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2000 milliards !

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La France avait accumulé 1985, 9 milliards d'euros de dettes publiques au 31 mars 2014. Ce qui signifie que le cap symbolique des 2 000 milliards d'euros de dettes est d'ores et déjà franchi. Insupportable ? Oui. Mais pourtant, l'on continue comme si de rien n'était à emprunter, car l'argent demeure facile, et pas cher. Jusqu'à quand ? 
 
Faisons court : 2 000 milliards d'euros de dette, c'est tout bonnement insupportable pour la France. L'Allemagne aussi a accumulé 2 000 milliards d'euros de dette en quarante ans, mais cela ne représente "que" 78 % de son PIB, quand la France approche du seuil des 95 %, et encore en tripatouillant les chiffres (l'INSEE a modifié ses méthodes de calcul, comme d'autres pays européens, certes).
Surtout, l'Allemagne vient de boucler son premier budget excédentaire ! En 2015, non seulement nos voisins d'outre-Rhin n'emprunteront plus un euro sur les marchés, mais le rapport recettes (les taxes et impôts) / dépenses sera donc pour la première fois positif. Les allemands prévoient d'accélérer le remboursement de leurs dettes publiques, pour passer sous le cap des 70 % dans trois ans  En 2017, le budget de l'Etat, outre Rhin, devrait dégager 10 milliards d'euros d'excédent...
Au même moment, les prévisions optimistes du gouvernement français nous voient flirter avec le seuil des 100 % du PIB en 2017, et 60 milliards d'euros de déficit annuel. Et encore, ce ne sont que des prévisions, qui depuis des années, en France, sont toujours fausses. A l'inverse, les allemands annoncent depuis deux ans déjà qu'ils seront à l'équilibre en 2015. Certes, le travail du ministre des finances allemand a été facilité par la baisse des taux d'intérêts exigés de l'Allemagne pour emprunter : en cinq ans, la "charge de la dette" a été divisée par deux outre-Rhin. L'Allemagne paye 27 milliards d'euros d'intérêts, quand la France en paye 45 milliards. Mais la France aussi emprunte à des taux historiquement bas ! Jeudi 3 juillet, la France a levé 3,4 milliards d'euros sur les marchés au taux de 1,77 % pour 10 ans. Autant dire, de l'argent gratuit !
 
Voilà le problème auquel la France est confronté : il est tellement facile d'emprunter, à tellement pas cher, qu'il n'y a aucune raison objective de vouloir faire des efforts. Et pourquoi l'Allemagne les a faits, ces efforts ? Parce que dix ans après la réunification, l'Allemagne était exsangue. La réunification est réputée lui avoir coûté 1 300 milliards d'euros ! La RFA de 1989 a fait "tapis" quand la roulette de l'Histoire lui a permis d'absorber la RDA, dont le niveau de vie était a des années lumières de ce que la RFA avait atteint. Résultat, au début des années 2000, l'Allemagne était l'homme malade de l'Europe, et l'euro fort n'avait pas encore produit les extraordinaires et indéniables effets bénéfiques sur son économie. La chance de l'Allemagne, c'est de ne pas avoir eu le choix de ne pas faire les réformes. Le drame de la France, c'est de pouvoir emprunter depuis dix ans à des taux qui dissuadent d'essayer de dépenser moins.

Bien sûr, il y a le FMI, il y a l'Europe, qui demandent à la France, à défaut d'exiger, de revenir dans les clous. Quels clous ? Passer sous la barre des 3% de déficit. La belle affaire, quand l'Allemagne affichera +0,1 % en 2015. Quand, pour finir l'année, il faut encore emprunter des dizaines de milliards (en 2014, le budget de la France prévoyait qu'il faudrait emprunter 178 milliards !) on est toujours dépendant et en danger.
2000 milliards d'euros de dette, c'est tout simplement intenable. Nous ne pourrons pas les rembourser, jamais. Soit nous ferons défaut, comme l'Argentine ou la Grèce, soit l'inflation mondiale relancée on ne sait quand, on ne sait comment, rendra son poids supportable. Mais en attendant, la France est dans une impasse à cause de son déficit budgétaire annuel qu'elle n'arrive pas à résorber, sa balance commerciale lourdement déséquilibrée, ses entreprises exténuées, ses entrepreneurs découragés quand ils ne sont pas déjà exilés. 
 
