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Le guide de coaching mystique

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Emmanuel Macron ou le guide de coaching mystique
 
Qu'Emmanuel Macron soit doté d'une intelligence toute particulière, nul ne le contredira, pas plus qu'on ne saurait contester son impressionnante détermination. Et quelles plus belles qualités que celles-là, lorsqu'on aspire à prendre les rênes du pays ? Emmanuel Macron semble tout désigné pour devenir cet homme providentiel que les Français appellent de leurs vœux : "c'était écrit là-haut", il en est convaincu, et ses mises en scène christiques témoignent du messianisme de sa candidature, dont la plupart des journalistes se font aujourd'hui les plus fidèles apôtres, évangélisant les foules à l'aide d'articles hagiographiques, quand ils n'excommunient pas l'ennemi de leur prophète à coup d'anathèmes savamment distribués. Le ciel pour l'un, la fange pour l'autre. "La politique, c'est mystique" : pas de pitié pour les infidèles. Et tant pis pour l'objectivité journalistique.
 
Et pourtant, cette intelligence et cette détermination, que valent-elles, si elles ne sont mises au service de la France ? Rien : elles en deviennent même d'autant plus dangereuses. Or il est à craindre que l'amour du pays soit largement supplanté, chez Emmanuel Macron, par l'amour de soi, ce qui expliquerait entre autres pourquoi son image glorieuse lui tient aujourd'hui lieu de projet pour la France, sans que la corporation médiatique ne s'en émeuve outre mesure : "C'est une erreur de penser que le programme est le cœur d'une campagne", confiait-il hier avec aplomb à un JDD manifestement conquis. Emmanuel Macron entend d'abord "construire une sacralité", instaurer un "pouvoir charismatique" : "C'est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J'ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s'ancrer dans l'immanence complète de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l'intelligence et la spiritualité. Sinon l'intelligence est toujours malheureuse"
 
Voilà donc le projet d'Emmanuel Macron pour la France : un guide de coaching mystique au bien-être, fondé sur la distribution de passions heureuses. La méthode Macron repose ainsi sur un mélange hétéroclite inspiré du Panem et circenses antique, du Meilleur des Mondes  d'Aldous Huxley et d'une politique spectacle mise au service d'un narcissisme aigu destiné à masquer l'absence abyssale d'idées précises et cohérentes.
Qu'importe, nous disent ses disciples, Emmanuel Macron a pour lui la force du renouveau, de la droiture et du changement dans un système corrompu, à bout de souffle. Quel renouveau, en effet, que ce jeune fringant qui, pour un peu, nous ferait oublier qu'il fut inspecteur des Finances à sa sortie de l'ENA, puis Secrétaire général adjoint à l'Elysée avant d'être nommé ministre de l'Économie, de l'industrie et du numérique, et d'inspirer à François Hollande les réformes économiques dont nous pouvons contempler aujourd'hui les résultats mirobolants… Quel admirable homme du terrain que ce pur produit des élites cosmopolites qui célèbre cyniquement l' "arrivée des réfugiés" comme une "opportunité économique", quitte à répondre "tant pis" à la France d'en-bas qui souffre souvent directement, elle, de cette situation…
 
D'autres exaltent la constance et l'intégrité du personnage, qu'ils lisent avec fascination à travers la franchise transfigurante de son regard. Qu'importe que cette constance se soit accommodée de reniements permanents tout au long de la carrière d'Emmanuel Macron : celui qui, pour soigner son électorat, ne cesse de clamer l'importance du service public a quitté l'inspection générale des Finances au bout de quatre années de service pour devenir banquier d'affaires chez Rothschild ; celui qui, comme inspecteur des Finances, a appris à placer la gestion chiffrée, sérieuse et rigoureuse du pays plus haut que toute autre considération se contente aujourd'hui d'une candidature aventuriste faite de propositions floues, toutes plus dépensières les unes que les autres ; celui qui a conseillé à François Hollande de se déclarer "ennemi de la finance" empochait au même moment plusieurs millions dans le privé ; celui qui confesse un jour son appartenance au socialisme le reniera sans vergogne le lendemain, suivant les nécessités de la situation ; celui qui affirmait vendredi dernier "que Monsieur Fillon n'a pas de projet" et qu' "il faut rassembler les gens sur un projet" confiait trois jours plus tard au JDD que le programme ne saurait faire le cœur d'une campagne…
 
Voilà plus de 20 ans que la France souffre d'avoir à sa tête des dirigeants narcissiques, sans colonne vertébrale et sans cap : loin de s'affranchir de ces tristes exemples, Emmanuel Macron s'inscrit dans leur parfaite continuité. Voilà plus de 20 ans que les Français confondent bon communicant et bon chef d'État : si Emmanuel Macron sait assurément captiver son auditoire, son absence de vision pour la France achèvera de nous faire parcourir les quelques mètres qui nous séparent aujourd'hui de l'abîme. Nous avons pu voir ce que l'impréparation de François Hollande avait pu causer de dégâts et d'humiliations à notre pays, en l'espace de cinq ans seulement.
 
Compte tenu du contexte, pouvons-nous, en conscience, nous permettre de renouveler l'expérience ? Un seul candidat peut aujourd'hui nous préserver du mirage Macron : le microcosme médiatique a choisi de le mettre à mort, par tous les moyens, avec l'appui sous-marin du pouvoir en place. Ce candidat n'est certes pas parfait, il ne prétend pas être l'homme providentiel ; il n'a pas pour lui le charisme hallucinogène, les mots enchanteurs et la jeunesse étourdissante d'un Emmanuel Macron ; mais il présente les seules qualités sur lesquelles devrait se fonder notre choix, dans une démocratie digne de ce nom : un programme précis, cohérent et clair, la capacité à rassembler une majorité indispensable pour gouverner, la seule ambition du relèvement de la France. Tels sont les vrais enjeux de cette élection, que d'aucuns s'efforcent de transformer en concours de beauté : la France vaut mieux que cela.
Paru sur Figarovox, 13 février 2017
JESSEY de Madeleine

Née le 21 juillet 1989






Ecole normale supérieure (Ulm)
Agrégée de Lettres classiques
Doctorante en Littérature comparée
Chargée de TD à la Sorbonne


Co-fondatrice et porte-parole de Sens Commun (depuis 2013)

http://madeleinedejessey.fr

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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