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Ce monde futile, ou comment s’en défaire
 
Stop ! La France ne peut se ridiculiser davantage.
À Grenoble, vendredi dernier, des militantes islamistes ont occupé la piscine municipale en burkini, pour imposer leur loi.
Dimanche, 300 clandestins ont investi le terminal 2 de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle pour dénoncer, à l’appel des "gilets noirs", les expulsions dont ils seraient la cible.
Dans le même temps, un clip du rappeur Nick Conrad a été diffusé sur les réseaux sociaux : l’"artiste" se flatte, entre autres saloperies, d’avoir "baisé la France jusqu’à l’agonie". Dans la scène finale, il étrangle une Blanche.
Bref, une même provocation fait parader des femmes voilées qui violent une interdiction, des immigrés en situation illégale, un exalté de la cause noire déjà condamné pour avoir chanté "Pendez les Blancs !". Dans le premier cas, le maire de Grenoble, Éric Piolle (EELV), a laissé faire. Les "sans-papiers", quant à eux, n’ont pas été interpellés. Et la plupart des mouvements antiracistes et féministes n’ont pas bronché contre le suprémaciste verbeux. Le ministre de l’Intérieur a toutefois saisi la justice. Tant de pleutreries rabaissent la France.
 
Ce ne sont là que des petits faits. Mais leur somme dit l’état lamentable dans lequel se retrouve le pays, abîmé par plus de 40 ans de gestionnaires incompétents et d’intellectuels et consorts en rupture avec le bon sens. En 2000, votre serviteur avait tenté de décrire, en dénonçant La Tyrannie de l’impudeur (Anne Carrière), cette nouvelle société individualiste construite sur la jactance, la suffisance, l’amour de soi, le besoin de s’exhiber. 20 ans plus tard, ces phénomènes se sont partout aggravés. Ils ont même atteint le chef de l’État. Jamais un président ne s’est autant mis en scène qu’Emmanuel Macron, dans un tourbillon de mots annonçant le déluge s’il perd, dimanche, les européennes.
Dans un autre registre, les médias ont unanimement promu le chanteur androgyne Bilal Hassani, choisi pour représenter la France à l’Eurovision, le week-end dernier à Tel-Aviv. Ce produit marketing, qui a fini 16e, se répand lui aussi pour dire combien il s’adore, exalté par son nombril. Il revendique d’être lui-même, dans ses différences et ses particularismes. Il est forcément "gé-nial".
 
Ces symptômes épars sont ceux d’une décadence. Elle fait regretter un passé ancré sur le réel, la raison, la réserve. Rien n’est plus urgent que de se défaire d’un système qui produit tant de confusions et de fausses idoles. "Les valeurs, en politique, ont fourni un cache-misère à l’abandon de l’art de gouverner", note Pierre Mari dans un livre de colère et de chagrin sur l’état du pays (En pays défait, de Pierre-Guillaume de Roux). De fait, même les principes les plus élevés, qui protégeaient la vie et les vulnérables, sont devenus des obstacles pour ceux qui ont perdu de vue l’homme fragile, au profit d’une quincaillerie humanitariste portée en sautoir. Lundi matin, Vincent Lambert, 42 ans, était condamné à mort par la justice et des experts, avant que la cour d’appel de Paris n’impose dans un sursaut, dans la soirée, la reprise de l’alimentation du tétraplégique en état de conscience minimal. Vincent serait "en fin de vie", assurent ceux qui voudraient lui appliquer un arrêt des soins. En réalité, cet accidenté de la route est un handicapé lourdement atteint. Ils sont 1700 dans cet état pauci-relationnel. Mériteraient-ils de dégager, comme autant de corps inutiles ?
 
Les motifs de révolte contre ce monde futile ne manquent pas, même si ces griefs ont été évacués de la campagne électorale, envahie par la platitude. Une société se juge à la manière dont elle traite ses vieux, ses grabataires, ses accidentés. Elle se juge aussi à l’attention qu’elle porte aux oubliés de la mondialisation. Dans les deux cas, Emmanuel Macron ne s’est pas montré à la hauteur des enjeux civilisationnels. Invité lundi par François-Xavier Bellamy (LR) à s’exprimer sur le cas de Vincent Lambert, le chef de l’État a préféré le rôle de Ponce Pilate, avant que la cour d’appel ne souligne le non-respect par l’État du "droit à la vie". Quant aux Français de la France périphérique, ils ne cessent de hurler au président qu’ils veulent prendre leur place dans une démocratie réformée. Comme le rappelle le géographe Christophe Guilluy, observateur acéré des mouvements populistes qui s’éveillent un peu partout : "La classe moyenne occidentale ne veut pas et ne va pas mourir. En cela, le mouvement des “gilets jaunes” est un mouvement existentiel." La futilité en politique touche à sa fin.

Paru dans Le Figaro, 24 mai 2019
RIOUFOL Ivan

Né le 12 septembre 1952
Marié – 2 enfants
 

Journaliste


Université de Nantes
Diplôme d"études approfondies (DEA) de droit maritime et aérien
 
Au Figaro:
            Grand chroniqueur et Membre du comité éditorial (depuis 2000)
            Rédacteur en chef - informations générales (1995-2000)
Rédacteur en chef adjoint (1992-1994)
Chef de service (1990-1992)
Responsable de la rubrique Confidentiel (1988-1990)
Grand reporter (1985-1987)
Correspondant du Quotidien de Paris (1976-1984)
                        Du Journal du Dimanche
                        De Forum international
Journaliste à Presse-Océan
 
Ouvrages
La Tyrannie de l'impudeur (2000) - La République des faux gentils (2004) - Chroniques d'une résistance (2005) - La fracture identitaire (2007) - Où va la France ? (2008) - Chronique d’une année de crise (2009) - La démocratie d’apparence (ouvrage collectif) (2009) - Allez-y sans nous (ouvrage collectif) (2009) - De l'urgence d'être réactionnaire (2012) - A la recherche du peuple perdu (2011) -  Touche pas à ma France (2014) - Poings sur les i (2015) - La Guerre civile qui vient (2016) - La nouvelle révolution française (2016) -

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