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Macron à l’épreuve des gilets jaunes
 
Les "gilets jaunes" ne sont plus, semble-t-il, le mystère qu’ils étaient lorsqu’ils ont fait irruption sur les ronds-points routiers, les accès aux grandes surfaces et l’avenue des Champs Elysées. Journalistes, sociologues et parlementaires les ont maintenant rencontrés, étudiés et décrits. Ramenée à l’essentiel, leur conclusion commune revient à expliquer que cette éruption jaillie des profondeurs du pays exprime une double demande : les petits de notre peuple veulent, d’abord, ne plus être étranglés par des taxes trop lourdes, notamment celles qui pèsent sur l’essence ; ensuite, ils aspirent à se faire mieux entendre du gouvernement. Rien de révolutionnaire ni même de dangereux. Que nos dirigeants se montrent moins autoritaires et impatients. Qu’ils accordent aux travailleurs et aux retraités modestes les primes et les allègements d’impôts les plus appropriés. Ces mesures simples, accompagnées d’une concertation décentralisée avec les citoyens de base, devraient suffire à ramener le calme. Dans trois mois, la réforme de notre société, telle que Macron l’envisage, et qu’il a suspendue depuis novembre, pourra reprendre son cours.
Je ne crois pas que cette interprétation rassurante soit la bonne. Les manifestations des "gilets jaunes" prouvent, à mon avis, que le peuple français est déchiré par des fractures profondes. Les réduire exigera beaucoup plus que les concessions consenties par notre classe dirigeante.
 
Pour comprendre ce que signifie cette explosion inattendue de colère populaire, il faut aller plus loin que les observations immédiates et les commentaires hâtifs dont nous avons été abreuvés. Il est indispensable de nous référer au bien commun, principe fondamental que tout gouvernement doit respecter sous peine de tomber dans le discrédit et la haine.
Un gouvernement soucieux du bien commun, est tenu de rendre accessible à tous ce dont chacun a besoin pour mener une vie digne : éducation d’abord, puis travail avec une rémunération suffisante pour obtenir un logement, payer sa nourriture et fonder une famille. Le pouvoir politique a l’obligation de veiller à ce qu’aucune catégorie sociale ne soit sacrifiée au bien-être d’une autre et, pour commencer, les plus pauvres à l’enrichissement des plus riches.
 
Il suffit de comparer cette définition du bien commun à l’action du Président Macron, pour comprendre qu’elles divergent. Statistiques après statistiques montrent que l’écart entre nos riches et nos pauvres ne cesse de s’élargir sous le regard indifférent du gouvernement. Le Chef de l’Etat l’a même accru en transformant des impôts dont seuls les "premiers de cordée" devaient s’acquitter en taxes exigées de tous les contribuables. Un gouffre grandissant sépare les bons établissements d’enseignement où se réfugient les familles favorisées du niveau dégradé des autres. S’agissant du travail, la "France d’en haut",  assurée de situations bien rémunérées et stables, s’éloigne de plus en plus de la "France d’en bas" confinée dans les emplois précaires et les salaires insuffisants. La détérioration de l’habitat populaire transparaît dans tous les indices chiffrés. Les associations caritatives s’alarment de l’augmentation continue des queues aux guichets d’aide alimentaire. Le bas de l’échelle sociale se gonfle de familles éclatées, recomposées et monoparentales.
 
 Voilà la triste réalité d’une société qui n’a plus le bien commun pour but. Le mouvement des "gilets jaunes" n’est rien d’autre qu’un cri de protestation poussé par les victimes d’un ordre politique devenu injuste. Cette interprétation de leurs motivations est confirmée par un fait simple : c’est uniquement le Chef de l’Etat, responsable suprême du bien commun de la nation, qui a été interpellé par les manifestants. Comment expliquer autrement que leur seul chant ait été la Marseillaise, leur seul cri "Macron démission", leurs seules demandes des mesures de nature politique ? Pourquoi se sont-ils affranchis de tous les corps intermédiaires –partis, syndicats, associations de toute nature-  sinon parce qu’ils sentaient que leurs revendications dépassaient de loin un enjeu catégoriel ? Les grands patrons ont été tout surpris de constater que leur organisation -le Medef- était épargnée par la vague qui déferlait sur les boulevards parisiens. Ils s’en réjouissent sans bien comprendre pourquoi ils n’ont pas été une cible, eux qui représentent par excellence la "France d’en haut". Mais la "France d’en bas", elle, sait bien qu’ils n’ont jamais eu la charge du bien commun et qu’ils ne l’auront jamais.
 
Hélas, l’hôte du palais de l’Elysée ne semble pas saisir ce qui est attendu de lui. Son message de vœux montre qu’il s’entête à poursuivre un autre but, celui qui consiste, selon ses propres termes, à adapter la France aux exigences du libéralisme contemporain dont l’Union européenne est le modèle achevé, avec ses quatre libertés fondamentales : liberté de circulation des capitaux, des hommes, des produits et des services. Il ne voit pas que ce libéralisme-là a des conséquences politiques et sociales qui sont contraires à notre bien commun. L’expérience des quarante dernières années l’a montré. Il est étrange que le Chef de l’Etat ne l’ait pas médité. Mais, après tout, notre classe dirigeante n’est pas plus clairvoyante que son représentant suprême.
 
Si mon analyse est la bonne, la déchirure entre France d’en haut et France d’en bas n’est pas près d’être réparée. La "concertation" que Macron va organiser ce mois-ci aboutira au mieux à une trêve entre les deux parties. Notre classe dirigeante aura l’illusion d’avoir gagné. En réalité, elle aura obtenu un sursis avant une nouvelle explosion, probablement plus étendue et plus violente. Tant que le bien commun ne sera pas remis au cœur de la politique nationale, notre avenir restera sombre et menaçant.
 
PS : je prends la liberté d’indiquer que les idées présentées ici sont développées dans un livre que j’ai publié il y a neuf mois : Identitarisme contre bien commun chez FYP éditions. Une personnalité éminente a bien voulu écrire que ce livre était la clef des évènements récents. Il annonce et explique le phénomène des "gilets jaunes".

Envoyé par l'auteur, 3 janvier 2019
PINTON Michel

Né le 23 décembre 1937
 
 
 
 
 

Ecole Polytechnique
École nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE)  

Fonctions diverses de direction d’entreprises
Maire de Felletin (Creuse) (1995 - 2008)
 
Fondateur, Délégué général puis Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie Française (UDF)
Député au parlement européen
 
A titre bénévole,
Fondateur, Vice-président puis Président de France-initiative (réseau d’aide à la création d’entreprises)
   
      
 

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