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La France et l'OTAN

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Le retour de la France dans l'OTAN - ou plus précisément dans le commandement militaire intégré - est annoncé pour le printemps. C'est une décision politique importante et ô combien symbolique après le retrait décidé par le général De Gaulle en 1966. Et pourtant, cette décision laisse nos politiques et intellectuels indifférents, point de grands débats de fond, la mesure passera sans difficulté aucune, signe de l'encéphalogramme plat du débat politique en France. Je conçois que l'on puisse approuver cette décision ou au contraire la critiquer, une telle opposition, même virulente, serait le symptôme d'une démocratie vivante, mais je ne comprends pas le désintérêt porté à cette question - ou plutôt je ne le comprends que trop, la quasi-totalité de la classe politique française est acquise à cette réintégration et il y a bien longtemps qu'elle a renoncé à réfléchir à la vocation de la France, celle-ci se limitant désormais à se fondre dans une Europe de plus en plus supra nationale censée résoudre tous nos problèmes.

Créée en 1949 au début de la guerre froide, à un moment où la politique mondiale devenait bipolaire, l'OTAN a assurément joué un rôle positif et protégé l'Europe, exsangue, contre l'expansionnisme soviétique. Il était juste que l'OTAN soit dirigée et contrôlée par les Américains qui avaient gagné la guerre et assumaient l'essentiel de l'effort militaire. Entre le bloc communiste qui asservissait les nations soumises à son joug et le bloc occidental, il n'y avait pas à balancer : malgré bien des critiques possibles, la défense des libertés était du côté américain. Mais après la disparition de l'Union soviétique en 1991 et l'effondrement du communisme en Europe, l'OTAN en tant que telle n'avait plus de raison d'être, sinon celle de maintenir une forte présence militaire des États-Unis en Europe. La géopolitique européenne et mondiale avait cependant totalement changé, on passait à un monde multipolaire où les États-Unis, défendant naturellement leurs intérêts propres, ne pouvaient plus prétendre agir seuls au nom du "Bien" contre le "Mal". Dès lors, il est absurde que les États membres de l'OTAN n'en aient pas tiré les conséquences : aujourd'hui encore, tout se passe comme si la Russie demeurait pour les États-Unis l'un des principaux dangers. D'où, la volonté américaine d'isoler et déstabiliser la Russie en détachant d'elle les nouveaux pays qui l'entourent (Ukraine, Géorgie, Kirghizstan) tout en essayant de les faire entrer dans l'OTAN.
L'OTAN est ainsi devenue un outil militaire qui sert principalement à asseoir la domination américaine en Europe et en Eurasie, et qui lui permet d'intervenir sur de multiples terrains (de l'ex-Yougoslavie à l'Afghanistan) en mettant à contribution ses alliés. "La logique, écrit le géopolitologue Aymeric Chauprade, est celle de l'élargissement progressif de la mondialisation euratlantique à ses périphéries méditerranéenne et asiatique, et ceci de façon à éliminer tout espace d'influence russe ou chinois" (1). Certes, on peut comprendre que les États-Unis cherchent à préserver leurs intérêts - en l'occurrence conforter leur leadership mondial avec les inévitables menées impérialistes qu'une telle volonté nécessite -, on voit mal en revanche où sont ceux de la France et de l'Europe dans la version actuelle de 'OTAN !
Il est en particulier illusoire de croire que l'Union européenne puisse à l'avenir peser fondamentalement sur l'OTAN. Il est plaisant de voir nos européistes acharnés qui militent pour une défense européenne indépendante plaider dans le même temps pour l'OTAN qui est l'instrument qui pérennise la domination militaire américaine sur l'Europe.

Le problème des responsables politiques français et européens est leur conviction que ne peuvent exister et peser sur la scène mondiale que les nations de taille importante et qu'entre les États-Unis, la Russie, la Chine, l'Inde… les pays européens ne peuvent subsister qu'en s'unissant dans une entité politico-économique qui pèse le même poids. Si l'objectif est d'exercer une domination politique, militaire ou économique, le raisonnement est sans doute valable. Mais la France a pour vocation d'être "éducatrice des peuples" (Jean-Paul II), non de dominer qui que ce soit : si nos politiques avaient foi en cette vocation, ils comprendraient qu'une nation de la taille de la France a une responsabilité internationale pour le service du bien commun qu'elle ne peut assumer qu'en demeurant souveraine et libre (ce qui n'exclut pas de s'intégrer dans une Europe respectueuse de la souveraineté des nations). Quant à l'Europe, elle n'affiche elle non plus aucune ambition dominatrice - son ambition semble se limiter à régenter bureaucratiquement ses membres -, elle montre au contraire une faiblesse endémique, tout particulièrement par l'absence de volonté de réaliser des efforts pour assurer seule sa propre défense. L'adhésion à l'OTAN n'est que la conséquence de notre lâcheté et de notre démission, quand nous acceptons de nous soumettre à un allié tout puissant dont les intérêts n'ont aucune raison d'être systématiquement les nôtres et dont la politique extérieure est souvent plus que contestable.

Editorial La Nef n°202 de mars 2009 - www.lanef.net

(1) Chronique du choc des civilisations, Éditions Chronique-Dargaud, 2009, 240 pages, 31 e, p. 68. L'auteur a été congédié du Collège interarmées de Défense début février à la suite de la publication de ce riche album (sur lequel nous reviendrons), officiellement parce qu'il expose factuellement la thèse (très contestable) du "complot" dans les attentats du 11 septembre 2001.

GEFFROY  Christophe

Né le 14 janvier 1959
Marié -   enfants




Directeur fondateur de la revue La Nef, mensuel catholique (1990)


Ecole Centrale de Nantes
Institut de Sciences-Politiques (Paris)
 
Cadre dans l'industrie automobile

  Ouvrages
Enquête sur la messe traditionnelle (avec Philippe Maxence) (1998) - Au fil des mois (2000) - Jean-Paul II, les clés du pontificat (avec Yves Chiron et Luc Perrin) (2005) -

Nombreuses collaborations
une vingtaine de livres et hors-séries

Adossée à des fondamentaux politiques avérés. Magistro, une tribune critique de bon sens, raisonnée et libre, d'information civique et politique.

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