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Macron : plutôt non à Le Pen ...

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L’engagement de Macron, obtenir un "non à Le Pen" plus qu’un "oui à l’Europe"
 
CONTRE-POINT - Emmanuel Macron espère réveiller son propre électorat en agitant l’épouvantail de l'extrême droite et admet ainsi l’incapacité à mobiliser sur sa vision européenne.
 
Dramatisation de l’enjeu, simplification du message, personnalisation de la campagne. C’est le triptyque d’Emmanuel Macron pour arracher une victoire aux élections européennes. L’entretien qu’il accorde à la presse quotidienne régionale en est une nouvelle illustration. Alors que les sondages les plus récents placent la liste RN de Jordan Bardella sensiblement devant celle de son parti, LREM, conduite par Nathalie Loiseau, le chef de l’État prend un risque : celui de surdimensionner l’impact d’une éventuelle seconde place. Mais a-t-il d’autre choix que de prendre ce risque ?
Même si le chef de l’État ne s’était pas impliqué à ce point dans la campagne, le résultat de la liste Loiseau aurait été lu comme un baromètre de sa popularité. Comprenant qu’il n’échapperait pas à la dimension de référendum sur sa présidence, l’occupant de l’Élysée a préféré assumer jusqu’au bout cette logique. En tentant de transformer cette contrainte en outil de mobilisation. Dans un scrutin marqué par une forte abstention, la seule stratégie utile pour une force politique est en effet de parvenir à faire se déplacer ses sympathisants hésitants. Et, avec un dispositif de la majorité de faible envergure, seul Macron peut réveiller les macronistes.

Cet engagement personnel a un triple prix. Pour la fonction présidentielle d’abord. En ciblant directement un parti politique, le RN, Emmanuel Macron met à mal sa vocation à incarner l’unité nationale. Chef de l’État et chef de campagne appartiennent à deux registres différents. Même si, foin d’hypocrisie, tous ses prédécesseurs sont descendus d’une manière ou d’une autre dans l’arène électorale durant leur mandat. Le second prix est payé par le débat européen. Car la mise en scène du match entre les listes LREM et RN ramène cette campagne à un simple défi arithmétique. D’ici au 26 mai, il y a fort à parier que la préoccupation politique et, par ricochet, l’écho médiatique ne tourneront qu’autour de cette seule question : qui décrochera la première place ? La confrontation des visions s’effacera derrière la comparaison des sondages. La bataille des courbes plutôt que le choc des idées.

Le président de la République pourra légitimement prétendre que, loin de vouloir échapper à la confrontation idéologique, il la provoque en pointant la menace que représente à ses yeux une percée des "populistes". Mais, et c’est le troisième prix de cette implication frontale contre le parti lepéniste, le choix de la dramatisation le conduit à jouer en contre plutôt qu’à attirer sur un projet positif. Le pari initial d’Emmanuel Macron était de convaincre les Français de la pertinence et du pouvoir attractif d’un idéal européen. En agitant l’épouvantail de l’extrême droite, il admet implicitement l’incapacité à mobiliser sur sa vision européenne. Il voulait que le débat, en France et dans toute l’Union, s’organise autour de ses propositions à lui ; c’est en mettant Marine Le Pen et ses alliés au centre du jeu, qu’il espère réveiller in fine son propre électorat.
Par son entretien à plusieurs quotidiens régionaux, le chef de l’État s’efforce, cette fois, de mieux valoriser les apports de la construction européenne. Mais, parce qu’il reste moins d’une semaine, le mouvement naturel de la campagne conduira plus certainement à la simplification du duel qu’à l’explication de l’action ou d’une vision. C’est en obtenant un "non à Le Pen" plus qu’un "oui à l’Europe" que Macron peut encore remporter la bataille du 26 mai.

Paru dans Le Figaro, 21 mai 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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