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Quand les éléments de langage gouvernent le pays
 
La confiance s'effrite. Les événements et les catastrophes se succèdent et à chaque fois le peuple en est meurtri mais, surtout, il ne comprend pas et s’indigne.
 
Le scénario est toujours le même et il est un peu trop facile de jeter la pierre au premier qui parle...  En effet, à chaque fois le ministre concerné prévenu d'un événement dramatique par les alertes de son portable, arrive sur les lieux en même temps que les journalistes eux-mêmes prévenus par les mêmes alertes, micros et caméras au poing. Le responsable politique concerné ne sait que ce qu'ont bien voulu lui dire ses propres services. Les télés sont déjà là, la confusion règne et les ministres se trouvent jugés sur ce qu'ils vont immédiatement dire, annoncer, expliquer... Le vertige de la mauvaise communication. Tout est alors déjà biaisé. D'une part, il est impossible de parler à chaud d'un événement par définition totalement imprévu et qui fait des victimes souvent encore non répertoriées. Et, d’autre part, plus c'est grave, plus on attend que le ministre parle... Plus c'est grave, moins il peut parler et d'ailleurs moins il en sait.
Reste le choix entre dire ce qu'il sait sans aucune garantie quitte à passer pour un incompétent par la suite, se taire (mais combien de temps ?) ou alors utiliser les fameux éléments de langage fournis par la hiérarchie communicante sachant qu'il faut prendre les ordres au plus haut niveau pour ne pas provoquer d'autres drames, cette fois politiques.
La règle étant que toute catastrophe selon n'importe quelle opposition "aurait pu être évitée" et que la responsabilité en incombe - bien sûr - au gouvernement en place. Dans les heures qui suivent ou à plus ou moins longue échéance, il convient de demander
la démission du ministre, du préfet, du Premier ministre, etc. C'est un préalable systématique d'abord que d’affirmer que celui par qui le malheur arrive (c'est-à-dire celui qui détient le pouvoir de la parole) dissimule la vérité volontairement s'il rassure, ment s'il provoque la panique, est irresponsable s'il accuse, "stigmatise" forcément et déchaîne la fureur des intéressés et de leurs amis, pendant que les syndicats guettent... Et, s'il ne sait pas, c'est un nul.
La vérité c'est que la France s'enfonce en surfant sur les mots. Les fameux éléments de langage sont une plaie qui va bien plus loin que le discours lui-même, cela permet de jouer l’unité, c’est ainsi qu’à la radio ou à la télé vous avez droit aux mêmes lambeaux de phrases insignifiants dans toutes les bouches officielles. L'impuissance commence là.
 
Une lâcheté collective
Sous-jacente et revendiquée, la fameuse "bienveillance "est un mal du siècle. Tous en sont atteints. Une fausse bienveillance qui interdit de nommer les choses, les gens et les faits tels qu'ils sont. Une bienveillance qui exonère les coupables en leur trouvant toutes les excuses et qui finit par s'exercer davantage envers les responsables qu'envers les victimes. Une bienveillance qui de fait s'assimile à la peur et qui gagne les innombrables couches hiérarchiques, en particulier dans la Fonction Publique qu’à force d'exonérer de toute responsabilité individuelle, on laisse faire...
En même temps, on incite à la délation : dénoncer son voisin qui montre des signes extérieurs de richesse, dénoncer son harceleur, dénoncer ceux qui ne respectent pas la loi, des listes "name and shame", etc. La schizophrénie nous gagne, il faut choisir qui on dénonce... pour rester bienveillant ! En même temps toujours, on appelle chacun d'entre nous à la vigilance (bienveillante ?) en même temps encore on réduit la liberté d'expression et c’est plus facile de virer un chroniqueur, un écrivain, un humoriste... et de décréter un hallali que d’agir, pour le coup la bienveillance est au placard.

