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Pour en finir avec notre Etat ...

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Pour en finir avec notre Etat profond… Très profond !
 
Le discrédit de la classe politique tient en grande partie à cette incapacité de réveiller cet "état profond" caractérisé par la résistance passive d'une administration qui a le pouvoir absolu de ne rien faire.
 
"Etat profond". C'est l'expression utilisée par le président de la République, lorsque celui-ci a assisté, impuissant, à 
la réponse d'un policier au téléphone à une femme battue, apeurée qui lui demandait de la raccompagner chez elle pour prendre quelques affaires et qu'elle avait peur... Le président était venu incognito écouter les appels du numéro spécial destiné à ces femmes : impossible de réagir. Au-delà de l'exaspération partagée par chacun d'entre nous, on est presque heureux qu'Emmanuel Macron ait vécu en direct cette opposition statique que nous constatons tous régulièrement dans nos vies professionnelles et personnelles.
Il y a une réalité insupportable de ces pesanteurs indifférentes qui bloque les réformes de la France.

Le concept d’Etat profond n'a pas été inventé dans cette circonstance, il est né en Turquie lorsque les réseaux s'opposaient à la démocratisation du pays, puis dans les États-Unis de Barak Obama et de 
Donal Trump qui se sont plaints à plusieurs reprises d'une forme de résistance de l'administration malgré le "spoil system" qui  permet à chaque élection présidentielle de remplacer les fonctionnaires au pouvoir.
On peut légitimement penser que le discrédit de la classe politique tient partiellement à cet "état profond" on aurait pu dire léthargique. Les mesures, les lois, les décrets d'application prennent un temps fou qui n'a rien à voir avec le temps réel devant les urgences de la vie et les besoins des citoyens ; mais il y a bien pire, c'est la résistance passive d'une administration profonde qui, de fait, a le pouvoir absolu de ne rien faire, de faire trainer, d'enterrer...
Les "strates" administratives ont la peau des plus dynamiques.
Face à cela, la réaction antinomique consiste à ajouter des commissions aux commissions, des règlements aux règlements, des formulaires aux formulaires, on simplifie par ajouts. Les "fonctionnaires profonds", appelons-les ainsi, se sentent légitimes, c'est le mode de fonctionnement qu'ils ont toujours connu, protégés par ces mille feuilles que personne n’a cherché à détruire : à ce stade, il s'agit bien de détruire et non plus de réformer, il faut repartir de zéro.
 
Responsables peut-être, coupables jamais
R
éaction d'un "préposé" aux forces de l'ordre qui ne réfléchissait pas
, son devoir ne se posait plus en terme de cas de conscience mais de règlement : était-il obligé de raccompagner une femme apeurée chez elle ? Non. Tout était dit. Alors certes, on a parlé de nécessaire formation mais la formation ne résout en rien un état d'esprit et les cas quotidiens et multiples d'une France engluée dans la non-responsabilité individuelle.
Tout est fait pour, qu'au pire, on soit responsable mais pas coupable et même que l'on ne soit pas responsable du tout. Les syndicats y veillent avec une ardeur acharnée.
L'interprétation et le sens du devoir, le sens de l'exécution, la rapidité d’action, le sentiment de participer à une avancée, à une réforme, n'existe pas.
Dans le monde de l'entreprise, les contrôleurs n'ont pas en face d'eux de contre- pouvoirs, ils exécutent ce que l'administration a traduit avec ses propres termes et son vocabulaire abscons des lois et décrets.
Le fameux droit à l'erreur était supposé remédier partiellement à cet état (profond) des choses, mais qui a bénéficié du fameux droit à l'erreur ? Qui a su comment s'y prendre ? Qui s'est attaqué à cette contestation imaginaire du législateur ? Qui a l'énergie de s'opposer à une force aveugle et dépersonnalisée, on constate un décalage entre ce qui est pensé par les textes législatifs et administratifs et l’action concrète qui est menée par les agents de l’État. Cela peut s’expliquer par une excessive formalisation des tâches qui peuvent nuire in fine à la rationalité de l’action et crée un dysfonctionnement des institutions bureaucratiques.
 
