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"Financial Art" à Versailles ?

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"Financial Art" à Versailles ?
 

La France, est semble-t-il, le pays au monde qui a le plus produit d'analyses critiques d'ordre sociologique, économique, historique du système de l'art contemporain depuis des décennies. Ce débat contradictoire et passionné a cependant trouvé un terrain consensuel cette année. Ses protagonistes ont de façon unanime constaté un échec : la France a perdu tous ses marchés de l'art, excepté celui du dessin et des arts premiers, ses artistes officiels ne sont pas acceptés sur les places internationales malgré les efforts financiers considérables déployés par le ministère de la Culture.

Cet hiver, les institutions ont désespérément cherché des solutions. Afin d'en trouver, le commissaire général de la Fiac (1), Martin Bethenot, a été missionné. Il a étudié la question, réuni une commission, remis un rapport à la ministre. Quelques réformes techniques de détail ont suivi ainsi que la "création" d'un possible crédit bancaire, déjà en pratique, pour faciliter les achats d'art. Un aveu d'impuissance en somme !
Au cours de cette année, les mêmes institutions ont organisé, avec force subventions, trois événements à grande résonance médiatique et symbolique : du jamais-vu ! Au Grand Palais, c'est Richard Serra, produit financier américain haut de gamme. Au Louvre, c'est le Hollandais Ian Fabre avec un one-man-show dans les salles de l'école du Nord. A Versailles, c'est Jeef Koons, trader new-yorkais. Sa connaissance des mécanismes d'élaboration de la valeur fiduciaire lui a permis de fabriquer pour son compte et celui de ses collectionneurs d'étonnants produits financiers. Il faut savoir que pour avoir une cote internationale au Kunst Kompass un artiste doit accumuler dans l'année beaucoup "d'événements" et d'achats prestigieux. Les institutions françaises travaillent donc apparemment à la fabrication de la cote d'artistes, de préférence ne vivant pas et ne travaillant pas en France, sans aucun espoir de contrepartie pour ses artistes officiels, considérés à l'étranger comme des vulgaires artistes d'Etat, c'est-à-dire sans collectionneurs privés.

Ainsi, avec l'argent du contribuable français, les institutions pendant trente ans ont détruit consciencieusement la place de Paris. On estime qu'environ 60 % des sommes consacrées par l'Etat français aux achats d'oeuvres d'art contemporaines ont été dépensées, surtout à New York, pour acheter des oeuvres d'artistes étrangers. Ce fut d'abord une action confidentielle pour devenir aujourd'hui une pratique spectaculaire. Est-ce une annonce de la fin ? Un dernier feu ? Le Capitole est proche de la roche Tarpéienne... En toile de fond, on voit rougeoyer un krach de tous les produits financiers non arrimés à une valeur réelle.
La logique de l'histoire est difficile à comprendre pour l'observateur, l'amateur ou l'historien d'art non impliqués dans les stratégies apparemment obscures et irrationnelles qui les sous-tendent. Cependant les questions deviennent lancinantes : pourquoi agir contre les intérêts français ? Masochisme ? Amour des voyages à New York contracté par les sémillants "inspecteurs de la création" chargés des achats.
Ces trois grands spectacles de l'année ont changé cependant la dimension des pratiques habituelles et provoquent un questionnement auquel cette fois-ci on n'échappera pas : comment nommer ce phénomène des one-man-show, présentés comme gratuits et sans contrepartie, dans trois sites parmi les plus prestigieux de la planète ?

De quelle nature juridique peut-on les qualifier ? Sont-ce des délits d'initié à l'oeuvre dans la fabrication d'un produit financier ? Sont-ce des trafics d'influence ? Sont-ce des "détournements d'intérêt public au profit d'intérêts particuliers" ? Depuis plusieurs années le débat sur l'art contemporain n'apparaît dans les médias qu'à la faveur des procès. Ces affaires concernent curieusement des délits très divers. En plus de ceux déjà cités on peut ajouter : le droit de propriété artistique, la cruauté envers les animaux, les bonnes moeurs, la pédophilie, la dégradation du paysage, la dégradation du patrimoine, ... etc. Les tribunaux se trouvent toujours confrontés à des problèmes de définition sémantique pour caractériser le délit. La difficulté étant que la définition originelle de l'art n'a rien à voir avec le contenu de ces nouveaux produits financiers.
Les magistrats, pris dans les rets des faux-semblants sémantiques, sont obligés d'appliquer la loi et de trancher. Pour juger, soit il faudra admettre la notion de délit de "diffamation astucieuse" (Jeef Koons en l'occurrence ne diffame-t-il pas Versailles, haut lieu des pouvoirs de la République puisque les deux Chambres s'y réunissent en Congrès ?). Ou bien le délit de "truquage du langage commun" permettant de contourner les textes qui régissent la création. A moins qu'une loi soit votée pour changer la définition du mot "art" !

