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Étrange nomination à la direction

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Étrange nomination à la direction du CNSMD de Paris
 
Par un arrêté du 11 décembre 2019, Monsieur Franck RIESTER, ministre de la Culture, vient de nommer Madame Émilie DELORME directrice de la prestigieuse institution qu’est le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Pour la première fois dans l’histoire de cet établissement, une femme va donc s’asseoir derrière le bureau de CHERUBINI, AUBER, THOMAS, FAURE, RABAUD et tant d’autres illustres musiciens qui se sont succédés à ce poste depuis 1795. Tous, à des degrés divers, ont apporté leur contribution au rayonnement du patrimoine musical, aussi bien par la création que par l’interprétation. Tous étaient des musiciens, beaucoup d’entre eux des compositeurs de renommée internationale.
 
Comme son nom l’indique, le Conservatoire est un lieu destiné à "conserver" les trésors de la musique en formant les hommes et les femmes destinés à en perpétuer la tradition vivante, tout en la faisant évoluer vers des horizons propres aux nouvelles générations dans le respect de l’héritage de nos anciens. Il est nécessaire de rappeler cette réalité incontournable comme préalable à toute réflexion sur le sujet.
 
Il ne s’agit évidemment pas de critiquer par avance une direction qui n’a pas encore commencée. Laissons toutes ses chances à la nouvelle directrice de cette illustre maison en lui souhaitant le succès que mérite ce haut lieu de la culture française, pensant surtout aux jeunes gens qui viennent y parfaire leur formation musicale et chorégraphique au plus haut niveau sous la houlette de professeurs exceptionnels et dans le cadre enviable des superbes locaux de La Villette. Mais accordons-nous le droit de manifester quelques inquiétudes.
 
Le curriculum vitae d’Émilie DELORME ne laisse pas de surprendre pour le rôle qui lui est imparti. En fait de musicienne, c’est une ingénieure des Mines recyclée très tôt dans l’administration de spectacles, autrement dit un pur produit de la technostructure. Elle n’est pas une artiste professionnelle (tout de même titulaire d’un diplôme d’alto du CNR de Lyon), elle n’est pas une créatrice ni une interprète, encore moins une enseignante. A son actif administratif et communicationnel, on trouve quelques stages estivaux pompeusement baptisés "Académies", comme l’Académie du Festival d’Aix en Provence. Ça fait chic, mais c’est ponctuel, occasionnel et de courte durée. Ce n’est pas un "conservatoire".
Donc pour résumer, pas d’expérience musicale professionnelle et pas davantage d’expérience de direction d’un établissement d’enseignement supérieur de type "conservatoire". Voilà deux surprenantes lacunes quand on brigue la direction du CNSMD de Paris. Les gens qui ont procédé à ce recrutement se font une bien curieuse idée des métiers de la musique et de la danse. Une idée technocratique, sans doute, en tout cas déconnectée des réalités musicales et chorégraphiques. En fait, cette nomination semble plutôt obéir à des motivations purement idéologiques.
 
Pour éviter tout procès d’intention et juger seulement sur pièces, j’invite le lecteur à consulter la tribune d’un certain Paul B. PRECIADO qu’Émilie DELORME partage sur son compte Twitter. Il s’agit de rien de moins que l’éradication des hommes (par les femmes) de la surface de la planète au nom d’un féminisme poussé jusqu’à l’absurde. On ne fait pas dans la dentelle. C’est que notre nouvelle directrice n’est pas seulement une technocrate haut de gamme issue de la bobostructure, c’est aussi apparemment une militante de l’extrême-gauche la plus radicale. Elle serait proche des indigénistes, et adepte de la pensée (si l’on peut dire) décoloniale et intersectionnelle (sic). Soit dit en passant, ces idéologies outrancières relèguent l’anticolonialisme de papa et la repentance coloniale au rayon des vielles douceurs surannées. On pourrait se demander quel est le lien entre le décolonialisme intersectionnel et l’enseignement de la musique et de la danse. Eh bien, ce lien existe, et il est très inquiétant. La haine vouée à l’ancien colonisateur, la détestation de tout (absolument tout) ce qu’il a fait conduisent quelques fanatiques à entreprendre une déconstruction impitoyable de la culture d’un pays (la France) qu’ils considèrent comme criminel contre l’humanité. Avec ces idéologies, on entre donc dans le dur, dans l’entreprise de destruction massive de la culture occidentale. L’heure n’est plus au débat d’idées, elle est à la démolition, à la revanche tant attendue des victimes du colonialisme alliées dans une convergence des luttes à toutes les minorités opprimées qui réclament leur part de vengeance contre leurs oppresseurs de jadis et d’aujourd’hui (mâles, blancs, catholiques etc.).
 
Le travail de sape a déjà commencé depuis des années dans la mise en scène des opéras et des ballets. La relecture moderniste quasi systématique des chefs d’œuvres du répertoire noie tout, le plus souvent, dans des délires paroxystiques de crasse, de scatologie, de sang et de violence sexuelle. On a vu récemment à Paris une Traviata devenue une sorte de Kim Kardashian mourant du sida entre deux tweets pornographiques. Aix en Provence (par où est passée Madame DELORME) n’est pas en reste avec (entre autres délires) une Carmen expurgée de toute référence à l’Espagne, transposée dans le bureau d’un psychanalyste et mutilée sans vergogne dans son livret et sa partition musicale. On se demande, par contre, comment ils vont faire pour déconstruire un concerto de MOZART, un quatuor de SCHUBERT ou une sonate de BEETHOVEN…
 
Plaise à Dieu que cette vision du monde haineuse et sectaire, que cette dialectique répugnante de la haine entre les races, les sexes, les religions, les générations et que sais-je encore, cette idéologie mortifère de la revanche portée par les décolonialistes et autres intersctionnalistes, oui, plaise à Dieu que ces insanités ne viennent pas ruiner la formation de nos jeunes musiciens et danseurs. Ce serait une hécatombe humaine et culturelle dont le patrimoine français aurait du mal à se relever. C’est peut-être le but recherché.

Envoyé par l'auteur, 18 décembre 2019
RIGNAC Paul

Né en 1955
Marié - trois enfants


Essayiste, écrivain


Licence en droit
 
* Au service d’associations humanitaires œuvrant dans le Sud-Est Asiatique.
     Sa fréquentation du terrain humanitaire et de ses acteurs l’a amené à écrire sur l’histoire commune et sur le choc des cultures entre la France et l’Asie.
* Directeur de collection chez Arconce Éditions (Maison d’édition régionaliste)
     Ses recherches le portent à une réflexion sur les identités culturelles, leurs fondements, leurs limites et leurs possibilités d’ouverture dans un monde de plus en plus globalisé.
 
Ouvrages
Indochine, les mensonges de l’anticolonialisme (2007) - La guerre d’Indochine en questions (2009) - Une vie pour l’Indochine (2012) - La désinformation autour de la fin de l’Indochine française (2013) - Le Mystère des Blancs (2013) - Charolles, une promenade en photos (2013) -
 
Coauteur de
Présence française outre-mer
     publié par l’Académie des sciences d’outre-mer (Editions Karthala)
Dictionnaire de la guerre d’Indochine, à paraître prochainement (Robert Laffont, collection Bouquins).
 
Conférences 
Régulièrement sollicité pour des conférences
     (Commission française d’histoire militaire, ... et pour diverses manifestations du souvenir de l’Indochine française)

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