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La déroute des hommes de Davos
 
Ce premier papier de la nouvelle année annonce une bonne, une très bonne nouvelle : les hommes de Davos et autres Oints du Seigneur ont perdu toute crédibilité en ce qui concerne la gestion des économies. Voilà la thèse que je vais défendre dans ce papier.
Je n’ai pas l’habitude de tirer sur une ambulance, mais quand je vois l’un des plus éminents (?) d’entre eux, monsieur Minc, dire comme il l’a fait cette semaine que plus personne ne comprend plus rien à l’économie et que nous avons besoin d’un nouveau Keynes ou d’un nouveau Friedman, je dois dire que je ne peux pas cacher mon envie de rigoler un bon coup et ce d’autant plus que monsieur Attali, cet autre puissant génie, avait dit la même chose quelques mois avant. 
 
Je vais donc me livrer à une petite "explication de texte" pour que le lecteur puisse comprendre ce que monsieur Minc a voulu dire dans le langage codé qui est le sien, où l’on emploie des mots compliqués pour dissimuler une totale absence de compréhension. Je n’ai rien contre monsieur Minc, mais pour moi, il est emblématique de cette classe qui a toujours prétendu qu’elle devait influencer le pouvoir politique en raison de sa meilleure compréhension des phénomènes économiques. Et c’est cette croyance qui nous a mené là où nous sommes, au fond du trou. Et leur recommandation est bien sûr de continuer à creuser.
 
La première interrogation à laquelle il nous faut répondre st la suivante : pourquoi monsieur Minc nous parle-t-il de Keynes et de Milton Friedman, que tout oppose ?
La réponse est simple.
- Keynes, comme l’avait fort bien souligné Hayek en son temps, est celui qui a justifié intellectuellement l’intervention de l’Etat dans l’économie dont chacun constate aujourd’hui les succès foudroyants.
- Milton Friedman a été le chantre de la non intervention de l’Etat dans cette même économie.   
- Soit l’un, soit l’autre a raison car ils ne peuvent tous les deux être dans le vrai, sauf si un esprit puissant réussissait à faire une synthèse de deux thèses qui pour un esprit plus limité pourraient apparaitre comme contradictoires. Minc laisse entendre modestement que lui avait réussi la synthèse entre les deux, les ODS étant autorisés à intervenir massivement dans l’économie domestique et refusant (soi-disant) toute intervention dans le commerce international qui devait rester l’apanage des grands groupes internationaux, le but final étant bien entendu de toujours de laisser le terrain le plus libre possible au capitalisme de connivence que le même auteur décrivait il y a quelques temps comme la "mondialisation heureuse".
 
Dans ce papier, je vais traiter uniquement des croyances Keynésiennes de la "caste" à laquelle appartient notre illustre penseur, laissant une critique de la compréhension par cette caste de la pensée Friedmanienne pour un jour où je serai totalement en panne d’idées. 
La doxa keynésienne telle que développée par la classe dominante repose sur deux piliers.
Dans le premier cas, "on" explique que si l’économie ralentit c’est à cause d’un "excès d’épargne" créée par la classe détestable des "rentiers". Il faut donc procéder à ce que Keynes appelait "l’euthanasie du rentier" et pour cela maintenir des taux d’intérêts très bas (ce qui revient à spolier l’épargnant). 
Le premier pilier du Keynésianisme est donc que des taux d’intérêts bas favorisent la croissance, ce qui ne marche pas et n’a jamais marché tout simplement parce que c’est une imbécillité économique. 
Reprenons ces deux points, l’un après l’autre
Ça n’a jamais marché.




La ligne noire représente la croissance moyenne du PIB Américain par habitant sur les 7 années précédentes. Chacun peut voir les grandes périodes de hausse et de baisse de cette mesure. D’après les Keynésiens, les périodes de croissance auraient dû correspondre aux moments où les taux d’intérêts étaient bas et les périodes de moindre croissance aux autres. Il n’en est rien, en fait c’est exactement le contraire qui se passe et cela est vrai dans tous les pays du monde.  
En voici une preuve visuelle. Les périodes hachurées en rose sont celles ou les taux réels (ajustés pour l’inflation) sont en dessous de la moyenne de ces taux depuis 1950 et j’ai poussé ces périodes de deux ans sur la droite pour bien montrer que des taux bas précèdent toujours le désastre économique.

La conclusion est simple. Lorsque les taux sont anormalement bas pour une période supérieure à deux ans, la croissance ralentit toujours, pour finir par devenir nulle. Dans la réalité, tuer le rentier revient à tuer la croissance ce qui est exactement le contraire de ce que disait Keynes. Or cette réalité – des tatrop bas tuent la croissance- est parfaitement logique, bien que contre intuitive. 

