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... tout est à refaire

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Pour la droite, tout est à refaire
 
Si la droite limite les dégâts, ces élections législatives marquent le plus bas score de son histoire. Pour Maxime Tandonnet, au regard du haut taux d'abstention, les responsables politiques de droite doivent proposer une véritable alternative dans les cinq prochaines années.
 

À l'issue du cycle des élections présidentielles et législatives, un résultat devrait frapper de sidération les observateurs de la vie politique. Avec moins de 50% de participation aux premières tours des législatives et 43% au second tour, l'abstention atteint un niveau sans aucun précédent historique depuis la proclamation de la République en 1870 pour un scrutin national.
À l'évidence, en 2017, plus encore qu'en 2007 et en 2012, les présidentielles ont vidé les législatives de leur substance. L'adoption du quinquennat en 2000, qui aboutit à une soumission systématique du mandat législatif au mandat présidentiel, explique largement ce phénomène.
Or, cet écrasement est profondément malsain du point de vue des valeurs démocratiques. Les présidentielles, la désignation d'une personne, sont par définition dominées par l'émotion collective, le sentiment qu'inspire une image, une voix, un reflet médiatique. Le contenu de la politique y est secondaire, quand il n'est pas effacé. En revanche, les législatives, du fait de leur caractère collectif et moins personnel, se prêtent au débat d'idées et au choix d'un destin collectif. De fait, en 2017, l'élection de l'Assemblée nationale, plus que jamais soumise aux présidentielles, n'a pas vraiment eu lieu. Dans l'histoire de France, la suppression ou l'anéantissement du pouvoir législatif marche toujours avec la négation de la démocratie.
La personnalisation à outrance du pouvoir, la confusion entre le pouvoir politique et le visage d'un seul homme - le présidentialisme - donne l'illusion de l'autorité à travers la figure du «chef». Dans la réalité, ce système est profondément inefficace sur le long terme, privilégiant, consciemment ou inconsciemment, la défense d'une image personnelle sur l'intérêt général.
L'écroulement de la démocratie française s'exprime dans l'abîme qui s'est creusé, à l'issue du cycle électoral de 2017, entre l'électorat et la représentation nationale. Au premier tour des législatives, avec une participation inférieure à 50%, le mouvement En marche a atteint 32% des voix. 16% des inscrits ont ainsi manifesté au premier tour leur adhésion à cette formation soit un peu plus de 10% des Français... Or, cette formation détient désormais plus de 60% des sièges à l'Assemblée...
Jamais, dans l'histoire de la République, le gouffre entre les élites politiques et la majorité silencieuse n'avait été aussi profond. La démocratie française est rongée depuis des décennies par la fracture entre la France «d'en haut» et la France «d'en bas». Selon le sondage annuel de Cevipof sur la confiance, 89% des Français estiment que les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. Ce clivage sort encore aggravé des scrutins de 2017. La personnalisation du pouvoir à outrance et le «dégagisme» qui a dominé le dernier cycle électoral, sont les signes patents du nihilisme qui s'est emparé de la vie politique française.
La «droite», ou l'opposition républicaine et modérée, qui était censée bénéficier de l'alternance en 2017, vient de connaître l'un des pires échecs de son histoire. Face au nouveau pouvoir, aux contours idéologiques indéfinis, sa priorité absolue est de refonder une ligne, une politique, de réinventer le débat d'idées. La crise de la démocratie française devrait lui ouvrir un boulevard à cet égard. Sa responsabilité, face à l'Histoire, est de réapprendre à parler un discours de vérité aux 84% de Français qui n'ont pas voté En marche au premier tour des législatives. Il est urgent d'avoir le courage et la lucidité de constater la faillite de la démocratie française en définissant un nouvel équilibre entre les pôles de pouvoir, présidence, gouvernement, législatif. Il serait notamment vital de dissocier les mandats présidentiels et législatifs, conformément à l'esprit originel de la Ve République.
L'avenir de l'opposition républicaine repose sur son aptitude à se réapproprier les grands sujets de préoccupation populaire aujourd'hui désertés, pour résorber la fracture nationale: la réforme des institutions afin de réhabiliter le débat démocratique et sortir d'une personnalisation nihiliste du pouvoir, la démocratie de proximité, la transformation nécessaire du fonctionnement de l'Europe pour la rapprocher des Européens, la crise migratoire, la lutte contre la désindustrialisation et le chômage massif, l'exclusion, la pauvreté, la situation tragique des «territoires perdus de la République», l'autorité et l'intelligence à l'école, la lutte contre le communautarisme et le repli identitaire, l'unité nationale, la sécurité des biens et des personnes.
Si la «droite» ne parvient pas à faire cette révolution du courage et de l'audace, elle laissera le champ libre à l'extrémisme notamment de gauche radicale et c'est lui qui triomphera en 2022 dans un grand élan destructeur. En jouant son avenir elle joue celui de la France.
Ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, auteur d'Histoire des présidents de la République (éd. Perrin, 2013 et 2017) et des Parias de la République (éd. Perrin, 2017).

Paru sur Figarovox, 19 juin 2017
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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