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Macron, un nouveau Giscard ?

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Macron, un nouveau Giscard ?
 
Il y a beaucoup de similitude entre Emmanuel Macron et Valery Giscard d’Estaing. L’un et l’autre sont issus de la même école, l’ENA ; l’un et l’autre ont fait l’apprentissage des affaires publiques dans le corps de l’inspection des finances ; l’un et l’autre ont accédé à la magistrature suprême en bousculant les appareils partisans de la droite et de la gauche ; l’un et l’autre ont commencé leur mandat avec l’auréole de la jeunesse et du changement ; l’un et l’autre, enfin, se sont proclamé centristes, libéraux et européens et ont annoncé que leur action obéirait à ces trois principes. Il n’en faut pas plus pour soulever une question simple : Macron est-il voué à échouer comme Giscard ou réussira-t-il  la "révolution" que son prédécesseur n’a pu mener à bien ?
Ayant été mêlé de près aux projets et aux décisions qui ont marqué le septennat giscardien, je crois pouvoir apporter quelques éléments de réponse. Avant de les présenter, il me semble indispensable de faire une réserve importante : il est hasardeux de juger un Chef d’Etat sur ses intentions ; ses actes peuvent s’en écarter. Le programme que, par exemple, Hollande avait présenté aux Français en 2012, a peu de points communs avec les décisions de son quinquennat. Nous ignorons tous, y compris l’intéressé, ce que Macron fera quand il se heurtera aux réalités des années à venir.
Si donc nous nous limitons au projet présenté par notre nouveau Président, nous arrivons à une constatation étonnante : Macron semble n’avoir tiré aucune leçon du destin de son prédécesseur. Rien ne montre qu’il ait réfléchi aux causes de son échec. Pour cette raison, il risque de connaitre un sort comparable. 
Entrons dans une description plus précise.
 
Tous deux se proclament d’abord des libéraux. Qu’entendent-ils par ce terme ? Principalement une politique qui ouvre notre société à la concurrence mondialisée. Elle met sa confiance dans l’énergie et l’imagination de nos chefs d’entreprise. Giscard avait commencé de démanteler l’appareil de contraintes et de procédures qui les plaçait sous la tutelle de l’Etat. Il leur avait rendu la liberté des prix. Il avait mis fin aux autorisations administratives de licenciement. Macron entend aller plus loin. Il a annoncé son intention de "simplifier" le code du travail (entendez : en assouplir les obligations contractuelles) et de diminuer les prélèvements qui pèsent sur les employeurs. Il en attend, comme son prédécesseur, des entreprises plus compétitives, des salariés plus productifs et des embauches plus nombreuses.
Les espoirs de Giscard ont été déçus. Son septennat a été marqué par les débuts du chômage de masse, de la précarité des emplois et de l’exclusion des plus pauvres. Il a bien essayé d’éviter ces trois fléaux en augmentant fortement les indemnités de licenciement, les allocations de chômage et les budgets de formation permanente. Mais sa parade s’est avérée à la fois très coûteuse et peu efficace. Les finances publiques en ont été fortement déséquilibrées sans que le nombre des marginalisés fut réduit. Macron n’a pas imaginé d’autre remède. Il propose de pallier les effets mauvais de la mondialisation en accroissant encore l’assistance à ses victimes : il veut faire de l’assurance-chômage un droit universel, augmenter les indemnités de licenciement et lancer un plan "inédit" de formation et qualification. Il parie qu’en allant plus loin que Giscard sur la même voie, il va déboucher sur une issue.  L’expérience montre qu’il risque fort d’entrainer notre pays dans un système encore plus coûteux sans être plus efficace.
 
Façonné par l’ENA, Giscard était persuadé que l’Etat et lui seul avait la capacité de courir au secours des individus broyés par le marché libre. En plus des prestations versées sous la surveillance vigilante des administrations, il a tout naturellement confié le monopole des offres d’emploi à une agence publique. Macron, qui a reçu la même formation que son prédécesseur, accentue son choix. Il a annoncé son intention de nationaliser les organismes qui gèrent l’assurance–chômage et ceux qui s’occupent de formation professionnelle.  Il n’a tiré aucune leçon de l’expérience des quarante dernières années. Il ne voit pas que la centralisation administrative des affaires sociales déshumanise l’aide aux démunis, accroît démesurément son coût et la rend plus lourde et plus opaque.
 