Pourquoi est-ce logique ?
La réponse est toute simple. Si la rentabilité moyenne des placements dans l’économie est de 4 % et si le cout de l’argent est de 4 %, les seuls qui empruntent sont ceux qui gagnent plus de 4 % et qui ont une forte croissance dans leurs activités. L’épargne va donc aux entrepreneurs, qui empruntent pour se développer en faisant de nouveaux investissements et en embauchant de nouveaux salariés. Le stock de capital augmentant, la productivité du travail monte et le niveau de vie de la population (le PIB par habitant) suit. Tout le monde est gagnant.
Si le cout de l’argent est de 1 % (taux très bas), tous ceux qui ont des actifs pourront emprunter à 1 % pour acheter des actifs existants qui rapportent plus que 1 %. Or seuls peuvent emprunter pour acheter des actifs existants les "riches"c’est à dire ceux qui ont déjà des actifs. Pour eux, pour s’enrichir encore plus, il est beaucoup plus facile d’acheter des actifs existants et qui rapportent plus que le cout de l’emprunt plutôt que d’en créer de nouveaux, ce qui est toujours risqué…  L’épargne va aux riches et non aux entrepreneurs car bien sûr, les banques préfèrent prêter aux premiers qu’aux seconds…Et du coup le stock de capital n’augmentant pas, la productivité du travail baisse tandis que la dette augmente ainsi que le prix des actifs (l’un étant la cause de l’autre) et les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres…
Et donc, les clients de monsieur Minc, tels les fonds de LBO et les fonds vautour s’enrichissent aux détriments des salariés (qui sont virés pour cause de rationalisation et de "dégraissage"). Et les vrais entrepreneurs sont soumis à la concurrence déloyale des sociétés "zombie" qui devraient faire faillite mais ne le font pas puisqu’emprunter pour survivre ne coute rien. Les taux bas maintiennent en vie les dinosaures et du coup, empêchent l’émergence des mammifères. Les taux bas entravent la sélection naturelle, ce qui empêche la création destructrice de se produire. Et la croissance disparait.  
Ce qui m’amène à une loi économique qui ne connait pas d’exception : Une politique durable de taux bas favorise toujours les anciens riches (Goldman-Sachs, monsieur Minc, les activités de fusion et acquisition) au détriment des pauvres, des salariés et des petits entrepreneurs, qui ne trouvant pas à se financer ne peuvent embaucher ceux qui ont été virés par les pilleurs d’épaves et sont obligés de se vendre aux financiers.  
 
Venons-en au deuxième point central du Keynesianisme, la dépense étatique comme origine et stabilisateur de la croissance.
Voila la deuxième grande idée de monsieur Keynes : La croissance ne vient ni de l’invention (Schumpeter) ni de la bonne gestion (Ricardo), mais vient des actions de l’Etat (c’est-à-dire des ODS) veillant à ce que la demande "finale" ne baisse pas, ce qui revient à dire que la solution est de payer des gens à ne rien faire si l’économie ralentit. Keynes conseillait d’embaucher des gens qui feraient des trous le matin pour les reboucher pendant l’après-midi…Les tenants de cette thèse appellent cela "la gestion de la demande globale par l’Etat" et ils sévissent en France depuis la présidence Giscard. 
Inutile de dire qu’il s’agit là d’une idée à nouveau totalement stupide et qui n’a jamais marché et pour une raison très simple : comme le disait Milton Friedman : "il n’y a rien de plus durable qu’un programme temporaire lancé par le gouvernement". Si le poids de l’Etat dans l’économie augmente, cela veut dire inévitablement  la part du secteur privé y baisse. Admettons que le secteur public fonctionne la plupart du temps sans prix de marché, sous monopole et grâce à la contrainte (je n’ai pas le droit de ne pas m’inscrire à la Sécu…). 
 
Il s’agit donc là d’une économie communiste et comme le disait l’un de mes vieux professeurs à Toulouse : il n’y a que deux sortes d’économies possibles, celles qui fonctionnent selon la main invisible d’Adam Smith ou celles qui fonctionnent grâce au grand coup de pied dans le derrière de Joseph Staline. 
Liberté ou contrainte, il faut choisir. Et choisir le système de production communiste a rarement amené à une hausse du niveau de vie. Le nombre de gardiens dans les camps de rééducation par contre en général explose.
 
