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Une amnésie française : ...

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Une amnésie française : l’art engagé
 
La revue
Ligeia (1) vient de faire paraître un article auquel j’attache la plus grande importance : "Loin des Gilets Jaunes : l’Art politisé de la France des années 60/70". Attention, pas un article purement rétrospectif, encore moins nostalgique. Il a l’ambition de combler une lacune ou plutôt une amnésie collective, un vide de la pensée soigneusement entretenu par nos actuels médias : que s’est-il vraiment passé entre l’Ecole dite de Paris, où régnaient les PICASSO, MATISSE, CHAGALL etc. et la période actuelle, en gros celle qui commence avec Jack LANG au ministère de la culture ? Comment, d’une époque où Paris dominait l’art contemporain (au plein sens chronologique) et même l’art au niveau planétaire, est-on arrivé à une France culturellement à la traîne, voire assistée : pour restaurer notre patrimoine, il faut désormais faire appel aux compétences… des chinois, ce fut annoncé cette semaine pour Notre-Dame ; tant mieux pour le monument, (bravo aux chinois !) mais où est passée notre expertise ? Bref, il s’agit de la période qui précède immédiatement celle couverte par "Les mirages de l’Art contemporain" voir la vidéo de présentation cliquer (2).
Comment un monde où la Peinture-peinture était en pointe, prestigieuse, a pu faire place à l’indécrottable art bureaucratique d’aujourd’hui qui soutient essentiellement les productions conceptuelles et/ou mainstream, d’essence américaine, transformant nos centres d’art en tête de gondole de l’Art mondialisé ? Entre-temps, la peinture a été ringardisée et les quelques rares peintres qui sont tolérés aujourd’hui en avant de la scène française, sont comme les arbres qui cachent la déforestation où tous les autres végètent.
 
La conclusion de mon article donne une explication… inavouable. Car il fut un temps, les années 60/70, où les peintres crurent pouvoir faire bouger les choses à coups de pinceaux. Si on sait encore leur implication, en mai 1968, dans l’Atelier Populaire des Beaux-Arts avec les fameuses affiches, on a oublié leurs luttes pour défendre le patrimoine (sauvegarde de la Cité fleurie, contre les bulldozers des promoteurs) ou pour acquérir des droits sociaux : bien des artistes qui bénéficient de la sécurité sociale, par exemple, pensent qu’il en a toujours été ainsi et ne savent plus qu’ils doivent cette avancée sociale aux luttes de leurs aînés. Les artistes étaient sur tous les fronts y compris juridiques : en procès contre la Cavar, caisse de retraite spoliatrice imposée par l’Etat aux artistes, et dont le directeur partit sans laisser d’adresse… Contrastant avec l’actuelle atonie, (la crise des Gilets Jaunes, exceptées une pétition et quelques œuvres de Street Art, n’a guère ébranlé le milieu culturel), la France connaissait alors un art politisé, dont un des axes était le Salon de la Jeune Peinture,(3) longtemps installé au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Or ce Salon remuant est aujourd’hui méconnu au point même d’être difficilement concevable…
 
Ces luttes ont été mises sous le boisseau car elles ont probablement inquiété le pouvoir qui, lui, a de la mémoire et décida d’une mise au pas des trublions culturels (ce sera le fameux subvention/subversion où la subvention musèle, apprivoise la subversion) mais aussi la réalisation du Centre Pompidou (contre lequel les artistes d’alors menèrent une bronca, qui s’en souvient ?). Ce courant artistique fut vigoureux jusqu’au début des années 80, mais au moment où, suite à l’élection de MITTERRAND, ces artistes crurent avoir gagné la partie, la situation fut habilement retournée. Raconter cette vingtaine d’années trépidantes dépasse le cadre de ce blog : je vous renvoie donc vers Ligeia, revue courageuse, qui a osé publier un article … censuré ailleurs ! Or c’est un travail d’historienne, qui examine pour tenter de comprendre. Mais il semble que quelques implications, disons "géopolitiques", aient apeuré (on rêve !) certains. Ce genre d’avanie prouve que la liberté d’expression est en grand danger en France et je crains, hélas, d’avoir à en reparler à propos de la récente publication d’une autre analyste mais n’anticipons pas … à suivre…
 
(1) Ligeia : N°173-176 juillet-décembre 2019 
http://www.revue-ligeia.com/contenu.php
(2) Christine SOURGINS, "Les mirages de l’Art contemporain", La Table Ronde, 2018. voir la video.
(3) A ne pas confondre avec l’appellation "jeune peinture" désignant un courant pictural de l’entre-deux-guerres dans le sillage de DERAIN…L’histoire de ce salon est éclairée par l’ouvrage de Francis PARENT, Raymond PERROT ; Pierre BOUVIER, François DERIVERY, Claude LAZAR, "Le Salon de la Jeune Peinture, une histoire", Patou, 2016 ; réédition augmentée de l’ouvrage de 1983.

Envoyé par l'auteur, paru sur www.sourgins.fr, 12 novembte 2019
SOURGINS Christine



Historienne de l'art
Essayiste


Etudes d'Histoire de l’Art en Sorbonne
Ecole du Louvre (Diplômée en muséologie )
Maîtrise d’Histoire.

Christine Sourgins connaît bien les musées pour y avoir travaillé, les artistes et le grand public par son engagement
     dans les structures associatives.
Son parcours lui a procuré un poste d’observation des réalités de la vie artistique en France,
     ainsi qu’une indépendance de pensée et d’expression.

Ouvrages
Les mirages de l’Art contemporain, La Table Ronde, (2005)
      Prix Humanisme Chrétien de l'Académie d’Education et d’Etudes sociales (AES) (2007)
Contribution à l’ouvrage collectif  Lettres à mon libraire, éditions du Rouergue, (2009)
 
Nombreuses publications
Conflits actuels, Liberté politique, Artension, Catholica, Képhas, La Nef, Commentaire,
Appartient au comité de rédaction de Commentaire et de Ecritique
 
Sur le net
sourgins.fr

Chroniques radiophoniques
Dans le cadre du "Libre journal de Aude de Kerros" (Radio Courtoisie)

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