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Un débat sur l’islam ?

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Un débat national sur l’islam ? Quelques pistes de réflexion
 
A l’heure où le pouvoir politique annonce vouloir lancer un débat national sur l’islam en France, il paraît opportun de proposer quelques réflexions de base :
 
1 - Il faudra savoir quel sera le vrai sujet du débat, au-delà des mots. Ce sujet sera-t-il l’Islam en tant que tel ou bien les musulmans en France ? Car il ne faut pas confondre le contenu d’une religion, ses doctrines, ses textes de base, … et le comportement de ses fidèles ou de ceux qui s’en réclament.
Ce principe de base s’applique à toutes les religions quelles qu’elles soient. Car en chacune on trouve des saints et des salauds. En chacune, ses fidèles agissent conformément à ses fondamentaux ou bien s’en affranchissent.
Jésus avait nettement distingué Dieu et César, c’est-à-dire le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Néanmoins, pendant des siècles en Europe, le pape a disposé d’un pouvoir temporel fort et nos rois se proclamaient souverains de droit divin. Ce que l’on a appelé la chrétienté a pu avoir ses raisons ; il ne nous appartient pas d’en juger. Toujours est-il qu’elle ne suivait pas, dans ce domaine, l’enseignement du Christ. Et juger le christianisme à travers elle n’aurait pas été intellectuellement honnête.
Aujourd’hui, les musulmans sont dans leur très grande majorité de bons citoyens et veulent avant tout vivre pacifiquement. Mais la religion qu’ils pratiquent contient des côtés intolérables : nombre d’entre eux le savent et en sont conscients. Si le débat a pour but inavoué de convaincre que l’Islam est une reigion de paix et idéale dans son ensemble au motif que nombre de ses membres se comportent comme il convient, nous sommes d’emblée face à une supercherie !
 
2 - Car l’Islam est, dans sa nature même, à la fois religion, Etat et mode de vie sociétal, ces trois domaines étant totalement imbriqués.
Cette imbrication foi-loi-société fait que la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 n’a aucun sens en Islam car elle est opposée à l’essence même de cette religion. Quand on demande à un musulman de séparer foi et loi, on le viole en quelque sorte.
Elaboré pour contrer l’influence du christianisme à l’époque, ce texte de 1905 a finalement parfaitement satisfait depuis plus d’un siècle maintenant, les deux parties car il apportait un équilibre salutaire entre les deux pouvoirs. Envisager de le modifier ou l’amender ne peut que montrer une préférence de l’Islam sur le christianisme et irriter fortement les chrétiens et, au-delà, tous les hommes et les femmes épris de laïcité.
 
3 - Proclamer que l’islam est compatible avec les valeurs de la France et de l’Europe est une contre vérité. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le Coran ou la Déclaration Islamique Universelle des Droits de l’Homme (DIUDH) adoptée le 19 septembre 1981 à Paris par le Conseil islamique d’Europe ou encore la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en Islam (DUDHI) adoptée au
Caire le 5 août 1990 par l'Organisation de la Conférence Islamique regroupant 57 Etats musulmans.
Ces deux derniers textes de base se démarquent nettement de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948. Jugeons-en.
A titre d’exemple - mais d’autres articles pourraient être cités pour prouver cette réalité - l’article 12 de la DIUDH stipule que "Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi." Une note explicative jointe à ce texte précise que "le terme "Loi" signifie la charia, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique."
En d’autres termes, il est interdit d’exprimer une croyance autre que musulmane. Cette assertion est reprise par la DUDHI en son article 22 : "Tout homme a le droit d'exprimer librement son opinion pourvu qu'elle ne soit pas en contradiction avec les principes de la charia", ce texte précisant en son article 24 que "Tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sont soumis à la charia islamique."
Ainsi, la position de l’Islam par rapport à la liberté d’expression, par rapport à la liberté de religion puisqu’il est interdit de la quitter au risque de sanctions sévères, par rapport à la laïcité ou encore par rapport à la femme dont il affirme qu’elle est inférieure à l’homme, rend, sur ces points-là du moins, cette religion incompatible avec les valeurs ci-dessus, même si elle contient simultanément – et c’est heureux - de nombreux aspects positifs, voire à inspiration évangélique (la défense de la veuve et de l’orphelin, la solidarité, l’importance de la prière, ...).
Ce n’est donc pas fortuit si l’arrêt du 13 février 2003 de la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme (arrêt Refah Partisi [Parti de la Prospérité] contre la Turquie) a clairement signifié l’incompatibilité des règles de la charia avec les exigences d’une société démocratique.
 
