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Manipulations

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Manipulations

Chaque jour, ou presque, nous apporte son lot de manipulations de l’Histoire par le régime macronien. Si le président semble s’être fait une spécialité de l’instrumentalisation du passé, ses ministres lui emboitent le pas, avec moins de classe toutefois car leur inculture abyssale apparait alors au grand jour. Emmanuel Macron sait enrober ses propos de citations de Nietzche ou de Leibnitz, ce qui fait très chic sur France-Culture. Et puis, peu de gens iront vérifier. Mais ses ministres, dans leurs pauvres déclarations, ne dépassent pas le niveau intellectuel d’un tweet. On pense avoir touché le fond (mais le pire reste peut-être à venir) avec le ministre de l’Intérieur qui s’est risqué à un amalgame vaseux entre les gilets jaunes et les manifestants du 6 février 1934. Outre que les motivations, les contextes et les déroulements des deux manifestations n’ont strictement aucun rapport, ce rapprochement absurde révèle une incapacité du ministre à appréhender les faits actuels sans œillères idéologiques passéistes. Pour un gouvernant en charge de l’un des principaux ministères régaliens, c’est très inquiétant.
Précédemment, le Premier ministre lui-même s’était risqué au jeu dangereux du mélange des genres, entre commerce, politique, mémoire et Histoire. En voyage au Vietnam pour vendre des TGV, il a tenté de s’accrocher au train de l’histoire officielle du totalitarisme communiste. Mal lui en prit. Ses petits conseillers ministériels ont sans doute oublié de le prévenir, avant qu’il ne fasse l’éloge d’Ho Chi Minh, que les communistes vietnamiens n’avaient strictement rien à faire de "l’histoire apaisée" qu’il appelle naïvement de ses vœux.


Les apparatchiks millionnaires actuellement au pouvoir au Vietnam sont les héritiers en ligne directe des tortionnaires du peuple vietnamien qui ont dévasté le pays sous la houlette sanglante de Nguyen Sing Cung, alias Nguyen Tat Thanh, dit Nguyen Ai Quoc (le patriote), dit encore Ho Chi Minh (littéralement "celui qui éclaire", un peu comme Lucifer porte la lumière). Depuis les années 1990, la politique d’ouverture (Doi Moi) a surtout consisté à ouvrir les comptes en banque de la Nomenklatura à la manne des privatisations réalisées à leur seul bénéfice, pendant que les salaires moyens des ouvriers restent (encore aujourd’hui) en dessous de 100 € par mois, souvent plus près de 30 ou 50 €.
Les pratiques policières qui ont présidé aux camps de rééducation et à la fuite éperdue des boat people ont peu évolué. Avant qu’Édouard Philippe ne vienne témoigner son admiration pour l’ "austérité sereine" (sic) d’un grand criminel contre l’Humanité, la police vietnamienne elle-même incendiait les bois qui entourent le monastère de Thien An, près de Hué, afin de déloger les malheureux bénédictins qui refusent obstinément d’abandonner leur couvent.
Le droit de propriété au Vietnam est complexe. Pour présenter les choses succinctement, l’État est, au minimum, une sorte de nu-propriétaire. L’occupant d’un terrain en a seulement la jouissance. En apportant des preuves de jouissance d’un terrain, telles que le fait d’y avoir planté des arbres, on peut se faire reconnaitre officiellement le droit de l’occuper. La police de Hué attend donc patiemment d’avoir planté des arbres sur le terrain des bénédictins, préalablement incendié par ses soins, pour s’en faire attribuer la jouissance. L’objectif final est la création, par les pouvoirs publics, d’un grand parc d’attraction à la place du monastère. Victoire attendue du mercantile sur le spirituel. Lequel spirituel, en l’occurrence, est un héritage magnifique des missionnaires français au Vietnam. On pourrait multiplier ainsi les exemples d’une tyrannie qui fait table rase du passé et persécute toujours le peuple vietnamien jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne. Ce n’est pas un article qui conviendrait, mais un ouvrage en plusieurs tomes.

En fait d’Histoire apaisée, notre Premier ministre a dû lui-même essuyer un camouflet dont la presse a peu rendu compte. Après avoir léché les Tongs du défunt dictateur, il s’est rendu à Dien Bien Phu pour s’incliner devant le souvenir des combattants des deux bords. La démarche eut été louable à condition de réciprocité. Hélas, ses chers nouveaux amis millionnaires marxistes-léninistes ont tout simplement refusé de l’accompagner au mémorial des soldats de l’Union française tombés dans la bataille.
On voit bien que les vertus chrétiennes de compassion, de pardon des offenses, comme les vertus confucéennes d’harmonie et de respect des défunts sont à des années-lumière des préoccupations de l’actuelle Nomenklatura communiste qui met le Vietnam en coupe réglée. Pour ne rien dire de la moderne repentance si chère à nos propres édiles...

De la lutte des classes, les communistes ont gardé la haine irrémissible comme principale motivation. Du capitalisme sauvage, ils n’ont même pas eu à assimiler le mépris total de l’humain, il était déjà constitutif de leur système de "valeurs".
Le grand dissident Duyen Anh écrivait cette phrase plus que jamais d’actualité au Vietnam : "communisme et capitalisme sont comme les lèvres et les dents, quand les unes s’ouvrent, c’est pour que les autres mordent." Notre Premier ministre ferait bien de méditer cela plutôt que d’essayer de calquer ses bons sentiments européo-centrés sur un Extrême-Orient qui y sera toujours réfractaire. La haine viscérale vouée à l’ancien colonisateur – bouc-émissaire officiel de tous leurs maux – amplifiée par l’échec atroce de soixante-quatre ans de régime marxiste (au Nord, quarante-trois au Sud), interdit aux communistes vietnamiens la moindre concession à notre égard, sauf s’ils y trouvent un intérêt plus fort que cette haine. C’est pour eux une question de "face", une des très rares choses qu’ils aient conservées du Vietnam ancien. Si l’on se prête à leur jeu, après nous avoir fait mettre un genou à terre devant leur icône maléfique ils essayeront toujours de nous écraser la gueule dans la boue de Dien Bien Phu.

Envoyé par l'auteur, 26 novembre 2018

RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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