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La transgression de Trump

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La grande transgression de Trump
 
CHRONIQUE - Au fond, ce que les élites européennes reprochent au Président américain, c'est de croire encore à la souveraineté des nations et à la diplomatie bilatérale.
 
On s'est trompé sur cette photo. On a voulu y voir un Trump esseulé, isolé, mauvais élève de la classe occidentale, tancé par ses pairs, avec Angela Merkel en figure de proue, au nom de la doxa libre-échangiste. On a voulu se tromper. Cela arrangeait beaucoup de monde, des dirigeants européens et des grands médias occidentaux qui, à la suite de leurs collègues américains, ont fait de l'hostilité au Président américain un principe. Car la photo dit aussi un Trump seul contre tous, dans la grande tradition américaine du cow-boy solitaire qui triomphe à la fin des méchants. Un Trump qui défend les intérêts américains, en tout cas d'une certaine Amérique, celle des vieilles industries et de leurs ouvriers, et pas des patrons de l'industrie automobile allemande, qui, eux, n'ont pas voté pour lui. Elle dit enfin, cette fameuse photo, un Trump assis, comme le roi sur son trône, et des féaux debout. Un roi qui protège militairement ses féaux, et qui est donc leur seigneur dans une tradition féodale revisitée ; et qui n'entend plus être "volé par eux".
 
Cette tradition féodale revisitée s'est étalée sur tous les écrans du monde, quelques jours après le sommet du G7 au Canada, dans la poignée de mains entre le même Trump et le Président de la Corée du Nord, Kim Jong-un. En se rendant à ce sommet, Trump prend un énorme risque : légitimer le dictateur communiste qu'il qualifiait il y a quelques semaines encore de "Rocket Man". Mais il n'avait pas le choix s'il voulait tenter de régler cette question qui avait pourri les mandats de ses prédécesseurs. C'est la conséquence logique de "ce pouvoir égalisateur de l'atome" qu'avaient théorisé les experts français dans les années 1960. A partir du moment où la Corée du Nord a la "bombe", ce petit pays se hisse au niveau des plus grands. Mais c'est aussi, et surtout, la conséquence de l'inclination de Trump pour la diplomatie bilatérale, le contact en tête à tête, au détriment de la diplomatie multilatérale. C'est en cela qu'il choque le plus nos bien-pensants occidentaux et leurs relais médiatiques.
 
Les élites européennes ne croient plus en la force des nations, à leur souveraineté, au poids de leurs armées et de leurs dirigeants. Elles veulent croire que le monde de demain sera régi par le droit et le marché, à la manière de l'Union européenne.
Or cette conception multilatérale qui privilégie le droit et les organisations internationaux, est remise en cause par un nombre croissant de pays : la Chine, la Russie, la Turquie, mais aussi la Hongrie ou la Pologne. Ceux-là tiennent à la traditionnelle realpolitik du XIXe siècle. Longtemps, les Américains ont fait semblant de défendre le droit international et la conception multilatérale pour mieux assurer leurs intérêts nationaux. Trump déchire ce voile d'hypocrisie car il estime que cela s'est désormais retourné contre les intérêts des Etats-Unis. C'est la grande transgression de Trump. Celle que ne lui pardonnent pas en Europe, mais aussi en Amérique, les élites occidentales.

Paru dans Le Figaro Magazine, 15 juin 2018
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


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