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Macron peut-il gagner ?

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Macron peut-il gagner ?
 
 La candidature d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République suscite l’intérêt d’une partie importante de l’opinion publique. Les sondages lui accordent une audience remarquable –quelque 20% des intentions de vote- et lui font espérer sa qualification pour le 2ème tour de l’élection présidentielle. Alors il se trouverait seul face à Marine Le Pen  et selon ces mêmes sondages, l’emporterait aisément.
Les deux mois qui restent à courir sont-ils susceptibles de confirmer cet aboutissement ? Apporter une réponse nécessite une analyse précise à laquelle je vais me risquer ici.
 
Il convient d’abord d’observer que Macron n’est rien d’autre qu’un candidat centriste, au sens le plus traditionnel de ce terme. Il représente une résurgence des tentatives électorales menées jadis par Lecanuet, Giscard, Barre et enfin Bayrou. Le fait qu’il vienne du centre-gauche alors que tous ses prédécesseurs étaient issus du centre-droit ne change pas grand-chose à la nature de son programme. En définitive, sa campagne s’inspire des trois principes posés par Giscard il y a près de cinquante ans : Macron est centriste (c'est-à-dire à égale distance de la droite et de la gauche), libéral et européen. S’il se singularise, c’est surtout par des bourdes de débutant comme il l’a fait au sujet de notre passé colonial ou de l’immigration.
Les candidats centristes à l’élection présidentielle ont tous échoué sauf un et une seule fois. C’était Giscard en 1974. Macron peut-il renouveler l’exploit de son illustre ancêtre politique ? Considérons successivement les facteurs qui lui sont favorables et ceux qui le desservent.
 
L’actuel candidat du centre est aidé par une chance que ses aînés n’ont pas connue. Ses rivaux les plus dangereux ont le plus grand mal à faire marcher leurs troupes. A sa droite, Fillon est embourbé dans des affaires qui sapent son autorité et son crédit. A sa gauche, Hamon ne parvient pas à donner un nouvel élan à un parti socialiste démoralisé et divisé. Le champ s’ouvre largement pour celui qui proclame sa volonté de réunir les modérés des deux rives contre les extrémistes Le Pen et Mélenchon. Ce n’est pas tout. Macron dispose d’atouts qui lui sont propres : il est encore plus jeune que Giscard en 1974 et déborde d’une vitalité contagieuse. Enfin il a montré un savoir-faire remarquable dans sa façon de tourner à son profit les évènements à mesure qu’elles se présentaient. Telles sont les raisons qui expliquent son envolée dans les intentions de vote.
           
Mais, précisément, son succès se ramène pour l’essentiel à l’exploitation de circonstances heureuses. Le processus électoral ne se limite pas à cela. Il obéit aussi à des évolutions en profondeur qui cheminent lentement, de façon souterraine et dont la puissance l’emporte sur celle de la conjoncture. Un candidat qui se fait le champion des valeurs centristes, libérales et européennes se place-t-il dans un courant d’opinion qui le porte aujourd’hui autant qu’elle le faisait il y a dix ans encore ? 
Il est facile de voir que le centrisme est, en tant que force politique, presque mort. Il est loin, le temps où Giscard rassemblait sans difficultés les soutiens de partis organisés et de parlementaires accourus de diverses formations, y compris de droite. Aujourd’hui Macron s’agite dans le vide. Son allié le plus prestigieux, Bayrou, est un lui aussi un homme seul. Les comités hâtivement constitués sous l’égide "d’En marche !" n’ont aucun enracinement populaire, aucune expérience militante, aucun réseau d’élus. Leur activisme bruyant cache mal leur maigre influence.
        
Libéral ? Le candidat l’est et son programme en témoigne. Mais est-ce vraiment à plus de libéralisme que les Français aspirent ? C’était peut-être vrai il y a dix ans. La crise qui a éclatée en 2008 a changé leurs attentes. Aujourd’hui le libéralisme est synonyme de pouvoir arbitraire des banquiers, d’inégalités excessives, de délocalisations, chômage et immigration incontrôlée. On veut restreindre son empire, pas l’augmenter. Et Macron n’ajoute rien à son prestige par son appartenance passée au monde des privilégiés de la haute finance.
Enfin, il y a l’Europe. Il n’est pas besoin de longs développements pour montrer qu’elle n’attire plus grand monde. Malade de ses contradictions, paralysée par ses erreurs, elle offre le triste spectacle d’un projet brisé. Macron propose d’aller plus loin dans l’intégration des Etats du continent. C’est une recette éculée qui n’a aucune chance de séduire une part significative de l’électorat.
 
Au total, les évolutions profondes de notre époque vont contre les idées du candidat Macron. Elles le vouent à un reflux massif des intentions de vote qui le portent aujourd’hui sur le devant de la scène. Il a réussi à échapper à son destin jusqu’à présent grâce à une suite inattendue de circonstances heureuses et parce que son projet était mal identifié. Il serait hasardeux de prédire que cette double chance lui sourira encore, semaine après semaine, jusqu’à l’échéance du 23 avril.
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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