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Bellamy, illusion ou espérance ?

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Bellamy, illusion ou espérance ?
 
À la veille des élections européennes de 2019, la politique française poursuit sa descente aux enfers et se présente, plus que jamais, comme un champ de ruines. La gauche socialiste et communiste est en mille morceaux. Deux partis semblent surnager en cette période chaotique : LREM et RN (ex FN). Pourtant, au-delà de l’illusion engendrée par la surexposition médiatique de leur duel pour la première place, l’un comme l’autre sont englués dans la médiocrité. Les sondages les donnent à 21 ou 22 % des suffrages, ce qui, avec un taux d’abstention record de 60 %, les situerait aux alentours de 8 % du corps électoral : un niveau dérisoire, ne dénotant aucun signe d’adhésion, pour la majorité présidentielle comme pour l’opposition lepéniste qui piétine en vain depuis 40 ans.
 
Le pouvoir politique est plongé dans une crise sans précédent. L’Assemblée nationale, censée incarner la souveraineté, se réduit à n’être plus qu’une annexe transparente de l’Elysée, privée d’autorité et de reconnaissance dans l’opinion. Le gouvernement est annihilé, en l’absence de personnalités capables d’incarner et d’animer une politique. Dans le régime issu d’une Ve République dévoyée, la vie politique et gouvernementale se confond tout entière avec l’image personnelle du président de la République, magnifiée par son rayonnement médiatique permanent, mais dès lors, réceptacle naturel des souffrances et des angoisses du pays. Sa chute inévitable et spectaculaire dans l’impopularité, dans le contexte d’une accumulation des échecs et des difficultés (chômage, dette, déclin économique, pression fiscale, insécurité, etc.) ne fait qu’amplifier le malaise national.
 
La crise de confiance entre le pays et sa classe dirigeante atteint des sommets dont la crise des gilets jaunes ne fut qu’un symptôme. 81 % des Français ont une vision négative de la politique, 70 % pensent que la démocratie ne fonctionne pas bien, 72 % estiment que les politiques sont corrompus, 87 % sont persuadés que leur avis n’est jamais pris en compte (CEVIPOF 2019). Bref, dans la conscience collective, la politique se présente comme un spectacle déconnecté du monde réel, un jeu d’acteurs obsédés par leur destin personnel au détriment de l’intérêt général. La promesse d’un "nouveau monde" issue du séisme politique de mai-juin 2017, a laissé place à une immense et douloureuse déception.
 
"L’effet Bellamy" naît ainsi d’une situation chaotique. La toute relative bonne tenue dans les sondages de la liste LR qu’il mène est la surprise de cette campagne électorale. Ce nouveau venu dans la vie politique française apporte une sensation de fraîcheur, une image de la vie politique qui est aux antipodes de ce que les Français reprochent depuis si longtemps à leur classe dirigeante. Il donne toute l’apparence de l’honnêteté, de la conviction, de la quête d’élévation dans la réflexion, mais aussi de la courtoisie. Il offre l’image d’un homme qui n’est pas obnubilé par sa carrière politique ni par la conquête de l’Elysée, mais s’engage dans un objectif de bien commun. Bellamy se présente, aux yeux de nombreux Français comme un personnage intelligent et modeste, désintéressé, une sorte "d’anti-narcisse". Il est ressenti comme donnant la priorité aux idées sur l’ego. Et en cela, le modèle qu’il offre est novateur.
Bien entendu, on est très loin d’une percée spectaculaire dans l’opinion qui ferait aujourd’hui de lui un prétendant au leadership de l’opposition. Mais tel n’est pas l’essentiel.
 
Le message Bellamy montre la voie : travail de fond, débat d’idées et projet avant les guerres d’ego, intérêt de la France avant les obsessions narcissiques, en finir avec la névrose élyséenne (le choix de la candidature aux présidentielles doit se faire au dernier moment et en fonction des circonstances). Il repense le rôle d’un leader politique qui est d’animer une réflexion et un projet collectif plutôt que de s’enivrer de lui-même. Son exemple sera-t-il suivi ? En tout cas, un score relativement correct aux Européennes de la liste LR, grâce à lui, introduisant une troisième force dans le paysage politique français, offrirait le début d’une porte de sortie au désastreux duel annoncé et largement pré-conditionné par les médias, le Pen-Macron dont ne peut sortir qu’une tragédie pour le pays, quelle qu’en soit l’issue.

Paru sur Figaro vox, 13 mai 2019
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

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