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Des anti-Fillon suicidaires

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Des anti-Fillon suicidaires
 
Il est étonnant de voir comment les puissants de ce monde, dotés de moyens supérieurs, d'une stratégie fortement pensée, peuvent s'aveugler sur leurs vrais intérêts.
On se souvient de ce célèbre tableau de Breughel montrant une file d’aveugles marchant ensemble au précipice. C'est ce qu’évoquent les manœuvres par lesquelles l’appareil gouvernemental s’efforce d'assassiner politiquement Fillon, allant jusqu’à une instrumentalisation de la justice sans précédent en période électorale qui nous rapproche des pratiques totalitaires (1). Le but de ces manœuvres est clair : faire élire par tous les moyens Macron à la présidence de la République.
Que les coups soient bien évidemment partis des plus hauts sommets de l’Etat, qui en doute ? On rappelle que les parquets et spécialement le parquet financier créé par Hollande sont aux ordres directs du gouvernement. Et personne n’imagine évidemment que ces manœuvres visant à casser Fillon aient pour but de faire élire Hamon !
Le monde entier suit de près l’élection présidentielle française car son enjeu géopolitique est fondamental : il s'agit de savoir dans quel camp se situera la France le 7 mai prochain. Cela ne signifie pas que les anti-Fillon reçoivent des ordres de l'étranger : la doxa euro atlantiste des élites occidentales est suffisamment homogène pour que ses représentants français, dans les sphères politique ou médiatique, puissent suivre leur ligne propre tout en étant en phase avec celle de leurs mentors internationaux. 
Sachant le désastre du quinquennat Hollande, les caciques de la gauche auraient pu se contenter d'accepter le jeu démocratique normal : le parti au pouvoir ayant échoué, c'est à l'opposition de prendre les rênes. Jusqu'à la prochaine alternance. Fillon ne représente d’ailleurs aucun risque de bouleversement majeur du statu quo : aucune remise en cause du libre-échange, de l’Europe de Bruxelles, ni de l’euro. Son programme de rigueur, si décrié, est au contraire le seul moyen de sauver, à supposer qu'on veuille la sauver, la monnaie unique d’une débâcle générale. Sa prudence sur le plan sociétal ne devrait pas inquiéter.
Mais cela n'a apparemment pas suffi aux tenants de la pensée dominante. Ils veulent désormais un alignement sans réserve. Or Fillon a une faille : il ne considère pas Poutine comme un ennemi. Il n'est nullement question qu'il s'inféode à lui mais le seul fait qu'il ait pris ses distances par rapport à la rage néoconservatrice antirusse suffit à le rendre suspect.
La moralité politique étant en baisse généralisée, les gens de gauche en place n'acceptent pas non plus de perdre leurs places et, avec Fillon, ils seraient obligés de les céder à d'autres. Avec Macron, qui a été pendant tout le quinquennat un des plus proches collaborateurs de Hollande et qui demeure fondamentalement un des leurs, ils les garderaient.
 
Un jeu très risqué
Pourtant ces gens qui veulent tout gagner risquent de tout perdre.
Au début de l’année, personne ne doutait que François Fillon l'emporte largement, il était clair en tous les cas qu'il était le seul à battre facilement Marine Le Pen au second tour. Ceux qui ont voulu le déstabiliser s'imaginent qu'il en irait de même avec Macron, voire Hamon. Quelle grave erreur !
Nous n’hésitons pas à dire qu'en déstabilisant François Fillon, ils ont pris le risque de mettre au second tour un candidat qui peut être battu par Marine Le Pen. Certes les sondages donnent aujourd'hui à Macron une certaine avance sur Fillon au premier tour et une victoire large sur Marine Le Pen au second. Mais s'y fier serait ignorer un certain nombre de données fondamentales qui rendent cette prévision aléatoire.
Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il ne s'agira pas d’un concours de diplômes ou de compétence ni de beauté, pas même de programmes, au sens technique. Ce sera un concours de légitimité et il se jouera dans un face à face qui sera une épreuve de vérité. L'affrontement, qui aurait été amorti avec Fillon, compte tenu de ses positions moyennes, sera d'une violence inouïe.
On ne saurait en effet imaginer deux candidats plus antithétiques :  
Marine Le Pen ne veut plus d'Europe (celle de Bruxelles). Macron veut en rajouter une couche.
Marine Le Pen veut arrêter l'immigration. Macron qui vient de féliciter Merkel sur ce chapitre (ce que n'a jamais fait Hollande), lui ouvre les bras.
Deux sujets existentiels sur lesquels, comme sur d’autres, au moins 60 % des Français sont aujourd’hui du côté de Marine Le Pen.
Comment réussir ce concours de légitimité quand on accuse la France de crime contre l'humanité, qu’on nie l'existence d'une culture française ou qu'on fait un discours en anglais à Berlin ? Comment prétendre être le chef d'un peuple en le mettant en accusation au banc de l'histoire ou en crachant sur ses totems ? Macron qui aime tant l'anglais n'a visiblement pas compris ce que veut dire leadership. Il est vrai qu'on ne l'apprend pas à l'Inspection des finances. Dans ce concours, tout ce que la campagne virevoltante de Macron s’évertue à cacher viendra au jour. Il n'est pas certain qu’il gagne alors la partie.
 
