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L'affaire Benalla

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Ce que Benalla nous dit sur Emmanuel Macron !
 
L'affaire Benalla a pris un tour médiatique, politique, parlementaire et judiciaire - enquête, juge d'instruction saisi, mises en examen - qui, chaque jour, prend de l'ampleur, et d'abord à cause des révélations sur les agissements multiples de ce personnage - garde du corps mais bien plus - et en raison des privilèges pour le moins discutables qui lui ont été octroyés.
Un exemple parmi d'autres de cette effervescence qui ne retombe pas. Comme le président de la République se tait à l'exception de ce "la République est inaltérable" qui est suffisamment flou pour n'engager à rien, la commission d'enquête qui a été constituée n'exclut pas d'entendre Brigitte Macron qui a été à plusieurs reprises apparemment accompagnée par Alexandre Benalla.
Un processus est mis en branle et pour ses diverses facettes nous n'avons plus qu'à attendre avec curiosité et inquiétude ses développements. L'opposition se rue dans cette porte enfin ouverte pour prendre le gouvernement - non pas en déroute mais pour une fois dans les cordes - au piège de ses promesses de 2017. Un parfum de séisme aggravé par la suspension de l'examen de la révision constitutionnelle
On ne peut pas se contenter d'accabler Emmanuel Macron et, comme je le lis souvent sur mon blog et sur Twitter, d'en tirer prétexte pour rehausser Nicolas Sarkozy. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de similitudes entre l'état de droit dévasté hier et les étranges libéralités, l'incroyable confiance que Emmanuel Macron a dépensées en faveur de Benalla dont le parcours maintenant est bien connu. Force est de reconnaître que le seul qui ait perçu le sulfureux et le dangereux derrière la compétence professionnelle prête à tout est Arnaud Montebourg qui n'a pas gardé Benalla plus de huit jours auprès de lui.

A l'origine je considérais qu'on donnait une enflure artificielle à des péripéties qui somme toute ne semblaient pas mériter l'intérêt passionné, voire scandalisé qu'on leur attachait. Au fil des jours j'ai bien été obligé de relever que l'Elysée, Emmanuel Macron et Benalla formaient une configuration qui n'empêchera pas le président d'agir sur le plan politique mais qui pour la première fois mettait gravement en cause sa légitimité de créateur et d'inspirateur d'un univers irréprochable. C'était pourtant l'une de ses forces les plus remarquables que d'avoir su trancher avec le monde d'avant et de s'être efforcé longtemps avec succès de renvoyer aux oubliettes les transgressions des pouvoirs dont il cherchait avec talent et obstinément à être le contre-modèle.
L'embellie démocratique apportée dans les premiers mois à ce lieu de pouvoir qu'est au propre et au figuré l'Elysée a été tout à fait éclatante. Discrétion, réserve, organisation, tenue, exemplarité des comportements, parole rare, cohérence, solidarité - un chef indiscuté entourée par une équipe de haut niveau acharnée à sa tâche et inconditionnelle. Même les adversaires les moins objectifs de la présidence Macron n'avaient pas pu ne pas remarquer le gouffre qui séparait cette maîtrise à tous points de vue du désordre guère créateur d'avant, surtout sous l'ère de François Hollande.

Insensiblement, peut-être, cette excellence, la certitude de cette excellence se sont-elles transformées en un sentiment de supériorité, presque d'arrogance. L'exigence du secret est devenue volonté de dissimulation et l'obsession d'une autarcie protectrice et trop sûre de son fait s'est probablement substituée au souci légitime de sauvegarde d'une indépendance nécessaire au bon fonctionnement de l'Etat. Ce n'était plus : nous voulons devenir les meilleurs mais nous sommes les meilleurs et tant que nous serons entre nous, rien de négatif ne pourra advenir. Une équipe s'est muée en bande avec ses avantages et son intensité mais aussi avec une forme de démesure qui excluait de moins en moins un zeste de mépris pour le profane qui ignorait tout et n'était pas digne d'appréhender même de loin ce qui n'était réservé qu'aux initiés.
Cette évolution a entraîné, de la part d'Emmanuel Macron qui est tout sauf "immature" ou "un gamin", l'envie de pouvoir compter absolument sur quelques-uns, quel que soit leur niveau et leur fonction dans le dispositif présidentiel, parce que leur fidélité lui était acquise à vie et que sans doute la faiblesse de notre président est d'être trop sensible à l'encens que de bonne foi on déverse sur lui parce que profondément il est persuadé qu'il le mérite. L'importance qu'il attache au lien indéfectible entre lui et ceux qui le servent a pour conséquence - et on retrouve peut-être là quelque chose de Nicolas Sarkozy - et pour rançon le fait que, sa confiance octroyée, ses collaborateurs peuvent tout se permettre. Non pas dans le registre technique où sa vigilance est extrême et ne supporterait pas les approximations mais dans les périphéries, dans cette zone qui n'est plus celle du pouvoir pur mais relève plutôt d'agissements et d'efficacité qu'il valide parce que rien de ce qui peut émaner par exemple d'un Benalla ne pouvait être mauvais et qu'à ce titre celui-ci avait droit à des avantages exorbitants comme notamment d'avoir un badge d'accès à l'Assemblée nationale comme collaborateur du président et auxiliaire de son chef de cabinet.