On sait aujourd’hui que l’adaptation d’une nation au défi de la mondialisation dépend beaucoup plus de l’agilité de ses territoires que des règlements imaginés par ses bureaucraties centrales. Giscard l’ignorait ; il a négligé d’étendre la décentralisation initiée par Charles de Gaulle. Son erreur était celle de sa génération. Mais il est étrange qu’aujourd’hui Macron soit encore plus indifférent à cette grande tâche nationale que son prédécesseur d’il y a un demi-siècle. Son programme n’en dit à peu près rien. Il va même au rebours des nécessités de notre époque : en nationalisant la taxe d’habitation, il réduit la liberté communale au lieu de l’élargir.
 
Libéralisme veut dire aussi, selon nos deux Présidents, extension des droits individuels, notamment sur le plan des mœurs. Giscard a créé le droit à l’avortement. Macron se dit prêt à donner aux couples de lesbiennes le droit à la PMA. Il n’a manifestement pas médité les leçons du passé. Heurter les consciences d’innombrables citoyens pour une cause discutable, c’est prendre la responsabilité de graves divisions dans l’opinion publique et ébranler l’autorité du Chef de l’Etat.
 
Après le libéralisme, l’Europe. Elle est le second pilier de la politique commune à nos deux Présidents. Giscard a fait naître le Parlement européen et préparé la venue de la monnaie unique. Macron ambitionne de créer un Parlement de la zone euro et veut lui donner un budget commun. Ils poursuivent le même but : une "union toujours plus étroite" entre les vingt-sept Etats-membres.
Mais la situation n’est plus la même. En 1974, "l’espérance européenne" semblait avoir l’avenir pour elle. Aujourd’hui elle est chargée de déceptions et de difficultés pratiques. L’euro, notamment, fait peser de lourdes contraintes sur la France. Il freine la compétitivité de nos entreprises. Il ralentit la croissance de notre production. Et, plus que tout, il nous oblige à équilibrer nos comptes publics. Or le déficit de nos recettes par rapport à nos dépenses est, en 2017, à la limite de ce que les autorités de Bruxelles peuvent tolérer, c'est-à-dire 3 % de notre produit national. Comment notre nouveau Président pourra-t-il à la fois être un Européen modèle, qui réduira l’excès des dépenses publiques, et financer ses multiples promesses de largesses nouvelles ? Ne s’est-il pas engagé à supprimer une part importante des cotisations sociales, accorder un droit universel aux allocations-chômage, recruter des dizaines de milliers de policiers et d’enseignants, investir "massivement" dans les hôpitaux, lancer un plan non moins massif de formation continue et d’autres débours encore ? La contradiction de ses intentions est trop flagrante pour ne pas l’obliger à un reniement. Je suis prêt à parier que la pression de Bruxelles sera la plus forte.  Macron lui cèdera. Mais il rendra son ambition européenne encore moins populaire. Il se souviendra peut-être à ce moment que la politique du "franc fort" a jadis mené Giscard à sa perte. Ce sera trop tard.
 
Il reste à examiner le troisième principe qui a guidé les deux hommes : le centrisme. C’est une doctrine qui rejette le "vieux clivage" entre droite et gauche, "système qui a été incapable" affirme Macron, "de répondre aux problèmes de notre pays depuis trente ans". Comme on le voit,  notre nouveau Président exonère Giscard de toute participation au "système".  Il pense, comme son lointain prédécesseur, que l’avenir appartient à des gouvernements capables de réunir les modérés des deux camps autour d’un programme équilibré qui prend à son compte les idées les plus raisonnables de droite et de gauche.    
En pratique, Giscard a gagné l’élection présidentielle en associant la droite modérée aux partis du centre. Il a ensuite essayé d’élargir sa majorité en attirant à lui les modérés de gauche. Aujourd’hui, Macron est arrivé au sommet en formant une alliance entre le centre et la gauche modérée. Il rêve de s’assurer une assise moins étroite en annexant les modérés de droite. Les deux Présidents ont pris des chemins différents mais vers le même but.
"L’ouverture" de Giscard vers le centre-gauche n’a guère eu de succès. Sa "société libérale avancée" est restée penchée sur son côté droit. La gauche a retrouvé sa cohésion et sa pugnacité en quelques mois. La droite, sonnée par sa défaite inattendue, a mis deux ans pour se ressaisir. Ensuite le centre, pris entre deux feux, s’est lentement effrité.
Est-ce le sort qui attend Macron et sa "République en marche" ? Nous le saurons dans peu de mois. Les contradictions dans lesquelles le candidat s’est enfermé, les difficultés qui vont l’assaillir, seront autant d’aubaines pour les familles traditionnelles de la droite et de la gauche. Alors elles reprendront des forces. Ceux qui proclament  l’avènement d’une ère nouvelle, une transformation radicale et définitive de notre paysage politique, s’extasient un peu vite.  

Michel Pinton, ancien secrétaire général de l’UDF
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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