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Monsieur le maire, si proche des gens, si loin de la technostructure parisienne
 
C'est le dernier sauveur suprême. Celui qu'on aurait dû écouter, celui qui nous aurait évité ça, celui qui va nous arranger ça : le maire. Le petit maire ou le grand maire : le maire qui parle, le maire qui écoute, le maire qui alerte, le maire qui comprend, le maire au plus près de ses administrés, le maire au plus près du terrain. La classe politique et les médias, tout le monde ne jure que par lui. Même le président de la République, qui les avait jusqu'alors dédaignés, a fait son mea culpa. On peut comprendre un tel enthousiasme : le maire est le dernier corps intermédiaire qui reste populaire. Le dernier qui peut se prévaloir de résultats concrets. Le dernier qui conserve un contact avec ceux que la technostructure parisienne méprise et a évacué de ses tableaux Excel.
 
Mais l'enthousiasme risque de vite retomber. Les "gilets jaunes" ne se sont pas révoltés parce que le président de la République avait méprisé les corps intermédiaires - mais c'est parce que les corps intermédiaires (partis, syndicats et élus locaux) ne représentaient plus grand-chose qu'il les a méprisés. La révolte des "gilets jaunes" vient de loin, de choix politiques, nationaux et européens, qui se situent au-delà des maires : virage libéral et européen de 1983, monnaie unique, libre-échange mondialisé, désindustrialisation, immigration. Les maires subissent ces choix stratégiques comme le reste de la population.
 
Ils tentent d'en réparer les effets les plus néfastes en jouant les assistantes sociales de luxe. Ils s'efforcent de maintenir à bout de bras les commerces de centres-villes laminés par les grandes surfaces qu'on a laissées s'implanter partout. Ils embauchent dans les mairies les jeunes que les usines, délocalisées en Chine, n'embauchent plus. Ils arment une police municipale contre des trafiquants de drogue qui ne la craignent pas. Certains d'entre eux croient habile de construire des mosquées pour obtenir les voix musulmanes ; certains même financent des voyous qui leur servent de rabatteurs. Ce sont les élus locaux qui ont construit à tour de bras les fameux ronds-points qui servent désormais de lieu de rendez-vous des "gilets jaunes" ; à la télévision, les porte-voix de la décentralisation vantent ces "investissements publics qui soutiennent la croissance" qu'en d'autres temps on aurait appelés gaspillages. Et ces départements se ruinent pour accueillir "les mineurs isolés" venus de toute l'Afrique, qui ne sont en vérité ni mineurs ni isolés.
 
Les sauveurs sont désespérés : la plupart n'ont pas les moyens ni en hommes ni en argent de remplir les compétences que les lois faussement généreuses de la décentralisation leur ont accordées. Ils se sont fait absorber les compétences qu'ils possédaient par les communautés de communes ou les Régions, toutes ces structures superfétatoires qui ont embauché à tour de bras sans que personne ne réduise ailleurs les effectifs publics. Macron n'avait pas tort de vouloir juguler cette hémorragie. Il jure sans doute désormais qu'on ne l'y reprendra plus.
Paru dans Le Figaro, 18 janvier 2019
ZEMMOUR Eric

Né le 31 août 1958
Marié – 3 enfants


Journaliste politique, écrivain


Institut d'études politiques (Paris)

Membre du jury au concours d'entrée à l'ENA (2006)
Valeurs actuelles – Chroniques (depuis 1999)
Marianne – Chroniques  (depuis 1996)
Le Figaro – service chroniqueurs (depuis 1996)
Info-Matin – éditorialiste (1995)
Quotidien de Paris - service politique (1986-1994)

Ouvrages
Balladur, immobile à grands pas (1995) - Le Livre noir de la droite (1998) - Le Coup d'Etat des juges (1998) - Le Dandy rouge (1999) - Les Rats de garde (co-écrit avec P. Poivre d'Arvor) (2000) - L'Homme qui ne s'aimait pas (2002) - L'Autre (2004) - Le Premier sexe (2006) - Petit Frère (2008) - Mélancolie française (2010) - Le Bûcher des vaniteux (2012) - Le Suicide français (2014) -


Sur la scène audio-visuelle:
Sur RTL
– Z comme Zemmour (depuis 2010)
Sur la chaîne câblée
Histoire – Le grand débat
Sur RFO (Tempo) – L'Hebdo
Sur France 2 – On n'est pas couché (2006)
Sur i>Télé – çà se dispute (depuis 2003)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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