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Nous sommes tous des poilus !

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Nous sommes tous des poilus !
 
Chronique de Xavier GUILHOU (1) à l'occasion des prochaines cérémonies du centenaire pour le 11 novembre

"Des civils que l’on a armés… ".
Mais comment peut-on en arriver à de telles assertions !
Il ne fait aucun doute que l’idéologie, la confusion ou l’ignorance qui sévissent dans de nombreux couloirs ont pu être à l’origine de cette pensée réductrice, irrespectueuse et dangereuse.
N’appartenant pas à l’institution militaire mais étant justement un civil qui a beaucoup servi et donné au pays, comme des millions d’autres français, je m’insurge profondément contre cette nouvelle instrumentalisation historique. Mes aïeux, qui étaient eux aussi des civils, qui se sont engagés volontairement ou qui ont été mobilisés à plusieurs reprises pour se battre contre toutes les formes de violence et de totalitarisme politique, ne furent ni des mercenaires, ni des miliciens... Ils étaient tout simplement soldats de France, résistants et patriotes ! Ils se sont battus sur tous les fronts et ont vu tomber autour d’eux des frères d’armes, des amis, des membres de leurs familles, mais aussi des adversaires pour lesquels ils n’éprouvaient pas de haine. Depuis trois générations nous n’avons pas eu d’autres choix que de défendre la terre de France à Verdun, sur la Marne, dans la Somme, plus loin à Dixmude, dans les Balkans, sur les terres encore plus lointaines de l’ex-empire français, où plus récemment sur les théâtres d’opérations extérieures sous mandats internationaux à Beyrouth, à Sarajevo. Telle fut notre histoire depuis un siècle. Rien ne sert de la juger, il faut l’assumer, l’incarner mais en aucun cas la dénaturer !
 
C’est cette tradition de service, de patriotisme et de don de soi d’un pays que l’on méprise avec de telles affirmations médiatiques mais inutiles. A la veille du centenaire de la fin de la première guerre mondiale, dans une Europe marquée actuellement par une remise en cause de tous les avenants du traité de Versailles, est-il besoin de réduire l’engagement historique de tout un pays, et encore plus de ses alliés, avec des injonctions verbales infondées. Il est toujours facile de réécrire l’histoire et de la banaliser dans un bureau feutré après 75 ans de paix …  Certes La guerre est toujours vécue par les historiens comme une erreur politique, générant des boucheries inutiles, et la victoire reste toujours un peu amère et pathétique, car elle porte en germe la guerre suivante... Faut-il pour autant, face à la tragédie récurrente de l’Histoire, pour satisfaire une forme de mauvaise conscience, désacraliser la mémoire collective, mépriser ainsi l’engagement de millions de femmes et d’hommes et par la même entretenir un déni collectif en justifiant ainsi l’oubli au fil du temps.
 
Non, "nous ne sommes pas des civils que l’on a armés" !
Nous sommes bien plus que cela !
La tentation pourrait être très forte aujourd’hui avec la professionnalisation de nos armées, qui a généré une transformation profonde du lien armées-nation, de réduire le statut du soldat à celui d’un métier comme un autre. Les risques de banalisation et de désacralisation de l’engagement dans une société devenue très hédoniste ne peuvent être sous-estimées. C’est pour toutes ces raisons que nous ne pouvons plus être considérés de façon péjorative comme de simples "anciens combattants" ! Nous sommes la force d’âme de la France. Ce qui nous caractérise de génération en génération c’est cette conscience viscérale que la liberté doit être défendue, que nos valeurs démocratiques sont vulnérables et que le don de soi reste la vertu la plus noble qui soit. Alors faisons tous en sorte que nos institutions, que ceux qui l’incarnent et que ceux qui l’administrent retrouvent le sens de la mesure et de la pondération vis-à-vis des vétérans que nous sommes. Nous ne demandons rien et nous sommes de moins en moins nombreux. En revanche nous exigeons juste ce respect pour le sang versé et le don de soi que nous honorons chaque 11 novembre au nom de toutes les générations du feu. Nous sommes tous quelque part les héritiers de nos poilus et cet héritage mérite le plus profond respect de nos élites et de nos populations. Juste un peu de respect, que du respect, fermer le ban !
(1) Auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale, Capitaine de vaisseau (h)
Président de la Section du Finistère et Administrateur national de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires (FNCV),
Chef d’entreprise.