"L'Etat profond"qui paralyse la France est le résultat de cette lâcheté collective : on y a multiplié les hiérarchies pour se protéger "responsable mais pas coupable" et en fait, on est de moins en moins responsable. D'ailleurs avez-vous jamais entendu parler d'un petit chef viré ? Plus facile de virer le ministre ...
Alors le désespoir gagne car la complexité et les petits pas des réformes sont de la même veine, plus c'est compliqué moins on comprend, plus on peut subtilement s'exempter de courage. De surcroît les Français savent qu'entre les déclarations et l'application des règles il y a cet immense fossé dans tous les secteurs, qui désespère.
Il faudrait d'abord s'attacher à reformer ce qui ne se voit pas, et de l'intérieur et vite. Le "spoils system" (on change les patrons de l'administration et la hiérarchie aux changements de gouvernement) pourrait être un début de solution...
Nous sommes gravement menacés par l'impuissance générale, par des administrations et des strates pléthoriques toutes puissantes où l'on attend que les ministres passent, elles, demeurent avec les complicités, les habitudes et la bienveillance des collègues de toujours. Il n'y a pas de ministres à la tête de leurs administrations.
Prendre le taureau par les cornes semble beaucoup trop dangereux, tellement que nombreux sont ceux qui pensent que cela déclencherait des révoltes en série, des grèves tueuses de l'économie, et pourquoi pas une guerre civile ?
Alors on se réfugie dans les éléments de langage agrémentés de nouvelles lois qui ne sont pas appliquées par ceux qui ont le vrai pouvoir de l'immobilisme.
Nous avons besoin actuellement du courage implacable de ceux qui nous gouvernent, nous le souhaitons mais nous ne le supporterons pas... Alors il faut qu'ils aient vraiment le sens de l’Etat, de l'intérêt général, de la France en sacrifiant leur popularité et leur réélection à
la vraie réforme en profondeur
. Trouver le courage de l'impopularité en commençant par renoncer à nommer de médiocres ambitieux aux postes de responsabilité.
Envoyé par l'auteur, paru dans Challenges, 10 octobre 2019
MENTHON de Sophie


Chef d’entreprise
Présidente d'ETHIC  (depuis 1995)  (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance)
Membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE)
 

   
Crée la "Fête des Entreprises", sur le thème : "J’aime ma boîte !"
     qui se renouvelle chaque année au mois d’octobre (depuis 2003).

A son initiative,
 1ère édition du congrès ETHIC FIRST au Palais des Nations Unies de Genève (2009)
     (512 participants issus de 23 pays,
     autour du thème : La Responsabilité Sociale des Entreprises en période de crise économique.
3ème édition du congrès ETHIC FIRST à Novancia (21 juin 2012)

S’est toujours investie dans la vie associative pour promouvoir l’entreprise privée.
A 21 ans, crée sa première entreprise de marketing téléphonique Multilignes Conseil (1969)
     Présidence jusqu’en 2004.
Lance le premier Syndicat du Marketing Téléphonique (SMT) (1979)
Rédige un code déontologique
     qui régit aujourd'hui la profession en France et dans plusieurs pays d’Europe.

Admise dans la réserve citoyenne avec le grade de Colonel
     Rattachée au corps des Officiers de la Gendarmerie Nationale (2007).

Nommée par le Président de la République au Conseil Economique, Social et Environnemental
     au titre de personnalité qualifiée (depuis 2010)
Membre de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) (depuis 2010)
Mission sur la Responsabilité Sociétale et Environnementale des entreprises (RSE)
     à la demande de Xavier Bertrand, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé
     qui a donné lieu à unguide pratique illustré à destination des PME (20 000 exemplaires)
A souhaité présenter
     20 mesures d’urgence à prendre par le nouveau Président de la République (2012).
 
Intervient dans l’émission
     "Les Grandes Gueules" sur RMC
     "Les Experts du 9h-10h" sur BFM.
 
Ouvrages
Dans la collection Le monde d'aujourd'hui expliqué aux enfants 
(Editions Gallimard Jeunesse, qu’elle fonde avec sa fille Alexia Delrieu et avec qui elle écrit en tandem)
Illustrations : Clotilde Perrin puis Alice Charbin puis Henri Fellner :
La Police(2006)
L'Argent(2006)
     Prix de la Presse des jeunes au Festival de Montreuil 2007.
La Politique(2006)
La Publicité(2006)
L'Europe(2007)
La Justice(2008)
L'Entreprise(2008)
Le Supermarché(2009)
La beauté(2010)
Dangers (2010)
L'Armée (2011)

Distinctions
Officier de l'Ordre de la Légion d'Honneur
Commandeur de l’Ordre National du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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