Faute du débat ouvert qui permettrait de vider l'abcès comme ce fut le cas aux Etats-Unis lors des Cultural Wars, au cours des années 1990, mettant en cause l'intervention de l'Etat fédéral par le biais de la NDA (2) en matière d'art, en France, c'est devant les tribunaux que la controverse a lieu. Sur de multiples affaires semblables, mais moins médiatisées, on retrouve des chefs d'accusation qui vont contre le droit de propriété artistique ou morale des oeuvres. Jeef Koons ne proclame-t-il pas s'approprier le patrimoine historique ?
Enfin, ces tribunaux ont aussi beaucoup à faire avec la violation du droit administratif, très rigoureux sur la transparence des marchés : combien a coûté chaque oeuvre ? achetée à qui ? où ? comment ? La DAP (3) a échappé à ce contrôle pendant tant d'années sous prétexte de "secret d'Etat" !
Jusqu'à quand va durer cet art administré qui perpétue de tels abus ?

Paru dans Les Echos - 21 septembre 2008

(1) Foire internationale d'art contemporain qui a lieu tous les ans à Paris (FIAC)
(2) National Departement of Arts (NDA) : Agence culturelle de l'Etat féderal ayant son siège à Washington qui dépend du gouvernement américain.
(3)  le Departement des Arts Plastiques (DAP) est une des directions du Ministère de la culture

KERROS de  Aude

Née le 24 décembre 1947
Mariée – 2 enfants

Sculpteur, graveur
Essayiste


Nombreux voyages en Asie, Amérique du Sud, au Proche-Orient,
Séjour en Israël où elle séjourne plusieurs années (Père diplomate)
Sciences Po (IEP, Paris)  
Maîtrise de Droit

Fait le choix de la gravure avec la fréquentation des ateliers
     des graveurs Henri Goetz, S.W. Hayter et Johnny Friedlaender.
     Plus de 80 expositions en France et en Europe
     (Berlin, Munich, Mayence, Rome, Gênes, Londres et Varsovie)
Pensionnée par la Fondation Konrad Adenauer,
Lauréate de l’Institut de France (prix Paul-Louis Weiller, 1988)

Œuvres  
figurent dans les collections du
     National Museum of Women in the Arts de Washington.
Participation à l'exposition "De Bonnard à Baselitz"
     au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
Création d'une collection d’entretiens d’artistes pour l’Institut des Archives Sonores de Franklin Picard

Publications
Le non art : art officiel et international 1960-2000 (Conflits actuels, n°7, printemps 2001)
L’art en Révolutions(Les Cahiers de la Table Ronde, printemps 2005)
L’art caché (Commentaire, n°11, automne 2005)
Peut-on inculturer une contre culture ?("Kephas", novembre 2005)
La métamorphose postmoderne et les théoriciens de l’Art contemporain (Catholica, n°92, été 2006)
L’art contemporain : l’inéluctable schisme (Artension, n°28)
Marcel Duchamp détourné par la politique (Artension  n°36, 21 juillet 2007)
L’art sacré à la fin du millénaire (Liberté Politique, n° 16, 17, 18, 19 (feuilleton) 
Dialogue et transgression :
     La politique culturelle de la conférence des évêques de France (Liberté politique, n° 22)
Aliénations réciproques (Liberté politique, n°37)  

Divers articles
     sur les graveurs Jean Delpech, Albert Decaris, Sergio Birga, Pierre Yves Trémois, Jean Marie Granier, etc.

Ouvrages

L'art caché : les dissidents de l'art contemporain (2007)
Sacré Art contemporain : Evêques, Inspecteurs et Commissaires
(2012)

L’Art caché (2013)
L'Imposture de l'art contemporain (2015)

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