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... faire disparaître 2 M €

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La question de la semaine : Comment et pourquoi faire disparaître deux millions d’euros
 
La maigre "gens" journalistique plutôt de droite s’excite beaucoup parce qu’apparemment environ 2 millions d’euro manqueraient dans la déclaration de patrimoine de monsieur Macron.
De fait, il semble qu’il ait gagné un peu plus de trois millions d’euro lors de son passage chez Rothschild et qu’il ne reste plus trace de cet argent dans ses déclarations de patrimoine les plus récentes que tout un chacun peut trouver sur le net, sauf sur le site officiel dont elle a été retirée tout récemment (sans aucun doute pour d’excellentes raisons).
 
Admettons que notre génie ait payé des impôts comme tout un chacun, on peut penser qu’il aurait dû lui en rester environ 1,8 millions sur les plus de 3 millions qu’il avait touché, que j’arrondis allègrement à 2 millions parce que j’aime bien les chiffres ronds.
Logiquement donc le patrimoine de monsieur Macron devrait avoisiner les 2 millions d’euro. Or il était annoncé dans la déclaration qui a disparu beaucoup, beaucoup moins puisque l’on en était à environ 200 000 euros de patrimoine net.
Et tout le monde, sauf bien entendu la presse officielle et le parquet financier, de vociférer qu’il faut diligenter une enquête toutes affaires cessantes pour avoir des explications sur cette disparition.
Voilà qui me semble une bonne idée, et dans le but d’aider dans leurs investigations les nombreux juges qui ne vont pas manquer de s’intéresser à cette affaire, car je continue à faire confiance à la justice de mon pays (c’est une blague…), je vais essayer d’expliquer au lecteur de l’IDL les différentes façons que j’ai croisé dans ma carrière pour faire disparaître de l’argent.
Ayant été dans la finance toute ma vie, j’ai en effet souvent vu des gens qui avaient besoin de faire disparaître de l’argent dont ils auraient eu du mal à expliquer l’origine, mais ce n’est pas le cas sous étude.
Dans ce cas précis, nous avons de l’argent qui a disparu alors qu’en expliquer la provenance était chose très facile. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi monsieur Macron a fait disparaître cet argent et je ne peux pas croire que ce soit pour ne pas payer l’impôt sur la fortune tant cela serait mesquin de la part d’un homme de cette qualité.
Il doit y avoir autre chose.
 
Je me retrouve en fait devant le cas assez inhabituel d’un argent qui avait été gagné tout à fait légitimement et qui a disparu, ce qui pour moi est une nouveauté, mais, comme chacun le sait, les hommes politiques ont des raisons (en général liées à des financements de campagne) que la raison ignore.
Et donc il me faut traiter dans cette petite note du problème de comment faire s’évanouir de l’argent tout simplement, sans me préoccuper au début des raisons pour lesquelles l’heureux possesseur de ces sommes qui l’embarrassent a pour vouloir s’en débarrasser.
 
Première méthode, la plus ancienne : le dépenser.
C’est sans aucun doute la plus fiable. Pour arriver au résultat recherché monsieur Macron aurait dû dépenser à peu près un smic par jour durant la période en question. Voilà qui est faisable, mais qui prend du temps, et comme c’était un homme très occupé, voilà qui me parait peu probable même avec l’aide de sa charmante épouse.
Je l’écarte donc.
 
Deuxième méthode, le donner.
Là, ça devient un peu plus compliqué parce que tous les dons laissent des traces dans notre société parfaitement informatisée. Et cela amène en plus à une autre question : le donner, fort bien, mais à qui ?
Première réponse : à des gens de sa famille ou de son entourage immédiat, ce qui serait bien généreux de la part de cet homme de bien. Mais dans notre société hyper fiscalisée, ce genre de dons, à un frère, une vieille mère voir à son épouse engendre en général des paiements fiscaux dont il ne doit pas être difficile de retrouver la trace. Et comme ces paiements feraient apparaître notre héros sous un jour flatteur, je ne doute pas une seconde que si tel était le cas, nous allons avoir les bordereaux justifiant de tous ces paiements très bientôt.
J’attends donc, mais sans trop d’impatience.
Deuxième réponse possible. Cet argent a été donné à des œuvres de charité organisées pour recevoir ce genre de paiements.
Je songe par exemple à l’Institut Français pour la compensation des victimes de crimes contre l’humanité commis par notre pays au cours des siècles, ou de son pendant, le centre de recherches sur la disparition de la Culture Française. La rumeur court que ces deux célèbres instituts seraient financés par Georges Soros, mais je n’en crois pas un mot.
Hélas, une fois encore, je me retrouve devant le problème de la trace écrite que ces versements laisseraient dans les comptabilités de ces glorieuses institutions, et donc je suis ramené au problème précédent. Nul doute que notre homme ne tire un surplus de gloire si le public apprenait qu’il avait financé de si nobles causes et donc je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas avoir accès à ces informations comme tous les autres citoyens d’ailleurs.
 