Le sociologue Marc Abélès (2) a mis en relief le concept d’éligibilité. Une donnée complexe de nature anthropologique qui sous-tend la mécanique électorale. Il est douteux qu'avec ses prises de position sur l'histoire et la culture françaises, Macron soit vraiment "éligible". D'autant que les meilleurs experts pensent que la question identitaire sera décisive dans cette élection (3).
A côté de la légitimité, il y a l'arithmétique électorale. Même si la gauche n'aime pas Fillon, personne ne l’y déteste assez pour ne pas voter pour lui au second tour dès lors qu'il s'agira de "faire barrage au Front national" : il n'aurait ainsi pas de mal à faire le plein des voix de Dupont-Aignan à Mélenchon.
Ce n'est pas si certain pour Macron : une partie des Républicains excédés par les coups portés à leur candidat - et qui commencent à comprendre d'où ils viennent -, sanctionnera Macron en votant au second tour pour la candidate du Front national. Quant à la gauche de la gauche, ceux qui auront voté Mélenchon ou Poutou, comment imaginer qu'ils voteront pour un candidat issu de la banque Rothschild, figure accomplie du "social-traître". Au mieux ils s'abstiendront.
Ajoutons qu'après le Brexit et l'élection de Trump, Macron est tout sauf dans le sens d’histoire.
 
Ceux qui ont fait le calcul qu’en déstabilisant Fillon, ils auront Macron apportent la preuve de leur aveuglement sur les véritables dynamiques de l'opinion. Macron reste le candidat des élites mondialisées, "hors sol », vivant dans un cocon qui les rend étrangères à un peuple toujours suspect de "populisme". Leurs erreurs d’appréciation dans les votes anglais et américain déjà signalés, plus celle, en France, du référendum de 2005, ne leur suffisent pas. Au demeurant, quel mépris du peuple d'imaginer que par le matraquage médiatique, beaucoup d'argent, une communication très professionnelle destinée compenser le vide du propos (car jusqu' ici Macron n'ose pas dit ce qu’il est vraiment) et des prestations scéniques de saltimbanque inspiré, on puisse faire avaliser par le peuple français des options qui, jusqu'à la caricature, résument tout ce qu'ils rejettent.
Les réseaux nationaux ou internationaux qui ont voulu déstabiliser Fillon parce qu’ils ne le trouvaient pas assez à leur goût pourraient bien, à ce jeu, avoir Marine le Pen. Ce n'est sûrement pas le résultat qu'ils recherchaient.
 
(1) Rappelons qu'en 1965, le général de Gaulle avait refusé de réactiver la procédure engagée à l'encontre de François Mitterrand qui était toujours en examen pour outrage à magistrat, soupçonné d’avoir organisé un faux attentat contre lui-même. Autre temps, autres mœurs.
(2) Marc Abélès, Jours tranquilles en 89, ethnologie politique d'un département français, Paris, Éditions Odile Jacob, 1988.
(3) Article de Jérôme Sainte-Marie, Le Figaro, 22 février 2017
HUREAUX  Roland

Né le 14 juin 1948
Marié  -  enfants
 

Essayiste

Ecole normale supérieure (Saint-Cloud)
Institut d'études politiques (IEP)
Ecole nationale d'administration (ENA)
Agrégé d’histoire
 
Sous-préfet
Diplomate
Conseiller technique
à la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR)
Conseiller
     Cabinet du président de l’assemblée nationale (Philippe Séguin)
     Cabinet du Premier ministre (Edouard Balladur)
Professeur associé à l’Institut d’études politiques de Toulouse
Rapporteur à la Cour des Comptes. 
 
Ouvrages
Un avenir pour le monde rural (1993) - Pour en finir avec la droite (1998) - Les hauteurs béantes de l’Europe (1999) - Le temps des derniers hommes (2000) - Les nouveaux féodaux (2004) - Jésus et Marie-Madeleine (2005) - L’actualité du gaullisme (2007) - L’Antipolitique (2007) - La grande démolition (2012) - Gnose et gnostiques des origines à nos jours (2015)

Articles
Publiés dansCommentaire, Communio (Revue catholique internationale) , La Revue des deux mondes,   Liberté politique, Le Figaro, Le Monde, Libération, Marianne, … etc.
Membre du comité de rédaction de Commentaire.

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