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Remous écologiques

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Remous écologiques

Le réchauffement climatique a accaparé l’actualité de ces dernières semaines. Démission brutale de Nicolas Hulot, rapport alarmiste du GIEC, agitation des "gilets jaunes", déclaration solennelle d’Emmanuel Macron, nouveau plan national de "transition énergétique" … ces évènements ont été à la fois précipités et confus. Je propose ici de clarifier leur enchainement et d’éclairer leur signification.
 
Le réchauffement de notre planète est une réalité prouvée scientifiquement. Aucune autorité qualifiée ne la nie. Perplexes, les experts ont voulu savoir sa cause. La majorité d’entre eux croient la trouver dans l’activité humaine sous deux de ses aspects : l’utilisation intensive des combustibles fossiles –charbon, pétrole et, dans une moindre mesure le gaz- d’une part ; la déforestation d’autre part, notamment celle des deux "poumons verts" de la planète, l’Amazonie et le bassin du Congo. La première libère une quantité énorme de gaz à effet de serre (dioxide de carbone et méthane principalement). Les plantes sont d’autant moins capables de l’absorber que la seconde réduit le nombre d’arbres. Les gaz à effet de serre restent dans l’atmosphère et y retiennent la chaleur des rayons du soleil.
Tel est le diagnostic généralement accepté par les spécialistes. Il faut bien voir qu’il ne se fonde sur aucune certitude. Comme dans une investigation policière, les enquêteurs ont réuni un important faisceau de présomptions sur l’identité du coupable, mais aucune preuve irréfutable. C’est pourquoi certains scientifiques, qu’on appelle climato sceptiques, rejettent l’accusation portée contre l’activité humaine. Ils affirment qu’elle n’est pas la cause principale du réchauffement.
 
En l’état actuel des choses, l’élévation globale de la température est un peu supérieure à 1°C par rapport à ce qu’elle était avant l’ère industrielle, c'est-à-dire avant que le charbon puis le pétrole soient utilisés massivement. Que se passerait-il si cette hausse se poursuivait dans les décennies à venir ? Pour y voir plus clair, la communauté des Etats a demandé à un groupe international d’experts, le GIEC, quelles conséquences auraient pour la planète en général et pour l’humanité en particulier une augmentation de 1,5°C au-delà de ce qu’elle était au début de l’ère industrielle, et une autre, pire, allant jusqu’à 2°C.
Le GIEC a rendu son rapport en octobre. L’exercice auquel il s’est livré est très risqué. J’en parle en connaissance de cause. Ayant été prévisionniste moi aussi, je sais les démentis cinglants que les évènements s’amusent à opposer aux spéculations de l’esprit. Faire des prévisions à échéance de dix ou trente ans est une gageure surtout quand le champ à examiner inclut des domaines aussi divers que les phénomènes météorologiques –sécheresses, inondations, fonte des glaces-, la biodiversité, la qualité de vie, les migrations et même les risques de guerres. Dans un souci de prudence scientifique, le GIEC s’est entouré de conditionnels. Il n’attache aucune certitude à aucune de ses prévisions. Il se contente de leur attribuer trois niveaux de probabilités : faible, moyen et fort.
 
En définitive, ce qui est dit de notre avenir dans la prochaine décennie et les suivantes, n’est rien d’autre qu’un édifice de probabilités hissées les unes sur les autres. Elles sont scientifiquement fragiles. Elles sont d’autant moins fiables sur un plan pratique qu’elles concernent la Terre entière et non pas un pays donné. Les variations seront grandes d’une zone géographique à une autre.
Le rapport du GIEC est difficilement compréhensible par les non-spécialistes. Son entrelacement d’hypothèses croisées et de déductions aléatoires déconcerte une opinion publique qui s’inquiète du réchauffement climatique et qui a besoin de causes certaines et de décisions claires. Elle se tourne vers ceux qu’elle croit être des intermédiaires qualifiés : les porte-paroles de l’écologie politique. Chez nous, le plus écouté d’entre eux s’appelle Nicolas Hulot. Quelle leçon pratique tire-t-il du rapport ? Il l’a expliqué dans une émission télévisée de presque deux heures, il y a quinze jours. Selon lui, il faut en conclure que les énergies fossiles "sont les pires ennemies de l’humanité". "Le temps est court" affirme-t-il, avant que vienne "l’irréparable". Il annonce même un point de non-retour "dans deux ans et demi". Si nous ne réagissons pas, "la fin du monde" ou, tout au moins "la fin de l’humanité" sont inéluctables. Elles seront précédées par "la fin de la démocratie", des "migrations gigantesques" et des "guerres sanglantes". Hulot n’a aucune culture scientifique sérieuse. Cela ne l’empêche pas de transformer les prudentes estimations des experts en certitudes apocalyptiques. C’est ce que devient la science quand elle est récupérée par l’idéologie.
 
