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Un budget d’austérité, est-ce bien pertinent ?

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Un budget d’austérité, est-ce bien pertinent
… à modèle politique, administratif, économique et social inchangé ?

Le gouvernement prend des mesures courageuses pour réduire la dette conformément à l’engagement du Président pendant la campagne présidentielle. Le budget d'austérité prend acte d'une situation grave de nos finances publiques et de l'environnement international au-delà même des promesses présidentielles. Ces mesures sont considérées et présentées comme indispensables et justes et donc acceptables. Elles ont certes été élaborées en assurant l’équilibre souhaité entre les ménages et les entreprises, comme les déséquilibres voulus entre les dépenses et les impôts (1/3 contre 2/3), entre les grandes entreprises et les PME, entre les plus favorisés et les classes moyennes.

C’est un exercice pédagogique réussi de par sa présentation simpliste de nature à satisfaire les électeurs de gauche et à tranquilliser les marchés.
Mais il s’agit incontestablement d’une approche statique, conjoncturelle et comptable. Les mesures les plus douloureuses pour la majorité des contribuables prises en juillet 2012, complétées maintenant par le projet de budget 2013, alimentent des débats nombreux portant sur leur efficacité réelle pour atteindre l'objectif visé. Le débat se focalise sur l'importance de l'effort et sa répartition : est-ce assez ou trop ? N’y a-t-il que les plus riches qui sont touchés ? Faut-il moins de dépenses ou plus d'impôts ? Imposer lourdement les grosses entreprises n’est-ce pas pénaliser indirectement les PME et l’emploi ? Fort justement aussi, on s’interroge sur le risque de ralentissement d’une croissance déjà très faible qui interdirait d'atteindre l'objectif fixé. Ne fallait-il pas étaler l'effort sur une plus longue durée ? Ne fallait-il pas réduire un peu plus les dépenses et augmenter un peu moins les impôts ?

Majorité, opposition et observateurs se polarisent une fois de plus sur le conjoncturel, sur l’évènement, sur l’urgence, alors que l'arbre cache la forêt.

Si nous sommes dans cette situation d'endettement, si notre compétitivité est insuffisante, nos investissements trop faibles,  notre balance des paiements déficitaire, si nos entreprises se délocalisent et n'embauchent pas, voire licencient, c’est sans doute que nous n'avons pas su adapter suffisamment notre modèle politique, administratif, économique et social aux grands défis de la mondialisation. La crise est un révélateur implacable mais le mal est plus profond. L'ouverture des frontières et la mobilité des capitaux et des moyens de production nous imposent pourtant d'évoluer rapidement, sinon le transfert de valeur ajoutée et d’emplois va continuer à notre détriment. L’endettement actuel résulte de la lourdeur de nos procédures, de l’inadéquation de nos structures et de modes de raisonnement d’un autre temps… Plus généralement nous souffrons aussi et surtout d’une irresponsabilité générale d’enfants gâtés inconscients du danger qui nous guette, inconscience qui nous conduit le plus souvent à préconiser pour les autres ce que l’on refuse pour soi, et à abuser de nos libertés et de nos droits individuels au détriment des autres et du bien public.
La campagne électorale récente nous donne de multiples exemples d’irresponsabilité, partagée entre politiques et citoyens : le monde de la finance qui était l’ennemi du candidat et qui est maintenant à nouveau courtisé, la TVA sociale qu’on supprime et que l’on va remplacer par la CSG ou un autre montage fiscal obscur pour les citoyens, le traité européen qu’il  fallait dénoncer et que l’on fait voter en l’état, la crise qui n’existait pas ou qui pouvait être résolue par un coup de baguettes magique…. Et les citoyens électeurs qui continuent de croire aux promesses et se complaisent dans le déni de la réalité, les ouvriers licenciés qui croient que l’on va empêcher les licenciements, les socialistes qui pensent qu’un Président socialiste va régler leur problème d’un coup de baguette magique, et tous les électeurs que nous sommes, prêts à un effort si celui-ci est demandé aux autres catégories sociales…
Les hommes politiques de tous bords, responsables de la situation actuelle, continuent de vouloir ménager les électeurs pour conquérir ou conserver le pouvoir, et leurs rivalités encouragent nos réflexes infantiles de citoyens irresponsables. Il est temps de changer de méthode et d'adapter notre mode de gestion de la collectivité nationale en introduisant de la responsabilité à tous les niveaux.
A défaut de quoi, une fois de plus, on met un emplâtre sur une jambe de bois au risque d’entrer dans un cycle déflationniste : augmentation des impôts, départ des cadres et des entreprises, réduction de compétitivité et de production, augmentation du chômage et du déficit…

Même si toutes ces mesures parvenaient à leur fin, ce qu’il faut souhaiter, si le déficit de 2013 n’était effectivement que de 3%, nous ne ferions que revenir à une situation que nous avons connue voilà quelques années ! Tout restera à faire et, au sortir de l’austérité, les Français auront encore plus de mal qu’aujourd’hui à accepter les efforts nécessaires pour réaliser les indispensables changements structurels.

