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L'envie de tout faire valser

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Du désir en politique
Des plus nobles aux plus inavoables, les raisons de vouloir tout faire valser
son légion !
 
Les penseurs libéraux ont souvent ce travers de postuler que les choix politiques sont motivés exclusivement par l'intérêt économique. Pourtant, leur maître, Tocqueville, avait prédit qu'à l'ère de a démocratie de mass, l'envie serait un mobile déterminant. La fascination pour la gloire en est un autre. Elle permit à Napoléon de sacrifier impunément des Français par centaines de milliers et ceux qui en réchappaient, plus ou moins éclopés, s'enorgueillissaient d'avoir été de la chair à canon à Austerlitz, à Wagram, à Friedland, à Moscou.
 
Le sentiment de l'ennui fut à l'origine des évènements de Mai 68 si l'on en croit l'éditorial célèbre de Viansson-Ponté au mois de mars de la même année, dans un pays libre, respecté et prospère.
"La rance s'ennuie", écrivait-il. L'ennui, la peur, la colère, la honte, la hantise du déclassement, la "fatigue d'être soi" diagnostiquée par le sociologue Ehrenberg, la soif d'aventure peuvent également inciter un peuple à ruer dans les brancards au mépris de ses intérêts. Ou de ce qu'il croît être ses intérêts.
 
Par les temps qui courent, un désir politique semble habiter à des degrés divers l'inconscient des Français, et peu à peu gagner leur conscience : l'appel de la catastrophe. Du grand chambardement. Du coup de pied dans la fourmilière. Ce désir, aucun sondage ne le détectera. Il a des précédents historiques. L'évènement le plus imprévisible, le fait divers le plus anodin peuvent l'embraser, et gare à l'incendie !
C'est un désir presque invincible, car enfanté dans les fors intimes par un mélange d'exaspération et d'incrédulité. N ne supporte plus l'état des lieux et on ne croit plus qu'un remède proprement politique soit susceptible de le modifier. A la limite on veut le pire, il aura au moins le mérite de surprendre en rompant la monotonie. De rebattre les cartes, et rabattre les caquets en prime.
 
Ici et là, des gens raisonnables et pas forcément miséreux, habitués à voter pour les partis dits de gouvernement -UMP, PS, MoDem-, avouent en privé leur aspiration au désordre. Il en sortira, estiment-ils, quelque chose d'inédit. Quoi ? Ils l'ignorent. Ils s'en fichent ; tout ou son contraire plutôt que ce statu quo nauséeux. Brûler les cartouches est un sport qui a partie liée avec la transgression, ça les érotise. Ils en escomptent au minimum le plaisir d'assister en live à la trouille des gouvernants et de leur valetaille.
 
Mille raisons peuvent expliquer l'essor du FN dans les urnes et, certes, on ne peut nier une part d'adhésion aux thèses de ce parti. Mais on aurait tort d'occulter cette évidence que la peur du FN, la violence de son rejet par les politiciens, les intellos et les médias nourrissent un désir de FN en phase avec le désir plus profond d'en découdre avec le "système". Avec des mœurs combinardes maquillées en "démocratie" dans le vase clos de partis démonétisés. Avec un langage politico-mondain dont les mots sont pipés par le cynisme des communicants.
 
Quand la charmante Marion Maréchal-Le Pen, du haut de ses 25 printemps, apostrophe sans ménagement le Premier ministre à l'Assemblée, une France frondeuse se réjouit à cœur ouvert et ses contours vont très au-delà des sympathisants du FN. Le pauvre Valls incarne moins le PS, le gouvernement, l'autorité publique que l'usure d'une machinerie respectée par personne.
Quand les crimes des terroristes islamistes font l'objet d'une récupération partisane aussi grossière, avec l'aval de l'opposition officielle ("esprit du 11 janvier", "Je suis Charlie", … etc.) et la rengaine sémantique de socio-culs sur le "vivre-ensemble", le respect n'est plus de mise. Les Français subodorent qu'on les manipule et très logiquement, ils prennent la mouche.
 
