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La télé fera l'élection...

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La télé fera l'élection le 20 mars !
 
C'est exagéré, provocateur, je sais.
Mais il n'empêche que le 20 mars, sur TF1, les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle s'affronteront. Pour rien au monde, je ne manquerais le spectacle.
Je ne bouderai pas mon plaisir au prétexte que la joute médiatique ne les réunira pas tous. En revanche, le 20 avril, sur France 2, nous aurons le groupe au complet et sans désobliger quiconque, les favoris demeureront probablement les mêmes que le 20 mars.
Jamais la télévision n'aura eu une telle importance dans un moment capital de notre vie démocratique. On peut critiquer tant qu'on voudra le système des primaires mais l'honnêteté oblige à rappeler que ce n'est pas lui qui est pervers mais ses suites, parfois. Pour la primaire de la droite et du centre, impossible de nier que la remontée dans les sondages de François Fillon a été brillamment amplifiée par son excellence lors des débats sur les différentes chaînes de télévision.
Cette hypertrophie de l'influence médiatique tient probablement à la pauvreté en amont des interventions partisanes dont le fond déçoit les observateurs. Ce n'est pas nouveau mais il me semble que cette tendance s'est aggravée. Comme si dorénavant les adversaires n'attendaient que la lumière médiatique pour briller et convaincre. Comptaient sur leur apparence largement entendue pour s'illustrer.
 
Le 20 mars sera une date essentielle, peut-être décisive.
Parce qu'on les verra face à face et que tout fera signe, constituera message, enseignement. Les corps, les attitudes, les indifférences, les sourires.
Parce qu'ils seront contraints de sortir du cocon confortable et consensuel des réunions où leurs partisans s'entendent rappeler ce qu'ils pensent déjà, ce qu'ils ont envie d'entendre.
Parce qu'aucun ne pourra compter sur une bienveillance orientée mais je l'espère seulement sur une objectivité éclairée et un ton courtois de la part des deux journalistes questionneurs. Je n'ai aucune inquiétude avec Gilles Bouleau.
Parce que Marine Le Pen est détestée par les quatre autres auxquels elle rend la pareille.
Parce que Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, pour appartenir selon eux à la vraie gauche, n'en seront pas moins en hostilité affichée - à cause de l'impossibilité de l'union dont l'autre sera forcément responsable et du faible écart entre eux dans les sondages.
Parce que François Fillon n'est apprécié, sur les plans humain et politique, par aucun mais qu'il trouvera vraisemblablement avec Emmanuel Macron son procureur le plus délicatement incisif et critique.
Parce que ce dernier aura du mal à se lover dans son "ni droite ni gauche" face à Fillon qui le renverra à gauche, à Mélenchon et Hamon qui l'expulseront à droite et à Marine Le Pen qui le stigmatisera comme mondialiste et "mensonge sur pattes".
 
Ces rapports de force, fondés d'abord sur le heurt de tempéraments avant de l'être par la contradiction des projets, seront passionnants à observer et à analyser. Et la politique d'aujourd'hui, même si on peut le déplorer, vire davantage vers la psychologie et la personnalisation que vers l'idéologie.
Surtout, à condition que les interrogations des journalistes ne soient pas si nombreuses qu'elles coupent le rythme des réponses, nous aurons à notre disposition un vivier intellectuel et technique dans lequel nous pourrons puiser à loisir.
 
Je les imagine, je les entends déjà.
- Le tribun talentueux, impétueux, impérieux mais vexé quand il n'intimide pas ou n'est pas choyé. C'est Jean-Luc Mélenchon.
- La parole tranquille, mesurée, pédagogique, pour faire oublier le caractère irréaliste et dangereux du fond, et dominer la frustration d'avoir été abandonné par la gauche officielle. D'abord par Manuel Valls. Car quelle piètre consolation d'entendre Arnaud Montebourg inviter Jean-Luc Mélenchon à retirer sa candidature comme si on était quitte en incitant à de l'inconcevable (Le Monde), de bénéficier du soutien de Sylvia Pinel et du concours de l'intrépide Cécile Duflot ! Je parle de Benoît Hamon, courageux et martyr.
- L'urbanité, la douceur, l'empathie des explications, la volonté d'enrober le flou et l'imprécision des mesures et des pistes, la banalité ici, la nouveauté là, dans la soie et le velours d'un verbe apaisant pour que le réel se laisse convaincre. On écoutera Emmanuel Macron qui devra opérer la mue, face à de rudes bretteurs, du gourou séducteur en rival convaincant.
- La tenue, la roideur, presque la froideur de la cohérence et de la radicalité. Le style et le comportement autarciques mais qui avaient si bien su faire leurs preuves. Sans que la timidité née de l'orgueil se dégrade en l'arrogance de la vanité. Ce sera François Fillon qui ne pourra rien éluder mais continuer à nous tenter pour demain.
- Le volontarisme brutal et péremptoire. Sans les imparfaits du subjonctif. Comme si face à une réalité complexe et à une France déboussolée par un François Hollande apprenti président sorcier, il fallait à toute force compenser le caractère absurde des solutions par l'affirmation qu'enfin on aura "quelqu'un qui en a" ! Marine Le Pen en roue libre.
 
