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Merci pour ce quinquennat

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Merci pour ce quinquennat : quand des artistes volent au secours de François Hollande
 
Soixante-cinq artistes ont signé une tribune contre le "Hollande Bashing".
Pour Philippe Bilger, ceux-ci ont bien du mal à protéger un président marqué par la disgrâce populaire.

 
Il y aurait "un procès en illégitimité entrepris à sa droite comme à sa gauche".
Parmi les signataires, il y en a de rares que je connais personnellement mais au moins deux que j'estime pour leur talent et leur intégrité, Catherine Deneuve et Benjamin Biolay. Je ne sous-estime pas l'opinion de ces artistes qui sont d'abord et avant tout des citoyens. Ils n'ont pas non plus à surestimer la leur en la parant du statut d'artistes qui n'ajoute rien à leur argumentation.
Etrange démarche qui laisse croire qu'en démocratie il y aurait des "sachants" chargés de guider le "bon peuple" et de le détourner de ses convictions et hostilités ineptes ! Quand on se sent collectivement contraint de recourir à un tel processus facilité par la notoriété de beaucoup, c'est qu'à l'évidence le quinquennat qu'on défend a besoin d'un secours exceptionnel, d'une adhésion désespérée.
Parce que sa quotidienneté, le fil de ses actes et de ses abstentions n'ont pas été à ce point acceptables et admissibles que la gauche et la droite aient pu se contenter à son sujet d'une opposition ou d'un soutien classiques.
 
Lorsque les signataires écrivent que "François Hollande a droit au respect comme tout citoyen et comme président de notre République… et qu'il fait l'objet d'un procès quotidien instruit à charge par des injures et des mensonges ignobles", je ne peux m'empêcher de comparer leur indignation d'aujourd'hui à l'outrance de certains d'entre eux, hier, contre Nicolas Sarkozy qui, lui, n'a jamais eu besoin d'un collectif d'intellectuels et d'artistes pour rappeler qu'il était président de la République et donc respectable par fonction. Je le dis d'autant plus volontiers que j'ai pris une part modeste à cet acharnement, que je ne la regrette pas mais que je ne l'oublie pas quand il s'agit de François Hollande.
Celui-ci aurait droit au "respect" mais a-t-il été si respectable dans l'ensemble de ses comportements officiels et parfois dans la périphérie de ceux-ci ? Il a tout de même réussi le tour de force de damer le pion, sur ce plan, au personnage présidentiel de Nicolas Sarkozy qui paraissait indépassable pour la vulgarité et les transgressions.
Ses soixante-cinq soutiens sont bien en peine, une fois qu'ils ont affiché, avec les banalités d'usage pour la fonction présidentielle, leur proximité politique et sans doute relationnelle avec François Hollande, pour trouver ce sur quoi droite et gauche devraient s'enthousiasmer ou au moins se taire dans une prudente réserve.
 
Il y a le chef de guerre qui est vanté et son attitude lors des "crises internationales" sans que soit questionnée en profondeur sa politique étrangère erratique et incohérente avec ses échecs dus à un mélange d'angélisme aveuglé et de réalisme inadapté.
Il aurait été exemplaire "lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées". Certes il a multiplié les discours de compassion et de constat attristé des crimes et des massacres. Mais quel président de la République - je pense en particulier à Nicolas Sarkozy, qui a été parfait, à la suite de la terrible affaire Merah - n'aurait pas été capable, face à de telles épreuves, de faire preuve d'une allure et d'une dignité du même type ? Mais au-delà du verbe, François Hollande ne nous a guère montré d'efficacité et de constance. Le temps perdu entre le mois de janvier 2015 et le mois de novembre. L'imbroglio lamentable sur la déchéance de nationalité. L'enlisement de l'action à cause de l'obsession d'un état de droit classique face à des menaces et à un terrorisme extraordinaire.
 
Puis on nous déroule un bilan fortement contesté, dans sa matérialité et sa justesse, évidemment à droite mais aussi par des forces de gauche de moins en moins dissidentes au point de laisser le président de la République si nu qu'il a eu besoin de l'expression publique d'un hommage par quelques intellectuels et artistes.
Comment l'honnêteté peut-elle les autoriser à évoquer "moins d'impôts et enfin la diminution amorcée du chômage" ? Quand le matraquage fiscal dans les débuts du quinquennat a été sans commune mesure avec d'autres expériences semblables et que le chômage demeure une calamité qui ne va pas interdire à François Hollande de se représenter en violation absolue de ses propres décrets publics répétés et confirmés.
Et, dans cet inventaire, que de lacunes, de béances, de promesses et d'engagements non tenus mais pardonnés, que d'indifférence à l'égard de l'échec grave de la politique pénale conduite, si j'ose dire, par Christiane Taubira sous la houlette entêtée du président de la République !
 
