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C'est confirmé...

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C'est confirmé...

C’est confirmé : Christo va bien emballer l’Arc de triomphe entre le 6 et le 19 avril 2020 avec 25 000 mètres carrés de tissu recyclable en propylène bleu argenté et 7 000 mètres de corde rouge (on aimerait quand même connaître l’empreinte carbone totale). En 2018 des manifestations avaient saccagé ce symbole de la Nation, notre élite culturelle va donc l’occulter comme si les bâches couvrant Notre-Dame, autre lieu emblématique de la Capitale, ne suffisaient pas.
 
C’est confirmé, l’auto-découpage d’une œuvre du street-artiste Banksy en pleine vente chez Sotheby’s en 2018 a bien été, non pas une contestation de l’hégémonie de l’argent dans l’Art mais un coup de maître de l’Art Financier préparant des cotes vertigineuses. Seuls les naïfs crûrent à une rébellion contre les ventes aux enchères. Son tableau représentant le parlement britannique peuplé de singes, estimé entre 1,68 et 2,24 millions d’euros s’est envolé en 13 minutes à 11,13 millions, toujours chez Sotheby’s et toujours à Londres : cqfd ! Officiellement (sans rire) c’est la faute au Brexit !
 
C’est confirmé, le vent tourne dans le discours des grandes institutions culturelles qui prennent leurs distances, au moins en paroles, avec la mondialisation. Serge LAVIGNES président du Centre Pompidou a rappelé : "la nécessité de l’ancrage", "le besoin de se retrouver face à un territoire, un terroir" (1). Alors que le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, lui, vient de réorganiser la présentation de ses salles, Fabrice HERGOTT, qui le préside, veut mettre en valeur le rôle de Paris dans l’histoire récente des arts : "une collection très majoritairement française, au sens de "fait en France" et non évidemment de par la nationalité de naissance des artistes" (2). Au point que l’identité visuelle du musée est maintenant fondée sur la Tour Eiffel peinte par Robert DELAUNAY. Comme son jumeau le Palais de Tokyo géré par l’Etat, ce musée de la Ville de Paris est né en 1937 du constat de l’absence d’un musée d’art contemporain. D’où venait ce retard par rapport à New-York ? Pour Le Monde (et Philippe DAGEN) l’explication officielle et la faute, impardonnable, vient de "l’ignorance en matière d’avant-garde et (du) nationalisme traditionaliste de la plupart des conservateurs français depuis la fin du XIXème siècle". C’est un peu court. Car New-York, pour ravir la première place à Paris dans les arts, a eu besoin moins d’une politique culturelle brillante que d’une judicieuse politique fiscale (3). Or les fonctionnaires français n’étaient pas tous de vieilles ganaches, certains étaient mus par un idéal républicain (le "traditionalisme" du Monde) où l’Etat ne se mêle pas de création, reste impartial, refuse de favoriser par ses achats ou expositions tel artiste plutôt que tel autre : on laissait la spéculation à la porte du musée. Un des premiers à avoir flairé le problème est Emile ZOLA. Il est sollicité le 22 juillet 1889 par MONET qui organise une souscription pour faire entrer la célèbre Olympia de MANET (mort en 1883) au musée du Luxembourg (le musée "contemporain" de l’époque, antichambre du Louvre). Dès le 23, ZOLA, qui a tant écrit sur le rôle de l’argent dans la société, refuse violemment : "cette forme détournée de cadeau sentira la coterie et la réclame". En dépit de tout l’intérêt esthétique qu’il a pu porter à MANET, la manœuvre de la donation ne lui a pas échappé : une générosité (5) rentable puisque c’est un "placement de produit", le prestige d’appartenance à une collection nationale rejaillissant sur toutes les autres œuvres détenues par les collectionneurs privés. Aujourd’hui, "réseaux" ou "lobby" ont remplacé "coterie" et la "réclame" s’est transformée en Art financier. On rêve au "J’accuse !" qu’aurait écrit ZOLA suite à la donation d’un certain bouquet de tulipes …
 
C’est confirmé, les grands médias français sont toujours empêtrés dans le politiquement correct !

(1) "Pompidou doit affirmer son originalité", Le Monde, 1er octobre 2019, p.26.
(2) Cahier Le Monde, 11 octobre 2019, p.2.
(3) Voir la démonstration : Aude de Kerros, “Nouvelle géopolitique de l’Art contemporain”, Eyrolles, 2019, p. 171
(5) Les partisans de la souscription répandirent le bruit que l’achat du tableau à la veuve de l’artiste permettrait d’aider discrètement celle-ci. Le procédé déplut à Suzanne Manet qui fit officiellement savoir qu’elle n’avait nul besoin d’aide… via le Figaro.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 29 octobre 2019
SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

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