Je ne prêche pas une sédition à bien des égards proche du nihilisme, j'essaye juste d'interpréter un état d'esprit qui manifestement prend de l'ampleur.
Les historiens à venir pèseront la part de responsabilité respective d'une gauche aux abois et d'une droite aux abris.
L'histoire nous enseigne qu'il n'en faut pas beaucoup pour que la France sorte de ses gonds, tant la légitimité du pouvoir est sujette à caution, et presque naturelle, depuis la Révolution, la quête de l'homme providentiel.
Faute d'un Bonaparte ou d'un de Gaulle, elle peut s'offrir au premier démagogue venu.
On en est presque là.
Avec l'aimable autorisation de Valeurs actuelles, 26 mars 2015
TILLINAC Denis

Né le 26 mai 1947
Marié – 4 enfants
 

Ecrivain


Institut d'études politiques (IEP) de Bordeaux
 
PDG des éditions de La Table Ronde (1990-2007)
Membre du Haut Conseil de l'Education
Membre du Haut Conseil de la Francophonie
Représentant personnel du Président de la République Française
     pour la Francophonie (1995-1998)
Enseignant à l'Ecole Supérieure d'Aéronautique
     Histoire moderne, à Toulouse (1999)
Enseignant à l'Institut supérieur
     de management public et politique (ISMAPP) (2008-2009)
 
Journaliste à La Dépêche du Midi (1974-1980)
Critique littéraire à La Dépêche du Midi (1980-1990)
Chroniqueur aux Nouvelles littéraires
Collaboration et éditoriaux à Madame Figaro (1983-1990)
Chroniqueur à R.T.L. (On refait le monde), à Canal + (Pascale Clarke)
Co-animateur (avec Michel Cardoze) de Double Page sur T.M.C.
     (émission littéraire) (2003-2004)
Intervenant dans Le Contrat sur la chaîne parlementaire
     (émission politique) (2006)
Collaborations à Valeurs Actuelles, Le Figaro Magazine,
     Madame Figaro, La Dépêche du Midi, La montagne,
     Marianne, Famille chrétienne, …
 
Ouvrages
Le Rêveur d'Amériques (1980) - Le Mystère Simenon (1980) - Le Bonheur à Souillac (1983) Prix de la Table Ronde française - L'Eté anglais (1983) Prix Roger Nimier - Spleen en Corrèze – Journal  d'un localier (1984) - A la santé des conquérants (1984) - L'Ange du désordre : Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse (1985) - La Tour des îles : Spleen à Daumesnil (1985) - L'Irlandaise du Dakar (1986) - Vichy (1986) - Maisons de famille (1987) Prix Kléber-Haedens - Le Dakar (1988) en collaboration avec yann Arthus-Bertrand - Un léger malentendu (1988) - Le Bar des Palmistes (1989) - La Corrèze et le Zambèze (1990) - Prix Chardonne, Grand Prix de Littérature du tourisme Les Corréziens (1991) en collaboration avec Pierre Dauzier - L'Hôtel de Kaolack (1991) - Le retour de d'Artagnan (1992) - Rugby Blues (1993) Prix Populiste, Grand Prix de la Littérature sportive - Elvis, Ballade sudiste (1993) - Le Jeu de la chandelle (1994) - Spleen en Corrèze (1996) - Dernier verre au Danton - Don Juan (1998) - Je me souviens de Paris (1998) - Les Masques de l'Ephémère (1999) Prix Paul Léautaud - Boulevard des Maréchaux (2000) - Chirac le Gaulois (2002) - En désespoir de causes (2002) - Le Mystère Simenon (2003) - Incertains désirs (2003) - Le dieu de nos pères – Défense du catholicisme (2004) - Le Venin de la mélancolie (2004) Prix du Livre politique, Prix des Députés - La pluie sur les carreaux dessine des fantômes (2005) - Je nous revois (2006) - Dictionnaire amoureux de la France (2008) - Rue Corneille (2009) - Sur les pas de Chateaubriand (2009) – Dictionnaire amoureux du Catholicisme (2011) - Retiens ma nuit (2015) -
 
Grand Prix de l'Académie française
     Prix de littérature Henri Gal attribué par l'Institut de France (2005)
 
Pour la télévision
Evocation de Francis Jammes
     Réalisateur Jacques Tréfouel
     Produit par FR3 Bordeaux-Aquitaine (1981)
Les Caprices de Marion
     Réalisateur Jacques Tréfouel, avec Agnès Soral
     Produit par FR3 Bordeaux-Aquitaine (1983)
Une colonne à la cinq (feuilleton)
     Réalisateur Pierre Neel
     Co-production FR3 Aquitaine et FR3 Limoges (1985)
Le Train du soir (court métrage)
     Réalisateur Eric Bertheret (1991)
     Adaptation d'une nouvelle de Denis Tillinac
Le Bois du Pardoux - France 3 (2000)

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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