Les gouvernants, toute tendance confondue, retardent depuis des années le moment des réformes nécessaires, n’osant pas les évoquer sérieusement et faire preuve de courage et de pédagogie. Ces réformes qu’ils veulent ignorer, ou qu’ils engagent partiellement et imparfaitement, sont pourtant seules à même de nous permettre d'arrêter un déclin amorcé et, à défaut, inéluctable.
Ces réformes doivent être ambitieuses, globales, et entreprises par des hommes neufs et déterminés. Il est temps de réintroduire la responsabilité à tous les niveaux de notre société.
Responsabilisation des Gouvernants, par la limitation des mandats dans le temps et la disparition de la professionnalisation des politiques.
Responsabilisation des agents publics, par un recentrage du rôle de l'État sur ses missions régaliennes et sur sa fonction de régulateur de la vie collective ; ce qui induira une redéfinition de leur nombre et de leur statut, prenant acte de ce recentrage et de la nécessité de mieux partager la sécurité de l'emploi.
Responsabilisation du citoyen, avec une simplification drastique de notre système fiscal seule à même d’induire une clarification de nature à permettre à tous les citoyens de mesurer à tout moment la relation de cause à effet entre les dépenses de l'État et sa contribution personnelle.
Responsabilisation de la collectivité dans son ensemble, en valorisant le civisme et la réussite, et en modifiant notre cursus d’enseignement afin d'améliorer l'égalité des chances et de réduire l'influence familiale et la perpétuation des élites. Mais aussi en organisant une large concertation tendant à remettre à plat les droits acquis et les rentes de situation qui n'ont pas ou plus de fondement acceptable et ne sont justifiés ni par le mérite et l’initiative, ni par le travail, ni par l’intérêt général ou la compensation légitime d’un handicap.
Mieux informés, plus impliqués dans une société juste, plus conscients de leurs responsabilités, les citoyens seront sans aucun doute moins stressés, et les dépenses de santé diminueront naturellement. De même la délinquance diminuera avec la montée du sens civique réduisant d’autant  les dépenses  afférentes à la sécurité.

Si les Gouvernants n’ont plus à se préoccuper de leur réélection, les réformes nécessaires seront engagées et menées à bien. 

Si les employeurs peuvent débaucher facilement ils pourront embaucher facilement.
Si les chômeurs qui ne trouvent pas d'emploi dans leurs qualifications sont encouragés, par une modulation de leurs indemnités, à suivre une formation pour occuper des emplois vacants, le coût de la protection sociale se réduira d'autant ; l'appel à la main-d’œuvre immigrée se réduira aussi, ainsi que les coûts liés à cette immigration en termes de santé, de sécurité, de logement et de prestations sociales.
La diminution de la dépense publique résultant de la mise en place de ce cercle vertueux permettrait naturellement de respecter l’équilibre budgétaire et de limiter l’endettement éventuel aux investissements propices au développement de notre économie et donc de la prospérité de tous.

N’est-il donc pas plus urgent aujourd’hui de s’attaquer enfin à ces réformes de société fondamentales que de risquer de ralentir la croissance par un remède pire que le mal ? La crise y a préparé les Français et les marchés seraient plus sensibles à cette démarche qu’à l’objectif hypothétique de 3% qui ne serait que le retour à une situation dont on a pu déjà, bien avant la crise, mesurer le coût et les limites !
A Paris le 1er octobre 2012

DONNADIEU Francois-Xavier

Né le 9 septembre 1942
Marié – 3 enfants


Conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes


Institut d'études politiques (IEP, Paris)
Doctorat de droit
Diplôme de criminologie
Ecole supérieure de guerre
 
Ecole spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr-Coëtquidan (1962-1964)
Ecole d'application d'artillerie de Châlons-sur-Marne (1965)
Ecole des officiers de la gendarmerie nationale (1973)
Commandant la compagnie de gendarmerie de Salon-de-Provence (1979-1981)
Chargé des affaires juridiques
     à la Direction générale de la gendarmerie (1982)
Conseiller référendaire à la Cour des Comptes (1985)
Maître de conférence en droit public à l'IEP de Paris (1985-1991)
Maître de conférence en finances publiques à l'ESM de Saint-Cyr (1989-1996)
Directeur de cabinet
     de M. Jacques Godfrain, Ministre délégué à la Coopération (1996-1997)
Secrétaire général
     du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables (depuis 1998)
Conseiller maître à la Cour des comptes (depuis 1998)
 
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur
Commandeur de l'ordre national du Mérite

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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