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Projet de référendum de Macron, trois raisons d'être prudent
 
Un référendum ? "Je n'exclus rien", nous répondait jeudi Emmanuel Macron à propos de la rumeur circulant depuis une dizaine de jours d'une consultation organisée le 26 mai, jour des élections européennes. Qu'une telle hypothèse soit risquée n'est pas fait pour arrêter le président qui se vante, dans cette séquence, de "faire quelque chose d'inédit". Mais il est des expérimentations qui peuvent se révéler "hasardeuses", comme Lionel Jospin l'avait dit de la dissolution de 1997 qui l'avait involontairement conduit au pouvoir. Or, un référendum le 26 mai comporte trois risques.
Le premier serait d'occulter la campagne européenne proprement dite. Si une question politique était sur la table, qui imagine que l'on parle d'enjeux européens? Le débat serait purement national. De la part d'un autre pouvoir, on saluerait l'habileté tactique consistant à mobiliser sur autre chose que sur un scrutin qui n'a jamais passionné les électeurs. Mais de la part d'Emmanuel Macron, ce serait trahir son propre ADN. La colonne vertébrale de la pensée macronienne, c'est justement de défendre le primat de l'horizon européen ; c'est imposer comme sujet central une question considérée marginale. Au moment où il s'apprête à prendre une initiative forte, il torpillerait lui-même son grand dessein.
 
Le deuxième risque porte sur les thèmes soumis à l'arbitrage des Français. Le chef de l'État a déjà prévenu : pas question de s'en remettre au référendum pour décider de la politique économique, sociale ou fiscale. Dès lors, il ne resterait que les questions institutionnelles comme la réduction du nombre des parlementaires, l'instauration de la proportionnelle ou la modification des règles du cumul. Compte tenu des questions soulevées par la crise des "gilets jaunes", se contenter de demander au peuple de régler quelques curseurs relatifs à l'organisation de la vie politique, semblerait bien léger au regard de cette longue séquence qui a secoué le pays. Et si les questions posées ne sont que la reprise de ce que Macron avait déjà dans les cartons, il serait accusé de se servir de la crise des "gilets jaunes" comme d'un simple prétexte pour faire adopter des mesures que le Parlement aurait retoquées.
 
Enfin, le troisième risque est de confondre sondage et scrutin. Ce n'est pas parce que la réduction du nombre d'élus ou la proportionnelle sont plébiscitées dans les sondages que cela se traduira par une proportion équivalente de "oui" dans les urnes. Dans une campagne, toutes les évidences sont réversibles et la menace d'un vote sanction ad hominem toujours réelle. Avec le grand débat, Emmanuel Macron a repris la main. Mais il est encore loin d'avoir retrouvé la confiance d'une majorité de Français. La distance reste encore grande pour que la réponse à celui qui pose la question l'emporte sur la réponse à la question posée. Si un référendum est en soi une bonne idée, il est possible que le 26 mai - moins de quatre mois - soit trop proche pour éviter un vote passionnel. Pour Macron, où est la frontière entre l'audace et l'excès de confiance ? En 1997, Jacques Chirac aussi était convaincu de réussir son coup.

Paru dans Le Figaro, 4 février 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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