Grace à Dieu, il existe un pays où le choix à chaque élection a toujours été entre la main invisible et le coup de pied dans le derrière, ce qui nous permet de vérifier l’effet sur la croissance de chacun des deux systèmes dans le même pays, et ce pays c’est la Grande Bretagne. Un coup, les lecteurs choisissent Smith, un coup ils choisissent Staline.
Les travaillistes sont pour un accroissement des dépenses de l’Etat, les Conservateurs pour une baisse. Quand l’un ou l’autre est élu, le gouvernement mis en place augmente ou baisse les dépenses de l’Etat en fonction des promesses électorales. Les Anglais dans l’ensemble obtiennent ce pour quoi ils ont voté, ce qui chacun en conviendra est une preuve de plus de leur immense fourberie. Quand les travaillistes prennent le pouvoir, ils suivent une politique de hausse des dépenses étatiques et la croissance structurelle s’effondre deux après.  Et quand les conservateurs l’emportent, le contraire se passe. C’est ce que montre le deuxième graphique et comme chacun peut le voir, il faut deux ans à nouveau pour que les résultats des choix politiques du pays apparaissent.



Conclusion
Dans le fond, tout observateur à l’esprit scientifique sait que ce que je viens d’écrire est vrai. La question est donc : pourquoi des gens qui devraient être informés disent-ils que des taux bas et une forte croissance de l’Etat dans l’économie sont une bonne chose alors qu’à l’évidence c’est le contraire qui est vrai ? 
La réponse est dans les délais et dans les objectifs que vous vous fixez. Quand vous suivez une politique que vous savez idiote, mais que cette politique a des effets favorables pendant ses deux premières années, et désastreux ensuite, si vous êtes un démagogue et un salaud, vous la recommanderez à ceux qui sont au pouvoir deux ans avant les élections pour qu’ils puissent s’y maintenir.  Et au diable les conséquences à long-terme. Ce qui compte est que vos amis restent au pouvoir le plus longtemps possible pour que le capitalisme de connivence reste en place. 
Et ce qui est en train d’arriver à monsieur Minc et à tous les thuriféraires du Keynésianisme est simple : après des décennies de démagogie et de mensonge, les effets désastreux à long-terme des politiques visant à influencer les deux prochaines années sont en train de submerger les effets positifs à court terme. 
 
Je ne ferai pas l’insulte à monsieur Minc et aux autres de dire qu’ils ne savent pas que ce que je viens de décrire est vrai. Ce que veut donc dire monsieur Minc en appelant à l’émergence d’un nouveau Keynes ou d’un nouveau Friedman, c’est qu’il espère que quelqu’un va trouver à nouveau une manipulation qui permette aux démagogues de continuer à tromper le peuple. Il s’agit tout simplement de piller les pauvres pour enrichir les puissants. Et donc, le Keynésianisme va échouer, comme le Marxisme a échoué, et pour les mêmes raisons.
On disait autrefois que nul ne pouvait être communiste, intelligent et honnête à la fois. Il faut bien se rendre compte que le Keynésianisme est au communisme ce que le coca-zéro est au coca. Et donc nul ne peut être keynésien, intelligent et honnête à la fois…
La croissance économique vient de la possibilité pour tout un chacun d’exercer sa Liberté en fonction de ses choix individuels, sous le contrôle d’une Loi qui est la même pour tous et non pas de recettes de cuisine des Minc de ce monde qui ont permis aux puissants de conserver un pouvoir qu’ils auraient dû perdre depuis bien longtemps. Mais cela est fini.  
Le Roi est nu. Les ODS, comme le parti communiste en URSS ont perdu toute légitimité et ils vont donc perdre le pouvoir, partout. Et c’est une bonne, une très bonne nouvelle.

Paru sur www.institutdeslibertes.org, 2 septembre 2019
GAVE Charles

Né le 14 septembre 1943
4 enfants


Economiste et financier

Président Fondateur de l'Institut des Libertés (www.institutdeslibertes.org)


Diplômé de l'université de Toulouse (DECSS d'économie)
     et de l’université de Binghamton (MBA),

Président Fondateur de Gavekal research (www.gavekal.com) et de Gavekal securities (Hong Kong)
Membre du conseil d'administration de SCOR
Co-fondateur de Cursitor-Eaton Asset Management (Londres) (1986)
Créateur de l'entreprise Cegogest (recherche économique) (1973)
 
Ouvrages
Charles Gave s'est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire :
Des Lions menés par des ânes (Editions Robert Laffont) (2003)
     où il dénonçait l'Euro et ses fonctionnements monétaires.
     Ouvrage préfacé par Milton Friedman
Un libéral nommé Jésus, Bourin, 2005
C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution. L'intelligence prend le pouvoir, Bourin, 2006
Libéral, mais non coupable, Bourin Éditeur, 2009
'Etat est mort, vive l'état - Editions François Bourin 2009
     Dernier ouvrage qui prévoyait la chute de la Grèce et de l'Espagne. 

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