Ce qui nous amène à la troisième possibilité pour expliquer la disparition de tout cet argent : l’incompétence crasse de celui qui le détient.
Notre homme aurait fait de très mauvais investissements, ce qui ne serait guère surprenant puisqu’il ne lit certainement pas l’IDL. Mais enfin, faute avouée est à moitié pardonnée et au moins nous aurions une explication logique de l’état désastreux dans lequel se trouve notre économie : notre héros au sourire si doux est tout simplement incompétent dès qu’il s’agit d’investir.
Et là, j’ai un petit problème, car en bourse il y a perte et perte.
Si j’ai acheté de l’Enron en bourse sur les conseils de Goldman-Sachs, si j’ai confié mon épargne à Madoff, j’ai perdu 100 % de mon argent et il n’y a rien à dire.
Mais j’ai aussi vu assez souvent des gens perdre de très grosses sommes à Paris et voir cet argent réapparaître mystérieusement à Singapour ou aux Bahamas. Le coup est simple est tout d’exécution.
Imaginons qu’un escroc apprenne qu’une grande société française (EDF, Areva ?) dans laquelle l’état aurait une participation importante et qui est cotée à la bourse de Paris a fait de très mauvaises affaires et qu’un effondrement de son cours est probable. Malgré ces informations privilégiées désastreuse, il décide d’en acheter massivement. Quand le cours s’écroule, son portefeuille boursier prend une énorme gamelle et notre homme est ruiné - en France. Mais heureusement, notre homme a un ami à Hong-Kong, Singapour ou encore mieux aux USA qui avait pris la décision de vendre à découvert et pour un montant au moins équivalent la même société. Et donc le compte de cet ami monte du montant exact de la perte à Paris… L’argent a disparu en France pour réapparaître, et de façon parfaitement légitime, à l’étranger.
Cette pratique est vieille comme les marchés financiers et les impôts et si par hasard nous venions à découvrir que monsieur Macron a perdu beaucoup d’argent en achetant des sociétés nationalisées et cotées en bourse en France, alors j’aurais comme un doute.
Mais je n’y crois pas trop tant l’homme est habile et tant ce genre d’opérations laisse des traces.
 
Il me reste donc une seule solution pour expliquer la disparition de cet argent. Cet argent est sorti du compte de monsieur Macron non pas pour diminuer ses impôts mais pour financer sa campagne électorale.
Monsieur Macron en fin connaisseur en art qu’il est certainement tant cet homme a toutes les qualités, a acheté à l’un de ses soutiens qui pourrait être par exemple la petite fille d’un très célèbre collectionneur ou un homme d’affaires ayant pris le contrôle d’un grand journal du soir, voir un ancien ministre de la culture ou un patron des media, un tableau pour 1,8 million d’euro.
Cet achat pourrait être assorti d’une clause verbale de rachat à tout moment au prix initial, bien que cela ne soit pas vraiment nécessaire. Et le vendeur se serait bien sûr engagé à utiliser tous ses réseaux pour promouvoir la candidature de notre grand homme.
 
Comme chacun le sait, et grâce à Monsieur Fabius qui voulait protéger son papa, ce qui est parfaitement compréhensible, les œuvres d’art ne sont donc pas soumises à l’impôt sur la fortune ni n’ont à être déclarées dans les situations de patrimoine requises par les autorités fiscales. Il me souvient qu’un ministre de l’intérieur avait utilisé il y a peu une telle technique, non pas pour faire disparaître de l’argent de France, mais pour le faire apparaître. Mais le principe est le même.
Et donc pour moi, les 2 millions d’euro ont dû être transférés au moyen d’une œuvre d’art à une tierce personne qui s’est engagée à financer la campagne de monsieur Macron à due concurrence de cette somme.
J’aimerais donc bien savoir à qui monsieur Macron a acheté un tableau ou une statue.
Cela m’en dirait beaucoup sur qui est vraiment derrière lui.

Paru sur institutdeslibertes.org, 20 mars 2017
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

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