Il a ainsi donné à Benalla cette ivresse de toute-puissance qui conduit à tout se permettre, sans distinguer entre le licite et l'illicite, parce que l'aval du président abolit ces frontières et donne à chaque acte, quel qu'il soit, sa légitimité. Ce qui est accompli par Benalla est forcément irréprochable et comme on a traîné pour admettre le contraire ! Benalla a le droit de tout faire puisque le président lui a fait grâce du label de sa confiance.
On verra la suite des événements. Je continue à dénier que l'affaire Benalla soit une apocalypse, même un champ du cygne. Elle appelle une réaction, une remise en ordre, un peu de modestie. L'Elysée n'est plus un lieu magique mais un royaume comme les autres.
Car Benalla nous dit beaucoup sur Emmanuel Macron et ce n'est pas rien.

Paru sur www.philippebilger.com, 22 juillet 2018
BILGER Philippe

Né le 31 août 1943
Marié - 6 enfants


Magistrat honoraire

Ancien avocat général près la cour de Paris
Conseiller spécial (of counsel) au cabinet D’Alverny Demont & Associés (depuis le 3 octobre 2011)

Président de l'Institut de la parole

Préparation à l'Ecole Normale Supérieure
Licencié en Lettres classiques
Licencié en Droit
Diplômé de l’Ecole nationale de la Magistrature (ENM)
 
Auditeur de justice au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg (1970)
Juge d'instruction au TGIde Lille (1972)
Substitut du Procureur de la République près le TGI de Bobigny (1975)
Affectation à la 4ème section du Parquet de Paris (Presse et Libertés publiques) (1984)
Premier substitut Paris (1986) 
Ministère public à la 17ème Chambre Correctionnelle (1984 à 1989)
     Affaires Le Pen c/Libération, Le Pen c/Le Canard Enchaîné, Duverger c/Actuel, tract en faveur du
     Maréchal Pétain dans Le Monde, affaire Laurent Wetzel /Marcel Paul, etc.
Chef de la 11ème section du Parquet de Paris (droit bancaire) (1989 – 1990)
Substitut général près la cour d'appel de Paris (1990) 
     Chambre d'Accusation de Paris, de mars à septembre 1990
     Avocat général à la cour d'assises de Paris, de septembre 1990 à septembre 1992
     (affaires Chalier-Nucci, Mathurin-Paulin, Dobbertin, etc.)
 
Mise à disposition auprès du président du Sénat
     comme conseiller à la Justice et à la Culture (1992 – 1995)
 
Avocat général près la cour d'appel de Paris (1999)
Avocat général à la cour d'assises de Paris (depuis 1995)
     (Procès Didier - l'assassin de Bousquet - procès Naigeon, Fréminet, Bob Denard,  
     Aloïs Brunner, Magali Guillemot, François Besse, etc.
     Procès d’Emile Louis à Auxerre, procès de Maxime Brunerie à Paris (2004)
     Procès d'Hélène Castel et procès en appel d'Emile Louis (2006)
     Procès de Youssouf Fofana et du gang des barbares (victime : Ilan Halimi) (2009) 
 
 
Professeur associé à l’Université du Droit et de la Santé de Lille 2 (2001 – 2004)
Directeur d'une session annuelle de formation à l'ENM (2001 – 2004)
Présidence de la Commission arbitrale des journalistes
Chef de la délégation juridique de l'Union internationale de la Presse Francophone
Conférences sur le droit de la presse et la cour d’assises,
     à l'Ecole Nationale de la Magistrature,
     au Centre de Formation pour les Journalistes,
     à l’Institut Montaigne,
     pour la Presse Quotidienne Régionale,
     pour le groupe Hachette et le groupe Bayard, pour divers Barreaux.
Conférences régulières pour le groupe Audiens
Conférence à l'Institut de France (23 janvier 2006)
Grande Conférence du Figaro (20 février 2006)
 
Ouvrages
Nombreux articles consacrés au droit de la presse et à l'analyse de la jurisprudence
     dans Le Monde, Le Figaro, La Gazettedu palais, Legipresse (membre du comité
     de rédaction), Stratégies, L'Echo de la presse,
     ainsi que dans la Presse Quotidienne Régionale
 
- Le droit de la presse (PUF, collection "Que sais-je") (1990) (réactualisé en 2003)
- Le Besoin de justice avec Claude Grellier (Calmann-Lévy) (1991)
 -Plaidoyer pour une presse décriée (Filipacchi) (2001)
 -Un Avocat général s’est échappé (collaboration de Stéphane Durand-Souffland (Le Seuil) (2003) 
 -Le Guignol et le Magistrat avec Bruno Gaccio (Flammarion) (2004) 
 -Arrêt de mort roman (Editions du Félin) (2005)
 -Pour l'Honneur de la justice" (Flammarion) (2006)
- J’ai le droit de tout dire (Editions du Rocher) (2007)
- Et si on jugeait les juges ? avec Roland Agret (Editions Mordicus) (2009)
- 20 minutes pour la mort - Robert Brasillach : le procès expédié (Editions du Rocher) (2011)
- Le bal des complaisants – Le dernier réquisitoire d’un avocat général avec François Sionneau (Fayard) (2011)
 
Distinctions    
Chevalier de la Légion d'Honneur
Chevalier de l'Ordre national du Mérite

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