Surtout, au-delà de l'appréhension de la personne privée, qui a pu susciter des réserves de la part de citoyens de bonne foi, pas plus puritains que d'autres, comment les signataires ont-ils osé passer sous silence les manquements aux règles de la personnalité présidentielle se livrant avec incontinence aux journalistes, commentant au lieu d'entreprendre et communiquant avec désinvolture des secrets d'Etat au point d'émouvoir et de stupéfier les plus fidèles de ses soutiens, Premier ministre et ministre de la Défense notamment ? Ce n'est pas rien mais pour nos inconditionnels cela ne mérite même pas d'être évoqué à charge !
Alors où résiderait donc "le procès en illégitimité" fait à François Hollande ?
J'ai voté en faveur de François Hollande parce que je ne voulais plus de Nicolas Sarkozy et je m'en mords l'esprit depuis 2012 : j'aurais dû m'abstenir. Et j'attends avec espoir la relève, en 2017, par une droite honorable et compétente.
Emmanuel Macron "met en colère" Najat Vallaud-Belkacem parce que François Hollande est indiscutable et qu'il est malséant de s'opposer à lui.
Le reproche d'illégitimité est plutôt asséné à ceux qui désertent le navire pour le faire échapper à temps au naufrage.
Le président de la République n'est pas assez courageux pour résister à la vanité d'une absurde et impossible reconquête. Dommage pour lui.
Le navrant est qu'autour de lui une bulle l'enivre et s'égare en oubliant l'essentiel.
Le destin de la France.

Paru sur Figarovox, 21 novembre 2016
BILGER Philippe

Né le 31 août 1943
Marié - 6 enfants


Magistrat honoraire

Ancien avocat général près la cour de Paris
Conseiller spécial (of counsel) au cabinet D’Alverny Demont & Associés (depuis le 3 octobre 2011)

Président de l'Institut de la parole

Préparation à l'Ecole Normale Supérieure
Licencié en Lettres classiques
Licencié en Droit
Diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM)
 
Auditeur de justice au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg (1970)
Juge d'instruction au TGIde Lille (1972)
Substitut du Procureur de la République près le TGI de Bobigny (1975)
Affectation à la 4ème section du Parquet de Paris (Presse et Libertés publiques) (1984)
Premier substitut Paris (1986) 
Ministère public à la 17ème Chambre Correctionnelle (1984 à 1989)
     Affaires Le Pen c/Libération, Le Pen c/Le Canard Enchaîné, Duverger c/Actuel, tract en faveur du
     Maréchal Pétain dans Le Monde, affaire Laurent Wetzel /Marcel Paul, etc.
Chef de la 11ème section du Parquet de Paris (droit bancaire) (1989 – 1990)
Substitut général près la cour d'appel de Paris (1990) 
     Chambre d'Accusation de Paris, de mars à septembre 1990
     Avocat général à la cour d'assises de Paris, de septembre 1990 à septembre 1992
     (affaires Chalier-Nucci, Mathurin-Paulin, Dobbertin, etc.)
 
Mise à disposition auprès du président du Sénat
     comme conseiller à la Justice et à la Culture (1992 – 1995)
 
Avocat général près la cour d'appel de Paris (1999)
Avocat général à la cour d'assises de Paris (depuis 1995)
     (Procès Didier - l'assassin de Bousquet - procès Naigeon, Fréminet, Bob Denard,  
     Aloïs Brunner, Magali Guillemot, François Besse, etc.
     Procès d’Emile Louis à Auxerre, procès de Maxime Brunerie à Paris (2004)
     Procès d'Hélène Castel et procès en appel d'Emile Louis (2006)
     Procès de Youssouf Fofana et du gang des barbares (victime : Ilan Halimi) (2009) 
 
 
Professeur associé à l’Université du Droit et de la Santé de Lille 2 (2001 – 2004)
Directeur d'une session annuelle de formation à l'ENM (2001 – 2004)
Présidence de la Commission arbitrale des journalistes
Chef de la délégation juridique de l'Union internationale de la Presse Francophone
Conférences sur le droit de la presse et la cour d’assises,
     à l'Ecole Nationale de la Magistrature,
     au Centre de Formation pour les Journalistes,
     à l’Institut Montaigne,
     pour la Presse Quotidienne Régionale,
     pour le groupe Hachette et le groupe Bayard, pour divers Barreaux.
Conférences régulières pour le groupe Audiens
Conférence à l'Institut de France (23 janvier 2006)
Grande Conférence du Figaro (20 février 2006)
 
Ouvrages
Nombreux articles consacrés au droit de la presse et à l'analyse de la jurisprudence
     dans Le Monde, Le Figaro, La Gazettedu palais, Legipresse (membre du comité
     de rédaction), Stratégies, L'Echo de la presse,
     ainsi que dans la Presse Quotidienne Régionale
 
- Le droit de la presse (PUF, collection "Que sais-je") (1990) (réactualisé en 2003)
- Le Besoin de justice avec Claude Grellier (Calmann-Lévy) (1991)
 -Plaidoyer pour une presse décriée (Filipacchi) (2001)
 -Un Avocat général s’est échappé (collaboration de Stéphane Durand-Souffland (Le Seuil) (2003) 
 -Le Guignol et le Magistrat avec Bruno Gaccio (Flammarion) (2004) 
 -Arrêt de mort roman (Editions du Félin) (2005)
 -Pour l'Honneur de la justice" (Flammarion) (2006)
- J’ai le droit de tout dire (Editions du Rocher) (2007)
- Et si on jugeait les juges ? avec Roland Agret (Editions Mordicus) (2009)
- 20 minutes pour la mort - Robert Brasillach : le procès expédié (Editions du Rocher) (2011)
- Le bal des complaisants – Le dernier réquisitoire d’un avocat général avec François Sionneau (Fayard) (2011)
 
Distinctions    
Chevalier de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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