sous le soleil ardent de ce mois d'août 2012, le chef de la diplomatie française visitait un camp de réfugiés syriens aux frontières syro-turques.
Visiblement très affecté par ce spectacle effectivement tragique, mais pas encore suffisamment informé du rôle machiavélique que le Frère musulman Erdogan a joué dans cet exode cruel et plus grave encore dans le soutien logistique aux barbares de Daech et d'Al-Nosra, M.Fabius a eu cette phrase mortelle, pas pour le chef d'Etat syrien qui lui a bien survécu, mais pour la diplomatie française qui aura beaucoup de mal pour s'en remettre... à moins d'un sursaut gaulliste... à Washington !
En remontant aussi loin dans la liste des ministres qui se sont relayés à la tête du Quai d'Orsay, on ne trouvera pas l'équivalent de M.Fabius. Il n'avait ni le talent perfide de Talleyrand, ni la majesté de Lamartine, ni l'aristocratie de Chateaubriand, ni l'authenticité d'un Gambetta, d'un Léon Blum ou d'un Mendès France, ni la roublardise d'un Edgar Faure, ni le patriotisme d'un Michel Jobert ou d'un Claude Cheysson, ni le gaullisme d'un Hubert Védrine ou d'un Dominique de Villepin, ni même le droit-de-l'hommisme d'un Bernard Kouchner. Monsieur Laurent Fabius fut tout simplement un ministre de son époque ! Désormais Président du Conseil constitutionnel, il a tout le temps de devenir un sage.

Paru dans Le Huffington Post, 22 mars 2016
HADDAD  Mezri

Né le 2 juillet 1961
Marié - 2 enfants
 
Philosophe
Ancien Ambassadeur


Doctorat de philosophie morale et politique
   Problématique des rapports entre l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel dans l’Islam et dans le Christianisme.
DEA de philosophie morale et politique
   Matérialisme historique et lutte des classes chez Karl Marx
Maîtrise de philosophie morale et politique
   L’idéologie communiste et l’islamisme : analyse et perspective. Une étude politico-philosophique 
Maître de conférences en théologie catholique (Premier candidat de tradition musulmane qualifié)
 
Réalisateur et maquettiste de la Revuede la Radio Télévision Tunisienne (1982-1983)
Chercheur au Centre de recherche sur la Pensée antique (grecque), associé au CNRS (1991-1994)
Chercheur au Centre d’histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales, associé au CNRS (1999-2001)
Enseignant d’histoire à Paris VII - Denis Diderot, UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société (1999-2001)
Conseiller politique auprès de la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Réalités (depuis 2000)
Ambassadeur de Tunisie auprès de l'UNESCO
 
Ouvrages
Introduction à la pensée islamique - ouvrage d’Histoire des idées politiques (1990, réédition 1991 et 1992)
Islam et athéisme, dans Rétrospective (2000)
Le politique est coupable, pas le religieux - ouvrage collectif intitulé L’islam est-il rebelle à la libre critique ? (2001)
Symbiose et non osmose, diversité et non dilution - ouvrage collectif intitulé "Arabofrancophonie" (2001)
Du théologico-politique comme problématique commune à l’islam et au christianisme –
      ouvrage collectif intitulé Pour un Islam de paix (2001)
Réflexion sur l’islam et le christianisme dans leur rapport au personnalisme –
      ouvrage collectif intitulé La Personne et son avenir (2002)
Non Delenda Carthago - Carthage ne sera pas détruite - Autopsie de la campagne antitunisienne (2002)
Rôle du dialogue des religions pour asseoir les fondements de la paix –
      ouvrage collectif intitulé Du dialogue euro-arabe, exigences et perspectives (2003)
L’information et la continuité culturelle entre les Arabes et l’Occident (2004)
Tunisie : des acquis aux défis - ouvrage collectif (2004)
Violence anomique ou violence atavique ? –
      ouvrage collectif (direction de Raphaël Draï et J-François Mattéi) intitulé La République Brûle-t-elle ?
Essai sur les violences urbaines françaises (2006)
Genèse de la dissidence dans l’islam des origines - Préface au livre La grande discorde de l’islam (2006)
Peut-on considérer le Comparatisme comme pierre angulaire du dialogue entre les religions et les civilisations et comme  
     fondement éthique et épistémologique de la Tolérance ? – ouvrage collectif intitulé Dialogue des Religions d’Abraham pour la
     tolérance et la paix (2006)
Du théologico-politique dans l’islam et dans le christianisme (2007)
Histoire universelle des idées politiques (2 volumes), en négociation avec Grasset et La Table Ronde (2007)
La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque (2012)
 