Emmanuel Macron avait cru habile de nommer ce prophète de la fin du monde au ministère de la "transition écologique". Le visionnaire de l’écologie salvatrice s’est brusquement trouvé au contact des réalités de notre société. Le choc a été rude.  Surpris et déçu par les résistances qu’il a rencontrées, Hulot a interprété ses échecs selon sa manière de considérer notre époque. "Les lobbys", proclame-t-il, lui ont barré la voie ; "l’urgence écologique" exigeait une "union sacrée" mais le gouvernement n’a pas osé la révolution qui s’imposait ; il a choisi une méthode stérile de "petits pas". Constatant qu’il dirigeait un "ministère de l’impossible", Hulot a démissionné avec fracas. Le gouvernement des hommes s’accommode mal des illuminations du prophète. 
 
Nos dirigeants politiques se sont retrouvés obligés de fixer un cap sans pouvoir se réclamer d’une nécessité prouvée par la science ni se cacher derrière le voile d’une idéologie. Ils ont dû se résigner à faire tout simplement leur métier : gérer les réalités. Le Président de la République en personne s’y est essayé mardi dernier.
Vue sans passion, sa tâche était assez facile. La France participe, selon certains calculs, pour moins de 1% à la production mondiale de gaz à effet de serre. Elle est loin derrière les grands pollueurs que sont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde. Elle est loin aussi derrière l’Allemagne. Notre politique de production d’électricité par l’énergie nucléaire –par définition indemne de toute émission de dioxyde de carbone- est citée avec éloge par le GIEC. Et puis la forêt, loin de reculer sur notre territoire, ne cesse de progresser. Nous n’avons pas à nous précipiter vers des décisions urgentes, ni en matière d’énergie éolienne, ni en ce qui concerne la voiture électrique ni en aucune matière délicate. Les nouveaux modes de "dé carbonisation" de l’air sont loin d’être au point techniquement et financièrement. Ils nécessitent encore de grands efforts de recherche. L’Etat doit encourager ces efforts mais n’a pas besoin de brusquer leur aboutissement.
 
Ce n’est pas cette voie de sagesse et de prudence que vient de prendre Emmanuel Macron. Tiraillé entre les sollicitations contradictoires des écologistes, des industriels, de la Commission européenne et d’autres encore, il a été incapable de se hisser jusqu’à l’essentiel et fixer une ligne claire et cohérente.  Nous sommes, plus qu’avant, encombrés de programmes inutiles, irréalistes, contradictoires et, au total, excessivement coûteux. Je ne les détaillerai pas ici. Mais, comme chacun le sait, ils ont conduit le gouvernement à nous imposer une "taxe carbone" fort peu nécessaire. La révolte des "gilets jaunes" en est sortie. Par un retournement inattendu mais compréhensible, la "transition écologique" par laquelle nos dirigeants pensaient se rendre populaires, est devenue synonyme de contraintes insupportables et de taxes injustes.
Le réchauffement climatique pose un curieux problème à notre bien commun. La science refuse de nous fournir une vérité solide qui servirait de base à un projet national. Les guides auxquels l’opinion est prête à faire confiance, se révèlent n’être que des songe-creux. Nos responsables politiques s’agitent entre dépenses incohérentes et impôts aveugles. Il est triste d’observer la dilapidation de nos forces.  Mais peut-il en aller autrement quand les élites flottent dans l’incertitude de la pensée et de l’action ?
Envoyé par l'auteur, 30 novembre 2018
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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