Le 20 mars, on aura peut-être des pudeurs, des délicatesses, des prudences, on se taira ou on glissera sur tel ou tel thème, on rappellera à celui-ci un engagement, à celle-là une outrance, on se livrera à fond ou non, mais je suis persuadé que les cinq auront dans la tête que leur argumentation sera d'abord faite d'eux-mêmes.
Et que le 20 avril, noyés dans une honorable masse, ils ne pourront plus rattraper ce qu'ils auront manqué le 20 mars.
Paru sur www.philippebilger.com, 17 mars 2017
BILGER Philippe

Né le 31 août 1943
Marié - 6 enfants


Magistrat honoraire

Ancien avocat général près la cour de Paris
Conseiller spécial (of counsel) au cabinet D’Alverny Demont & Associés (depuis le 3 octobre 2011)

Président de l'Institut de la parole

Préparation à l'Ecole Normale Supérieure
Licencié en Lettres classiques
Licencié en Droit
Diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM)
 
Auditeur de justice au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg (1970)
Juge d'instruction au TGIde Lille (1972)
Substitut du Procureur de la République près le TGI de Bobigny (1975)
Affectation à la 4ème section du Parquet de Paris (Presse et Libertés publiques) (1984)
Premier substitut Paris (1986) 
Ministère public à la 17ème Chambre Correctionnelle (1984 à 1989)
     Affaires Le Pen c/Libération, Le Pen c/Le Canard Enchaîné, Duverger c/Actuel, tract en faveur du
     Maréchal Pétain dans Le Monde, affaire Laurent Wetzel /Marcel Paul, etc.
Chef de la 11ème section du Parquet de Paris (droit bancaire) (1989 – 1990)
Substitut général près la cour d'appel de Paris (1990) 
     Chambre d'Accusation de Paris, de mars à septembre 1990
     Avocat général à la cour d'assises de Paris, de septembre 1990 à septembre 1992
     (affaires Chalier-Nucci, Mathurin-Paulin, Dobbertin, etc.)
 
Mise à disposition auprès du président du Sénat
     comme conseiller à la Justice et à la Culture (1992 – 1995)
 
Avocat général près la cour d'appel de Paris (1999)
Avocat général à la cour d'assises de Paris (depuis 1995)
     (Procès Didier - l'assassin de Bousquet - procès Naigeon, Fréminet, Bob Denard,  
     Aloïs Brunner, Magali Guillemot, François Besse, etc.
     Procès d’Emile Louis à Auxerre, procès de Maxime Brunerie à Paris (2004)
     Procès d'Hélène Castel et procès en appel d'Emile Louis (2006)
     Procès de Youssouf Fofana et du gang des barbares (victime : Ilan Halimi) (2009) 
 
 
Professeur associé à l’Université du Droit et de la Santé de Lille 2 (2001 – 2004)
Directeur d'une session annuelle de formation à l'ENM (2001 – 2004)
Présidence de la Commission arbitrale des journalistes
Chef de la délégation juridique de l'Union internationale de la Presse Francophone
Conférences sur le droit de la presse et la cour d’assises,
     à l'Ecole Nationale de la Magistrature,
     au Centre de Formation pour les Journalistes,
     à l’Institut Montaigne,
     pour la Presse Quotidienne Régionale,
     pour le groupe Hachette et le groupe Bayard, pour divers Barreaux.
Conférences régulières pour le groupe Audiens
Conférence à l'Institut de France (23 janvier 2006)
Grande Conférence du Figaro (20 février 2006)
 
Ouvrages
Nombreux articles consacrés au droit de la presse et à l'analyse de la jurisprudence
     dans Le Monde, Le Figaro, La Gazettedu palais, Legipresse (membre du comité
     de rédaction), Stratégies, L'Echo de la presse,
     ainsi que dans la Presse Quotidienne Régionale
 
- Le droit de la presse (PUF, collection "Que sais-je") (1990) (réactualisé en 2003)
- Le Besoin de justice avec Claude Grellier (Calmann-Lévy) (1991)
 -Plaidoyer pour une presse décriée (Filipacchi) (2001)
 -Un Avocat général s’est échappé (collaboration de Stéphane Durand-Souffland (Le Seuil) (2003) 
 -Le Guignol et le Magistrat avec Bruno Gaccio (Flammarion) (2004) 
 -Arrêt de mort roman (Editions du Félin) (2005)
 -Pour l'Honneur de la justice" (Flammarion) (2006)
- J’ai le droit de tout dire (Editions du Rocher) (2007)
- Et si on jugeait les juges ? avec Roland Agret (Editions Mordicus) (2009)
- 20 minutes pour la mort - Robert Brasillach : le procès expédié (Editions du Rocher) (2011)
- Le bal des complaisants – Le dernier réquisitoire d’un avocat général avec François Sionneau (Fayard) (2011)
 
Distinctions    
Chevalier de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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