Magistro Beta

Switch to desktop Register Login

La fin du “nouveau monde”

  • Écrit par 
  • Taille de police Réduire la taille de la police Réduire la taille de la police Augmenter la taille de police Augmenter la taille de police
  • Imprimer
  • E-mail
La fin du “nouveau monde” ouvre une ère d'incertitude
 
Lors de son interview au Point, le 29 août 2017, le président Macron dénonçait "les forces du monde ancien" qui "font échouer la France". En mai-juin 2017, l'accession au pouvoir des nouvelles équipes dirigeantes, à l'Élysée, à Matignon comme au Palais Bourbon, fut le fruit de l'élection présidentielle la plus chaotique de l'histoire. Le succès électoral d'En marche ! est donc né d'un vertigineux scandale. Il s'inscrivait dans le contexte d'un pays traumatisé par la succession d'affaires et de drames mettant en cause ses dirigeants, à l'image de l'emblématique "affaire Cahuzac".
En réaction contre le naufrage de la politique française dans un climat à la fois délétère et explosif, tournant le dos aux personnalités et aux partis traditionnels, en 2017, les Français, assoiffés d’exemplarité, ont porté au pouvoir des hommes et des femmes incarnant le renouvellement. La transformation de la vie publique française dans le sens de la vertu, s’est imposée comme la clé idéologique de la nouvelle équipe dirigeante.
Ce contexte explique l’ampleur prise par l’affaire Benalla qui a accaparé l’actualité nationale pendant trois semaines. Les faits eux-mêmes sont certes accablants pour l’auteur des violences, mais sans commune mesure avec les séismes qui ont ébranlé l’histoire politique française (Rainbow Warrior par exemple). En revanche, ils ont profondément choqué par les révélations en cascade qui en sont issues, soulignant les phénomènes de clanisme, de dissimulation, de courtisanerie et d’obséquiosité, qui imprègnent, aujourd’hui comme hier, l’exercice du pouvoir.
 
2017 fut l’été d’une espérance pour une partie de l’opinion publique, 2018 celui d’une désillusion. Cette affaire marque une étape supplémentaire, et sans doute décisive, dans la prise de conscience, par une majorité des Français, du caractère trompeur de la thématique d’un "nouveau monde". Au fond, rien n’a changé. Ils ont l’impression d’avoir été mystifiés comme ils le furent en 1981 par le discours assimilant la victoire de François Mitterrand à un passage de la "nuit à la lumière". Ils retiennent de l’affaire Benalla que rien ne ressemble plus à l’ancien monde que le soi-disant nouveau.
 
La fin des illusions met en évidence les constantes de la vie politique française, qui depuis des années, entraînent le pays sur une pente fatale. Le culte de la personnalité d’un autre âge ne fait qu’occuper le vide laissé par la mort du débat d’idées et l’absence de solutions aux difficultés de la France. L’image personnelle des dirigeants s’impose comme la motivation suprême de l’engagement politique, au détriment du bien commun. L’élection ou la réélection justifie toutes les démagogies. La communication se substitue toujours davantage à l’autorité de l’Etat, aux choix de gouvernement et à l’action authentique. La fracture démocratique ne cesse de se creuser entre une minorité dirigeante, déconnectée des réalités quotidiennes, et la population – infiniment plus lucide que ne le pensent les hommes et femmes de pouvoir –, qui se sent abandonnée avec ses difficultés et ses inquiétudes.
 
La vie politique continue à sombrer dans le spectacle nihiliste, dominé par les polémiques, les crises d’hystérie, les phénomènes d’idolâtrie et de lynchage. Le discours sur la "transformation" de la France ne suffit plus à masquer la réalité d’une aggravation continue des maux dont elle souffre : vertigineux déficit du commerce extérieur ; explosion de la dette publique ; poids des prélèvements fiscaux et sociaux ; chômage qui, en comparaison avec les autres puissances comparables, ne connaît guère d’amélioration ; violence quotidienne ; situation préoccupante du système scolaire et universitaire ; haut niveau de pauvreté ; absence de réponse crédible à la crise migratoire européenne ; une société toujours plus déchirée et conflictuelle. Sur les grands sujets de préoccupation des Français, aucune amélioration n’est en vue.
 
Aujourd’hui, la question fondamentale est celle de l’avenir de la politique française sur lequel un épais brouillard est tombé. Après la dissipation du rêve d’un "nouveau monde", que reste-t-il à espérer ? La France est entrée dans une ère d’incertitude. Tout est possible : une radicalisation, portant au premier plan des partis ou personnalités "antisystème" ; la poursuite indéfinie, au-delà de 2022, de l’expérience actuelle ; une alternance et le retour au pouvoir d’un parti classique ayant su se moderniser et élargir son assise électorale ; ou encore une prise de conscience de la tragédie de la politique française, une remise à plat d’un régime à bout de souffle pour en finir avec la dictature des chimères et renouer avec la notion de gouvernement, de vérité, de destin collectif, d’intérêt général et de res publica. Cette dernière alternative n’est hélas pas la plus vraisemblable…
Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 13 août 2018 (publié dans le Figaro, 12 août 2018)
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

Top Desktop version