Envoyé par l'auteur, 1er novembre 2018




LE PRESIDENT FEDERAL                                                                                                                          Paris, le 29 octobre 2018
553 -DG HL/RP
                                                                                                                                                                                 Monsieur Emmanuel MACRON
                                                                                                                                                                                       Président de la République
                                                                                                                                                Palais de l'Elysée 55 Rue du Faubourg Saint-Honoré,
                                                                                                                                                                                                        75 008 PARIS
          Monsieur le Président de la République,

          Lors de la présentation des séquences de la commémoration du centenaire de l'armistice de 1918 par M. Jean-Michel Blanquer, assisté de Mme Geneviève Darrieussecq, respectivement ministre de l'éducation nationale et secrétaire d'état auprès de la ministre des armées, le 18 septembre 2018 à Clermont-Ferrand, un équilibre avait été trouvé entre, d'une part, la victoire militaire de la démocratie sur le totalitarisme et les sacrifices des poilus, et d'autre part, les effets de la crise économique durable que vivent aujourd'hui les habitants sinistrés des régions qui avaient déjà été profondément meurtries par la guerre de 1914-1918.
Un programme mémoriel avait été annoncé avec comme point d'orgue à Paris, une cérémonie militaire et notamment .
•        un hommage aux maréchaux de la guerre de 1914-1918 pour célébrer dignement la victoire des armées françaises et alliées sur les forces de l'impérialisme du Kaiser Guillaume,
•        une cérémonie sur les Champs Elysées et l'Arc de Triomphe, en présence de 80 chefs d'état représentants les pays impliqués dans cette guerre meurtrière et un défilé.

            Or, depuis cette communication, il semblerait que, sous votre impulsion, un changement profond ait été opéré dans l'objectif même de ces cérémonies, la partie « victoire sanctionnée par un armistice » de cette guerre étant purement supprimée. En effet, la partie militaire serait réduite à sa plus simple expression, afin, semble-t-il, de ne pas heurter la chancelière allemande, et l'hommage aux maréchaux artisans de cette victoire de la liberté sur l'obscurantisme passé à la trappe, ce qui nous apparaît excessif vis-à-vis de l'histoire et du devoir de mémoire que notre pays doit entretenir pour renforcer la démocratie auprès de la jeunesse française et européenne.
En outre, des membres de l'Elysée estiment qu'il conviendrait de bien regarder les choses en face les combattants de 1914-1918, les Poilus, « n'étaient finalement que des civils à qui on avait donné une arme », ce qui est une véritable injure à leur esprit de sacrifice, et à l'histoire.
Car, en disant cela, ils rayent péremptoirement l'esprit de sacrifice des soldats qui ont combattu pour que vive, encore aujourd'hui, notre pays.
C'est l'âme de la nation en armes qu'ils entachent par ce type de discours, en laissant entendre que ces civils ne sont partis à la « boucherie » que parce que forcés et sans l'idée de défendre leur pays.
En tant que président de la Fédération Nationale André Maginot, la plus ancienne des associations du monde combattant, je rappellerai simplement ce que disait, en 1914, André Maginot, cet illustre homme d'état dont les valeurs pour lesquelles il se battait sont toujours, aujourd'hui, d'actualité
« C'est la guerre, la partie suprême d'un peuple qui ne veut pas mourir », ce qui explicite tout à fait cet esprit qui animait les soldats de l'époque : ne pas tomber sous la coupe de l'envahisseur et réintégrer l'Alsace—Lorraine, coûte que coûte. Si cet état d'esprit n'avait pas profondément habité les soldats de France, je pense que la 1 ère bataille de la Marne ou Verdun auraient été perdus et que nous ne serions plus aujourd'hui en mesure de savourer notre indépendance et notre liberté, comme notre pays sait et aime le faire.