Nombreuses collaborations
Près de 500 articles publiés dans les domaines culturel, politique et relations internationales, dans la presse écrite arabe (Al-Moharrer, Al-Hayet, Al-Watan,Réalités, Al-Quds) et française (Libération, Le Figaro, Le Monde, Jeune Afrique, Marianne, Le Point, Afrique Asie…)
dont :
 
Religion et politique - Jeune Afrique n° 1979 - 15-21 décembre 1998
Discours de la méthode islamiste - Marianne - 3 janvier 1999
Voile islamique : la loi au-dessus de la foi - Le Figaro - 14 octobre 2003.
L’islam, otage des talibans – Libération - 21 mars 2001
Allah, que de crimes en ton nom ! - Le Monde - 9 mars 2001
La Tunisiene vit pas un cauchemar - Le Monde - 6 février 2001
Le virus théocratique - Le figaro - 3 octobre 2001
Les leçons d’un attentat - Le Figaro - 20 avril 2002
Du droit-de-l’hommisme - Le Figaro - 4 novembre 2002
Aux sources du refus français - Le Figaro - 26 février 2003
L’intégrisme, une chance pour la laïcité ! - Le Figaro - 20 février 2004
Un spectre hante l’Hexagone : l’activisme islamiste - Le Figaro - 28 juin 2003
Par-delà le Bien et le Mal – Libération - 19 septembre 2001
Prélude au choc des civilisations – Libération - 15 avril 2003
Europe-Turquie : le marchand de tapis et la stripteaseuse – Libération - 31 décembre 2004.
Discours américain et méthode tunisienne - Le Figaro - 28 mars 2005
SMSI : les véritables enjeux de Tunis - Tribune de Genève - 30 septembre 2005
La Shoah, second péché originel ou l’humanisme en question - Réalités n° 1042 - 15 décembre 2005
Islamisme et démocratie : lequel dissout l’autre ? - Le Monde - 4 février 2006
Vrais et faux ennemis de l’islam – Libération - 26 septembre 2006
Plaidoyer pour une éthique de la responsabilité - Le Figaro - 6 octobre 2006
Les limites de la perestroïka turque - La Libre Belgique - 8 novembre 2006
Les effets pervers d’une loi vertueuse - Le Soir (Belgique) - 18 octobre 2006
 
Conférences
En FRANCE, Université Paris II-Assas, Université Paris IV-Sorbonne, Université Paris VII-Jussieu, Maison universitaire du Maroc (Paris), Centre culturel égyptien (Paris), Institut du Monde Arabe (Paris), UNESCO (Paris), Institut Hannah Arendt (Paris), HEC (Jouy en Josas), Sénat (Paris)
en BELGIQUE, Université Libre de Bruxelles
en GRANDE BRETAGNE, London School of Economics
au CANADA, Université Laval
aux ETATS-UNIS, Georgetown University
au QATAR, Palais des Congrès
en TUNISIE, Faculté de Droit et de Sciences Politiques, Institut de Presse et Sciences de l’Information, Institut supérieur de Théologie (Tunis), …
en SUISSE, au Palais des Nations Unies (ONU, Genève)
 
Membre-Sociétaire de la Société des Gens de Lettres de France (SGDL), fondée en 1838 par H. de BALZAC et V. HUGO
Membre du Conseil d’Administration de Daedalos Institute of Geopolitics, Nicosie, CHYPRE
Membre fondateur de l’association Synergie France-Tunisie (Paris)
Fondateur et Secrétaire Général du CLPFT, le Cercle des Libres Penseurs Franco-Tunisiens (Paris)
Membre du Rassemblement des écrivains arabes
Membre de la Fondation des philosophes arabes.

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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