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Les intellectuels doivent-ils se rendre sur les plateaux de télévision ?
 
Sur LCI, mercredi soir (13 nov.), les téléspectateurs ont assisté à une étrange corrida : le lynchage et la mise à mort d’un académicien, Alain Finkielkraut. Ce dernier a voulu défendre Roman Polanski. Cette attitude est tout à son honneur car dans une société démocratique, chaque homme mis en cause a droit à un avocat quelle que soit la nature des actes qui lui sont reprochés.
Le piège était tendu. Violemment agressé par une militante féministe à titre personnel, AF s’est mis en colère. En réaction, il a prononcé des paroles sur le viol ("bien sûr, je viole ma femme tous les soirs !") dont l’intention ironique et caricaturale ne pouvait pas faire le moindre doute. AF fait aujourd’hui, l’objet d’une campagne haineuse et inquisitrice, de la pire espèce, visant à le traîner devant les tribunaux et l’interdire d’antenne pour ces propos. Jamais le tribunal médiatique n’avait frappé aussi fort. La loi des suspects est de retour avec ses Fouquier-Tinville, Garnier-Launay et Grabauval.
 
Une question mérite d’être posée : pourquoi des intellectuels et penseurs authentiques, éprouvent-ils le besoin de se rendre sur les plateaux de télévision ? Une douzaine de chaînes, généralistes ou d’information en continu, sont en concurrence pour l’audimat qui conditionne les recettes publicitaires. Le système des "plateaux" permet, à peu de frais de grappiller quelques centièmes de point. L’objectif n’y est jamais de dérouler une conversation intéressante, mais bien au contraire de provoquer des "clash" qui vont faire des "buzz" sur twitter.
Y sont invités quelques habitués des cercles les plus médiocres, intellectuellement et moralement, de la société française : militants extrémistes en tout genre, indigénistes, féministes, islamistes, démagogues de tout poil et de tout parti, sportifs, chanteurs, pseudo-journalistes, pseudo-sociologues, ou acteurs médiatisés et demi-analphabètes, promus au rang d’experts ou de maîtres-penseurs… Ainsi est composée une sorte de cour des Miracles de la bêtise arrogante qui circule de plateau en plateau et que les chaînes de télévision s’arrachent.
L’intelligence, la réflexion, l’argumentation y sont comme bannies. La règle du jeu est de s’imposer par la puissance mécanique d’un flot de paroles hystérique en prenant un air savant. Plus le contenu du propos est indigent, grotesque, misérable, et plus la fermeté du ton est censée imposer une sorte de vérité indépassable. Les cracheurs et cracheuses de haine, tirés de quelque bas-fond de la bêtise hystérique, y imposent leur joug implacable. Les plateaux de télévision deviennent ainsi une sorte de miroir inversé du débat démocratique, où règnent en maître la quintessence de la médiocrité et la crétinerie. Dans cette joute verbale, la domination se confond avec le niveau d’idiotie et d’inculture. La pensée et le dialogue sont strictement interdits de ces tribunaux de la bêtise médiatique, laboratoires de la crétinisation de masse, de la dictature et de la pensée unique.
 
Les intellectuels n’ont rien à y gagner à prendre des coups bas. Leur présence pourrait s’expliquer par la volonté d’imposer une résistance à la vague de médiocrité. Vaine tentative, à l’image d’un homme qui voudrait arrêter un torrent furieux en écartant les bras. Ils n’ont pas leur place dans le flot d’hystérie bavarde. Ils y sont comme l’albatros de Baudelaire. En participant aux plateaux hystériques, ils les cautionnent de leur présence et en ressortent meurtris. Leur intérêt n’est-il pas de se garder de la pollution quotidienne de la médiocrité ? Leur royaume n’est-il pas celui du silence des bibliothèques ? La parole rare est d’autant plus précieuse et un livre, quand il est réussi, peut changer le monde par la voie des idées. Alors pourquoi se faire tant de mal en se mêlant à la piétaille crétino-médiatique ?

Paru sur maximetandonnet.wordpress.com, 16 novembre 2019
TANDONNET Maxime

Né le 7 octobre 1958
Marié – 3 enfants



Haut fonctionnaire


Institut d’études politiques de Bordeaux (1976-1979)
Université de Californie Santa Barbara (1980-1981)
Ecole nationale d’administration (1990-1992)

 

Conseiller pour les affaires intérieures et l’immigration
     au cabinet du Président de la République (2007-2011)
Conseiller technique 
     au cabinet du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, chargé de l'immigration (2005-2007) 
Inspecteur général de l’administration au ministère de l’Intérieur (2000-2005)
Chargé de mission pour les questions européennes et internationales
     à la délégation aux affaires internationales du ministère de l’Intérieur (1996-2000)
Postes préfectoraux (1992-1995)
     * Directeur de cabinet du préfet d’Indre et Loire (1992-1993)
     * Directeur de cabinet du préfet des Yvelines (1993-1994)
     * Sous-préfet de Saint-Jean-de-Maurienne (1994-1995)
Secrétaire des affaires étrangères (1983-1989)
     * Premier secrétaire à l’ambassade de France au Soudan (1983-1985)
     * Rédacteur à l’administration centrale du ministère des affaires étrangères (1986-1989)

Chargé d’un enseignement sur les questions européennes à l’ENA (2001 à 2004)
Membre du jury du concours de recrutement d’attaché principal 
     de la ville de Paris de 2001 à 2004 (présidence du jury en 2004).

Ouvrages
L’Europe face à l’immigration (2001)
Immigration, la nouvelle vague (2003)
L’Année politique – Union européenne – Editions Tendances et Evènements en 2001, 2002, 2003, 2004
Immigration, sortir du chaos (2006) 
     Prix Lucien Dupont de l’Académie des sciences morales et politiques 2007
Géopolitique des migrations – la crise des frontières – Ellipses (2007)
1940, un autre 11 novembre – Tallandier (2009)
La France Libre (ouvrage collectif) – collection bouquins Robert Laffont 2010

Au coeur du Volcan (2014)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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