                Vous voulez en revanche magnifier la paix, ce qui est tout à votre honneur, mais vous ne pouvez pas laisser ignorer le mérite des soldats et faire disparaître de la pensée collective l'essence même de la Nation en armes pour sa survie, le sens du sacrifice suprême pour le bien commun.
La paix d'ailleurs n'était pas acquise au soir du 11 novembre 1918 puisque le traité de Versailles n'a été signé qu'en juin 1919 et nous avons subi 20 ans plus tard un conflit aussi meurtrier et génocidaire !
L'histoire, dans toute sa complexité et sans faux fuyants, doit faire partie de la mémoire collective. Ceci est primordial pour la jeunesse d'aujourd'hui et de demain.

                Mettre à l'écart le monde combattant d'hier comme cela est envisagé pour les cérémonies de commémoration du 1 1 novembre 2018, passer sous silence la victoire militaire de 1918, est une injure faite aux soldats de France de toutes les générations.
En laissant traiter de la sorte les hommes en armes qui combattent jusqu'au sacrifice suprême, vous n'œuvrez pas, comme vous le dites, pour une armée forte et engagée. Et je crains fort que le recrutement des forces armées françaises n'en subisse les conséquences à moyen ou long terme. De même, vous n'œuvrez pas pour l'Europe en occultant de la sorte ces événements majeurs, ou en les édulcorant.

                Aussi, me paraît-il important de vous dire que si aucun des membres du conseil de l'ONAC et du Bleuet de France ne sont présents sur la dalle sacrée, témoins vivants des sacrifices consentis hier et aujourd'hui, je n'encouragerai pas, en ma qualité de président de la Fédération Nationale André Maginot, les 240 associations qui la composent, à participer, avec leur drapeau en tête, à ces manifestations décalées dans le temps et illusoires, s'agissant de la Paix.
Quelque millions de français sont choqués par ce déroulé
•       qui néglige totalement le sacrifice de leurs ascendants qu'ils se sont réappropriés durant ces quatre années de commémoration du premier conflit mondial,
•       qui ne présage rien de bon pour l'avenir, si on n'ose plus regarder le monde en face, en refusant notamment de montrer la réalité de l'histoire et de souligner les valeurs qui ont forgé notre Nation.

Je vous prie d'accepter, Monsieur le Président de la République, l'expression de ma très haute considération.
  
                                                                                                                                                                       

                                                                                                                                                                               Henri LACAILLE
GUILHOU Xavier

Né en 1954


 

 

Directeur du Cabinet XAG Conseil
Spécialisé dans la prévention des risques
, le pilotage des crises et l'intelligence stratégique ainsi que les questions de diplomatie humanitaire et d’assistance stratégique aux Etats.

Docteur es Lettres et Sciences humaines
DESS de l’IEP de Paris

Expérience triple :
* Sur le terrain des crises internationales ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié.
(Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 90)
* Dans le monde de l’entreprise pour avoir exercé des  fonctions exécutives et opérationnelles
(Directeur général de filiale au sein du Groupe Hachette, directeur du marketing de Spie-Batignolles, directeur de la sécurité corporate de Schneider Electric, directeur du think-tank d’EuroGroup.
* Au sein du monde universitaire et des grandes écoles
 
Capitaine de vaisseau de réserve
Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN).

Ouvrages
Ruptures créatrices avec Patrick Lagadec -éditions d'organisation 2000
Un monde à repenser  (avec Eric de la maisonneuve - éditions économica 2001
La fin du risque zéro  (avec Patrick Lagadec) (2002)
Voyage au coeur d'une implosion, ce que l'Argentine nous apprend (avec Patrick Lagadec et Laura Bertone) (2003)
Quand ONG et PDG osent (avec Jean Marie Aoust, Gilbert Canameras et Claude Revel) (2004)
Quand la France réagira.... (2007)
 
Nombreux articles
Interventions régulières sur les chaines de radio pour décrypter l’actualité internationale
Site
http://www.xavierguilhou.com
 
Distinctions
Chevalier de l’Ordre National de la Légion d’Honneur
Officie de l'Ordre National du Mérite
Croix de la Valeur Militaire avec citation
Croix du Combattant Volontaire
Commandeur du Mérite de l'Ordre Souverain de Malte

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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