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La France dans le déni

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La France dans le déni
 
"La critique est aisée mais l’art est difficile". Cet aphorisme de La Bruyère est certainement présent à l’esprit d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe quand ils entendent ou lisent les commentaires de leurs adversaires. Si le moraliste nous met en garde contre un usage abusif de la critique, il ne l’interdit pas. Profitant de cette liberté, tout en étant conscient de la tâche difficile à laquelle notre Président et son Premier ministre sont confrontés, nous analysons leurs discours respectifs. Force est d’admettre qu’ils sont décevants.
 
Celui d’Emmanuel Macron est un exercice de rhétorique tel que Sciences Po et l’ENA l’enseignent. On est tenté de reprendre la réplique de Ronald Reagan face à son adversaire Walter Mondale en 1984 : "where is the beef ?". Amender les institutions de la 5ème République, comme le Président le propose et comme beaucoup le souhaitent, n’est pas la priorité. Depuis la Révolution française, la France a eu vingt-et-une constitutions... dont certaines n’ont jamais eu d’existence réelle ! Elles n’ont empêché ni la défaite de Sedan ni la victoire de 1918.
 
Le discours d’Edouard Philippe est plus décevant encore. Il nous détaille un inventaire à la Prévert : taxe d’habitation, prix du paquet de cigarettes, déserts médicaux, vaccins obligatoires, remboursement des lunettes, etc. L’étonnement le dispute à la déception. Notre Premier ministre n’aurait-il pas lu les rapports Attali, Gallois, Pisani-Ferry Enderlein ou ceux de la Cour des comptes, de la Commission européenne, de l’OCDE et du Fonds monétaire international ? Son objectif prioritaire se limite à ramener le déficit budgétaire sous la barre des 3% pour satisfaire aux exigences de Bruxelles.
 
Selon le souhait du Président, il espère ainsi être en mesure de négocier avec l’Allemagne la création d’un ministère économique européen qui serait le pendant de la Banque centrale européenne – vieux rêve français qui vise à faire porter par les Allemands le coût de notre impéritie. Hélas, ils ne sont pas dupes. Non seulement ils ne le sont pas, mais ils sont d’excellents négociateurs en faisant de l’euro un Deutsche mark qui a changé de nom. Le traitement du solde de la balance des transactions courantes en fournit un excellent exemple. Alors que son déficit est limité à 4 % du produit intérieur brut, son excédent peut atteindre 6 %. Cette différence de traitement autorise une politique commerciale allemande outrageusement mercantile.
Ces limites de 4 % et 6 % sont arbitraires. Elles ne reposent sur aucune base rationnelle. Il en va de même du 3 %. Or, si la France est en contravention de ses engagements bruxellois avec un déficit budgétaire de 3,7 %, l’Allemagne l’est tout autant avec un excédent commercial de 8,5 % !
 
Comme le montrent les études mentionnées ci-dessus, la France a deux priorités : la réduction de son coût de fonctionnement et la compétitivité de ses entreprises. Au-delà de ces deux priorités, l’objectif du gouvernement doit être d’abaisser la limite de l’excédent commercial de 6 à 4 % afin d’obliger l’Allemagne à adopter une politique de relance qui profiterait à la France et à la zone euro.
nvoyé par l'auteur, 10 juillet 2017
BASLE Jean-Luc

Né le 14 septembre 1942
Marié - 2 enfants



Economiste
 

Diplômé de Columbia University et de Princeton University

Directeur de Citigroup New York (1972-1995)
Enseignant associé aux Ecoles de Saint-Cyr Coêtquidan
Vice-président de l’Institut de Locarn



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