En fait, il reste deux solutions à Manuel Valls, ou à celui qui lui succédera s'il ne décide de jeter l'éponge, découragé par les frondeurs de gauche - car on pense l'homme sincèrement déterminé à réformer. 
Soit, il suspend provisoirement le paiement des intérêts de la dette publique de la France, le temps de reprendre des forces, tout en sabrant d'un coup sec 30 milliards d'euros de dépenses dans le budget, sans tricher : A ce moment-là, la France se retrouve artificiellement à l'équilibre, et n'a plus besoin d'emprunter pour refinancer sa dette, comme l'Allemagne. Seules les dettes déjà contractées continueront à faire des petits. Ca râlera sur les marchés, mais la démarche, audacieuse, ne devrait paradoxalement pas dégrader la note de la France, car le remède de cheval devrait produire des effets rapides sur la compétitivité.
Soit, il impose 100 milliards d'économies non seulement à l'Etat, mais aux collectivités locales et territoriales, et ce, en deux ans, grand maximum trois. Sans tricher, sans créer dans la foulée de nouvelles dépenses, en résistant à la pression de ses ministres, des lobbies, de la rue, des élus de tous bords, ce qui ne sera ni simple, ni de tout repos.
 
Voilà l'alternative, la seule, de Manuel Valls. Ou du gouverneur (on n'osera pas gauleiter) que le FMI devra désigner pour prendre les décisions difficiles, si la France dérape. Sachant que la flaque d'huile et le fossé se rapprochent chaque jour inexorablement un peu plus, et ce n'est pas du défaitisme que d'annoncer cela, mais bel et bien du pragmatisme responsable.
Economiematin.fr, 5 juillet 2014
GIRAUD Jean-Baptiste

Né le 8 février 1972
Marié - 6 enfants






Journaliste
Directeur de la rédaction d'Economiematin.fr

Paris XI Jean Monnet (1991)
Maitrise de Journalisme à l'ESJ PARIS (1994)
 
Officier de réserve
Service Militaire (Gendarmerie Nationale 94-10)
 
Journaliste à Radio France (1994-95)
Journaliste reporter, présentateur et intervieweur à BFM (1995-2003)
Président fondateur, directeur de la rédaction d'Economie Matin (2004-2007)
Président, co-fondateur de Versailles Events (2007 -)
Directeur fondateur de la rédaction de Versailles + (2007 -)
Co-fondateur de Les Editions Digitales (2010 -)
Rédacteur en chef à Atlantico (décembre 2010)
 
Ouvrages 
- Combien ça coûte, combien ça rapporte Avec David Autissier (avec la participation de la rédaction Économie matin), éditions Eyrolles, Paris, 18 janvier 2007, 119 p. (ISBN 2212537832).
- Les grands esprits ont toujours tort, éditions du Moment, Paris, 25 mai 2007 (ISBN 2354170041)
- Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres ?, éditions du Moment, Paris, 19 juin 2008, 228 p. (ISBN 9782354170271)
     Ouvrage vendu à plus de 10 000 exemplaires et traduit en chinois.
- Pourquoi les bois ont-ils des cerfs ?, éditions du Moment, Paris, 17 avril 2009, 228 p. (ISBN 2354170416)
- Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres, Pourquoi les bois ont-ils des cerfs ?, France Loisirs, Paris, 1erdécembre 2009, 400 p. (ISBN 9782298025859). Édition augmentée pour France Loisirs, vendue à plus de 20 000 exemplaires.
- Le guide des bécébranchés, éditions L'Archipel, Paris, 12 mai 2009, 312 p. (ISBN 2809801495) avec Laure de Charette, Flore Ozanne et Inès Lacaille éditions L'Archipel, Paris, 12 mai 2009, 312 p. (ISBN 2809801495)..
- Les BCBG sont morts, vive les bécébranchés !
- Histoires bêtes, éditions du Moment, Paris, 25 mars 2010, 222 p. (ISBN 2354170777)

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