Le pouvoir politique entre les mains des acteurs de terrain
Ces difficultés aboutissent à des conséquences inverses que celles attendues. La théorie de la "rationalité limitée" de Siemens, sociologue américain, peut également expliquer ces différences sachant que nous avons un accès limité à l’information et notre réflexe n’est pas de choisir la solution la plus optimale mais la première solution qui vient à l’esprit. Dès lors, cette solution appliquée par les agents n’est pas celle envisagée par le gouvernement. Enfin, les agents administratifs sont dotés d’un pouvoir d’interprétation des textes malgré la présence de circulaires et de directives et d’un pouvoir de contrôle de l’information.
 
C’est ce qu’a constaté Alexis Spire lors de son enquête sur l’administration de l’immigration en France. Les agents de cette administration possèdent une grande autonomie décisionnelle par le flou de la directive qu’ils doivent appliquer. Ainsi, leur marge de manœuvre très importante et le fait qu’ils se sentent investis d’une mission de maintien de l’ordre les conduit à voir dans chaque étranger un fraudeur potentiel qu’il faut "trier" ou pas. Il n’est donc pas question de remettre en cause le travail de ces agents mais d’expliquer un comportement cristallisé dans une routine administrative. Cependant, ce tri varie dans le temps, dans les années 50 l’administration fut très sévère envers les demandeurs diplômés car ces derniers sont vus comme des concurrents potentiels. A l’inverse, dans les années 70, ce sont les moins diplômés qui sont sévèrement jugés car le chômage de masse touche la France.
Dès lors, la mise en œuvre n’a souvent pas grand-chose à voir avec les intentions de décideurs et l’approche bottum-up nous apprend que les acteurs majeurs mais méconnus de l’action publique sont les acteurs de terrain. Le vrai pouvoir politique c’est eux...

Envoyé par l'auteur, paru sur Challenges, 12 septembre 2019
MENTHON de Sophie


Chef d’entreprise
Présidente d'ETHIC  (depuis 1995)  (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance)
Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE)
 

   
Crée la "Fête des Entreprises", sur le thème : "J’aime ma boîte !"
     qui se renouvelle chaque année au mois d’octobre (depuis 2003).

A son initiative,
 1ère édition du congrès ETHIC FIRST au Palais des Nations Unies de Genève (2009)
     (512 participants issus de 23 pays,
     autour du thème : La Responsabilité Sociale des Entreprises en période de crise économique.
3ème édition du congrès ETHIC FIRST à Novancia (21 juin 2012)

S’est toujours investie dans la vie associative pour promouvoir l’entreprise privée.
A 21 ans, crée sa première entreprise de marketing téléphonique Multilignes Conseil (1969)
     Présidence jusqu’en 2004.
Lance le premier Syndicat du Marketing Téléphonique (SMT) (1979)
Rédige un code déontologique
     qui régit aujourd'hui la profession en France et dans plusieurs pays d’Europe.

Admise dans la réserve citoyenne avec le grade de Colonel
     Rattachée au corps des Officiers de la Gendarmerie Nationale (2007).

Nommée par le Président de la République au Conseil Economique, Social et Environnemental
     au titre de personnalité qualifiée (depuis 2010)
Membre de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) (depuis 2010)
Mission sur la Responsabilité Sociétale et Environnementale des entreprises (RSE)
     à la demande de Xavier Bertrand, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé
     qui a donné lieu à unguide pratique illustré à destination des PME (20 000 exemplaires)
A souhaité présenter
     20 mesures d’urgence à prendre par le nouveau Président de la République (2012).
 
Intervient dans l’émission
     "Les Grandes Gueules" sur RMC
     "Les Experts du 9h-10h" sur BFM.
 
Ouvrages
Dans la collection Le monde d'aujourd'hui expliqué aux enfants 
(Editions Gallimard Jeunesse, qu’elle fonde avec sa fille Alexia Delrieu et avec qui elle écrit en tandem)
Illustrations : Clotilde Perrin puis Alice Charbin puis Henri Fellner :
La Police(2006)
L'Argent(2006)
     Prix de la Presse des jeunes au Festival de Montreuil 2007.
La Politique(2006)
La Publicité(2006)
L'Europe(2007)
La Justice(2008)
L'Entreprise(2008)
Le Supermarché(2009)
La beauté(2010)
Dangers (2010)
L'Armée (2011)

Distinctions
Officier de l'Ordre de la Légion d'Honneur
Commandeur de l’Ordre National du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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