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L’obsession des effets concrets

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L’obsession des effets concrets pour les citoyens
 
LE CONTRE-POINT - Le chef de l’État n’est pas tant intéressé par la notation de ses ministres que la perception par les citoyens de l’impact réel des réformes votées.
 
En ce jour anniversaire du discours sur la "nouvelle société", il est tentant de présenter Emmanuel Macron en nouveau Jacques Chaban-Delmas, habité par le même désir de transformer le pays en sortant des clivages politiques traditionnels. Pourtant, il y a aussi du Georges Pompidou chez le chef de l’État. Ce même Pompidou qui limogea Chaban et jeta à la poubelle ce discours aujourd’hui présenté comme visionnaire.
Ce que reprochait en effet le président d’alors à son premier ministre n’était pas le caractère libéral et progressiste de son projet mais plutôt l’écart entre les belles incantations et leur transcription dans la vie quotidienne des Français. Pompidou voulait du concret, du tangible. Pas des mots. Macron aussi. Et plus encore au moment de lancer l’acte II de son quinquennat.
C’est à l’aune de cette exigence renouvelée qu’il faut comprendre l’exercice d’évaluation auquel sont soumis les ministres. Révélée notamment par Le Figaro, l’application utilisée pour mesurer  le "taux d’exécution" des chantiers ouverts par chacun d’eux est la mise en œuvre d’un engagement  de campagne du candidat En marche. Une lettre de mission, des objectifs à atteindre et une évaluation : le triptyque n’avait d’ailleurs rien d’original ; Nicolas Sarkozy avait annoncé le même avant de mettre en place un système d’évaluation des ministres, construit avec le concours d’un cabinet de conseil spécialisé. Celle-ci n’avait d’ailleurs pas été au-delà de l’effet d’annonce.
On voit mal comment il en serait autrement cette fois. Difficile en effet de définir des critères objectifs de réussite ou d’échec quand des réformes produisent leur effet avec un décalage de plusieurs années, ou que l’action gouvernementale est par nature soumise aux aléas de l’actualité.  Le ministre des Comptes publics, pour ne prendre qu’un exemple, peut-il être sanctionné pour ne pas avoir respecté un objectif de déficit, à cause de dépenses décidées par le président de la République lui-même ?
L’idée même d’évaluation est par ailleurs à double tranchant. D’un côté, elle rejoint l’exigence de l’opinion qui attend des ministres qu’ils rendent compte de leur action et qu’ils en soient responsables.  Mais de l’autre, en introduisant dans la sphère politique les méthodes de management de la sphère économique, elle instruit le procès souvent fait à Emmanuel Macron de croire qu’un pays se gère comme une entreprise.
Mais l’obsession du chef de l’État est moins la notation de ses ministres que la perception par les citoyens de l’impact réel des réformes votées. Durant la crise des "gilets jaunes", il enrageait de voir tant de décisions prises au sommet se perdre dans les sables de l’administration. "La vie des gens, c’est un sujet présidentiel", confiait-il pour justifier l’injonction faite à ses ministres de ne pas croire leur travail achevé une fois une loi votée. Cette invitation à changer "l’État profond" est la véritable révolution copernicienne que  le président de la République attend de ses ministres. Même si c’est loin d’être le premier. Pompidou, déjà…
Paru dans Le Figaro, 17 septembre 2019
TABARD Guillaume

Guillaume TABARD






Journaliste politique

Maîtrise d’histoire (Paris I Sorbonne).



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