4 - Toujours en raison de cette imbrication, on ne peut assimiler une mosquée à une église et raisonner par analogie sur celle-là comme sur celle-ci.
Ces deux types d’édifices recouvrent des réalités bien différentes.
Car si une église est un lieu de culte et n’est qu’un lieu de culte, une mosquée l’est également mais est bien plus que cela. Car elle est, en outre, le bâtiment dans lequel se déroulent les débats relatifs à tout ce qui concerne l’Oumma : décisions législatives ou juridiques, règlement des affaires et litiges interpersonnels (héritages, successions…). Le lecteur se souviendra du film La source des femmes qui illustre parfaitement cet état de fait.
Enfin, le territoire sur lequel elle est construite est – peut-être pas de jure, mais de facto, et en tous cas considéré comme tel par les musulmans - terre de la communauté musulmane, de l’Oumma, et donc terre de l’Islam, à la fois religion et Etat. Il jouit ainsi d’une sorte d’extraterritorialité, encore une fois peut-être pas en droit mais dans les esprits. C’est pourquoi les musulmans réagissent très violemment lorsque des opposants à la construction de nouvelles mosquées placent des porcs vivants ou morts sur le terrain attribué, procédé pour le moins peu recommandable et plus que douteux au demeurant ! Imagine-t-on tout terrain ecclésial propriété du Vatican et donc n’appartenant plus à la nation concernée ?
Si les musulmans ont légitimement droit à des lieux de culte, il convient de s’entourer de précautions juridiques et législatives pour que l’Etat sur lequel ils sont implantés ne soit pas dépossédé de sa terre. Et accorder un terrain par bail emphytéotique à une association musulmane en pensant récupérer le terrain à l’échéance est faire preuve d’une grande naïveté ou encore d’un cynisme parfait car c’est se décharger sur ses successeurs de cette affaire à cet horizon.
 
5 - Pour les mêmes raisons, un imam ne peut être assimilé à un prêtre. Les raisonnements qui s’appliquent à l’un ne peuvent convenir tels quels à l’autre. L’imam est un homme de religion, le prêtre est un homme religieux.
Celui-là est un fonctionnaire de l’Etat musulman, désigné par la puissance publique et révocable, celui-ci a un pouvoir sacerdotal à vie.
Si l’imamat est une fonction, la prêtrise est un service.
On est dans deux mondes différents. L’Etat d’implantation se doit donc d’exercer son contrôle sur les agissements, les dires, les écrits de l’un, mais point de l’autre sauf si, sortant de son rôle, il intervenait sur le plan politique en mettant en jeu la sécurité de la nation.
 
6 - Les adeptes des mouvements radicaux musulmans (salafistes, djihadistes, etc.) font bien partie de l’Islam. Certes, ils en constituent une branche radicale très minoritaire. Mais il s’agit d’une minorité très agissante et qui agit au nom de l’Islam et en conformité avec certains versets du Coran. Il est trop facile de dire qu’ils n’appartiennent pas à cette religion et d’en exonérer celle-ci. L’islamisme est une partie intégrante de l’Islam. On peut le déplorer, mais c’est ainsi. Et il est évident qu’il appartient aux musulmans – et aux musulmans seuls - d’agir en interne pour étouffer et éradiquer définitivement cette branche.
 
Puissent ces quelques réflexions être sous-jacentes dans ce débat national et lui servir de guides !
SAINT-BON de Henri

Né le 4 novembre 1942
Marié - 2 enfants 




Essayiste



Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr
 
Consultant international chez Hay Management Consultants, 1990-1998
Maitrise d’Informatique appliquée à la Gestion des Entreprises (MIAGE – Dauphine), 1976


Auditeur au Centre des Hautes Etudes de l’Armement (21e session) (1984-1985)
Breveté de l’Enseignement Militaire Supérieur Scientifique et Technique
Commandant le 7e Régiment de Chasseurs (1986-1988)

Ouvrages
Catholique / musulman : Je te connais, moi non plus avec Saad KHIARI (2006), 2e édition en 2008 (1er prix du prix littéraire de la Saint-Cyrienne) - L’islam à la lumière de la foi chrétienne (2012) [réédité aux Editions Salvator, 2015] - Petit Lexique islamo-chrétien (2012) - Le Christianisme oriental dans tous ses états (2014)
 
Distinctions
Chevalier de la Légion d’Honneur
Chevalier avec épées de l’Ordre Souverain de Malte
Chevalier de l’Ordre Equestre du Saint Sépulcre de Jérusalem
 

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